V. surtout la min. II, 12 (cf. plus haut, p. 79, note
a ce troisième œil frontal qu'on sait être une des marques distinctives du dieu Indra: enfin derrière les trois personnages sont indiqués les degrés d’or de trois escaliers qu'ils semblent occupés à descendre. On se souvient alors de la fameuse descente du ciel des Trayastrimças, où nous avons déjà rencontré le Buddha’. Hiuen-tsang à vénéré, au leu traditionnel de ce muracle, ce même groupe de statues. Elles étaient, nous raconte-t-1l, disposées sur des degrés : celle du Buddha était au milieu : à sa droite celle de Brahmâ portait le chasse-mouche blanc et à sa gauche celle d'Indra tenait le parasol: & et elles étaient encore penchées comme pour descendre ». Il a également vu dans une fête, les rois Harsa et Kumäâra, nobles acteurs d’un pieux mystère, mimer cette même scène au naturel, de chaque côté d’une statue d'or du Buddha. Il n'est pas surprenant que l'épisode se retrouve dans nos miniatures comme sur les bas-rehefs. C'est ainsi par exemple qu'on laperçoit très nettement au haut de la stèle de gauche de la figure 29 : mais 1e1 l’aruste a donné au Buddha le geste & de l'absence de crainte ». On le devine encore sous le petit pavillon décoratif de droite de la figure 30, où le Buddha a au contraire conservé sa main en vara-mudré : Vexamen direct de la pierre ne laisse aucun doute à ce sujet: en haut se montre le cortège planant des autres divinités: de chaque côté du Maitre sont Indra et Brahmäà : à ses pieds est prosternée la nonne qui fut la première à saluer son retour sur la terre”. L'hy-
1. V. plus haut p. 86. — V. Hiuen-tsang, trad. Stan. Julien, t, IT, p. 238ho et 258. — Cf. L. Waddell, Zamaism, p. 367, sur des représentations de cette scène au Tibet, où Indra a conservé son troisième œil horizontal dans le front.
2. V. encore dans le Buddha-Gaya de Ràj. Mitra un groupe analogue et interprété à tort : le Buddha entre un disciple et un serviteur (pl. XXI, fig. 3). — On sait que l'on aperçoit déjà la triple échelle merveilleuse sur les bas-reliefs de Bharhut (Cunningham, Stüpa of Bharhut,pl. XVI et de Sänchi (Fergusson, Tree and Serpent Worship, pl. XXVID) et on la retrouve au Gandhära (J,
pothèse d'une « triade bouddhique » s’évanouit donc dans ce cas particulier et nous devrons ranger cette miniature parmi les scènes légendaires. En sera-t-11 de même des deux autres ?
Ces groupes (min. E, 82 el 84) sont à première vue très analogues entre eux : sur chacun on aperçoit le Buddha assis entre deux personnages également nimbés et vêtus de la robe rouge de moine. Pourtant 1l ÿ a une différence capitale à faire. Sur le premier, les deux personnages tournent à demi le dos au Buddha et regardent dans des directions opposées : de plusils sont également marqués de l’usnisa encore isible dans notre miniature sur la tête de celui de droite, et très apparent chez tous les personnages de son pendant bengah du Ms. Add. 1464 (%. pl. X, 1): ce sont par conséquent rois Buddhas. Sur le second, les deux assistants sont de simples moines et tous deux sont respectueusement tournés vers la personne du Bienheureux (v. pl. X, 2).
Rien ne paraît plus simple que de reconnaître dans ce dernier groupe le Buddha entre deux disciples: mais ces disciples ont plus d’une fois changé de nom. Selon toute vraisemblance ce devaient être à l'origine Câriputra et Maudgalyävana, ces deux élèves favoris du Maître. Une légende racontait même que, tous deux étant déjà morts et le Buddha allant à son tour entrer dans le mirvâna, les fidèles des quatre classes étaient extrêmement troublés : alors le Buddha, par sa puissance magique, les changea en deux disciples assistants, placés l’un à sa droite et l’autre à sa gauche : et tous les êtres vivants se réjouirent à les voir”.
Burgess, The Gandhara ae Journal of Indian Art and Industry, avril-juillet 1898, pl. XX, r).
. Cf. Edkins, £hinese eds p- 248 et p. 64: — Cf. os ces images au ibét L. Waddell, ZLamaism, p: 292. — C'est par erreur qu'un groupe du Gandhära représentant le Buddha entre deux Bodhisattvas et reproduit par M. J. Burgess (Gandhära Sculptures, pl. VHT, 2; cf. Stépa of Amarävati,
IL'est clair que le conte est postérieur au groupe dont il prétend expliquer l'origine. Cependant dans l'Amiläyur-Dhyänasûtra, qui aurait été traduit en chinois dès 424 de notre ère, ces deux places d'honneur sont respectivement attribuées à Ananda, le disciple bien aîimé, etàMaudgalyävana”. Enfin ce dernier survivant de interprétation ancienne serait remplacé en Chine par Kâçyapa. Le Buddha se trouverait encadré entre les deux premiers patriarches, ou encore on aura voulu figurer ainsi la € triple corbeille » des écritures bouddhiques, Kâçyapa représentant PAbhidharma et Ananda les Sülras. On voit combien Finterprétation de ces monuments était restée flottante chez les bouddhistes. Nous ne serions pas peu embarrassés pour choisir entre toutes ces identifications. Mais peut-être aurions-nous pu nous aviser plus tôt que Ja miniature nous montre en réalité non point deux, mais quatre moines également nimbés, auxquels nous sommes libres d'appliquer les quatre noms plus haut cités des quatre grands disciples. Un autre détail significatif mérite encore notre attention : ne serait-ce pas la roue de la loi que nous voyons marquée sur le lotus qui sert de siège au Maître? De toutes façons la triade bouddhique nous échappe cette fois encore pour faire place à une simple scène de prédication. : :
Serons-nous plus heureux avec les trois Buddhas et trouverons-nous enfin én eux-une image du Triratna, des trois joyaux » qui, comme nous l'avons vu, sont en même temps les &« trois refuges pe D'après Eitel, telle serait en ellet à présent en htac Vi rprétation vulgaire de ces statues :
pris) aété libellé : « le Buddha entre Câriputra et Maudgalyäyana », lesquels étaient des moines et avaient par conséquent un tout autre costume et un tout autre aspect. (Cf. plus haut, p. 71 et 73).
1 V.trad. J. Takakusu, Sacred Books of the East, t. XLIX, part. 11 p. 165.