Cf. plus haut, p. 28, note 1 et pp. 33 à
cher par exemple les éléments d'une carte de l'Inde bouddhique à cette époque. Les invasions musulmanes avaient déjà modifié profondément la situation dans le Penjäb. Même dans l'Inde centrale d'anciennes places saintes, comme Vaiçäli, étaient depuis longtemps ruinées, au témoignage, peu suspect en ces matières, du pèlerin Hiuen-tsang. En revanche, d’un grand centre religieux comme Nälandä, dont nous savons la prospérité tardive, 1l n’est fait aucune mention. Assurément nous ne prétendons pas que les noms cités par nos inscriplions et dont la plupart se localisent dans le bassin du Gange, n'étaient plus, même au xi° siècle, que des souvenirs. Îl n'est pas douteux que le Bouddhisme n'ait disparu de l'Inde, et surtout du Bengale, bien plus lentement qu'on n'avail d'abord pensé. Mais on n'en serait pas moins mal fondé à prétendre que tous les sanctuaires nommés par chance dans ces manuscrits existaient encore, et ceux-là seuls. Toute la portée de nos inscriptions ne va qu'à s'ajouter aux relations des pèlerins chinois pour nous aider à établir la liste des principaux lieux saints de la légende bouddhique. I y a un instant, dans notre revue sommaire de leurs termes géographiques, nous avons si souvent rencontré les pas de Hiuen-tsang ou d'I-tsing qu'il est permis de se demander si une carte dressée à l'aide de ces seuls renseignements ne se rapporterait pas bien mieux à l'Inde du vn° siècle qu'à celle du xr°.
On pourrait en dire autant des quelques symptômes caractéristiques de l’état du Bouddhisme que nous avons relevés dans ces documents. L'extension de l'idolâtrie, qu'ils attestent, était déjà suffisamment indiquée dans les mémoires des pèlerins chinois par les légendes et la vénération attachées aux statues. Le culte des Bodhisattvas, Avalokitecvara en tête, est un point historique acquis depuis Fa-hien. Celui de Târà est mentionné à diverses reprises par Hiuen-tsang. Il n'est pas Jusqu'au détail de l'existence de Mañjuçri en Chine qui ne se retrouve dans I-tsing. Notre Avalokiteçvara chinois
sous forme de Buddha doit également remonter à une époque assez ancienne et en tout cas antérieure à sa transformation en divinité exclusivement féminine. Seule l'apparition, pour ainsi dire officielle, d'une Mârîci, ou de certaines formes inquiétantes et tourmentées d'Avalokiteçvara ou de Târà ferait songer à une date un peu plus basse. Peut-être même ces nouvelles figures pourront-elles jeter quelque jour sur les manifestations extérieures du tantrisme: mais il va de soi que les renseignements d'histoire religieuse que nous pourrons rer de ces monuments figurés resteront toujours assez minces et qu'il vaudra mieux les interroger sur l’histoire de l’art. |
= Pour ce qui est de l'architecture, nous avons fait dès le début les plus expresses réserves. Il eût été d'autant plus intéressant de retrouver dans nos miniatures des indications sur la répartition et le développement des styles, que la plupart des anciens édifices sont irrémédiablement ruinés. Malheureusement nous y voyons mêlés dans le désordre le plus fantaisiste la coupole & indo-aryenne » de Fergusson à ses terrasses € cälukyas » et les vieilles formes de stûpas aux modernes. Tout au plus pourrait-on noter tel trait un peu réaliste, comme l'abondance des temples souterrains dans le Läta et le Konkan, ou encore tâcher d’esquisser en l'air une histoire des & topes », depuis les sobres lignes des vieux dômes en forme de bulle jusqu'aux complications flamboyantes qui annoncent déjà les chorten tibétains. Mais si tout classement géographique ou historique de ces représentalions architecturales semble impossible, on est du moins tenté de leur appliquer ce que Fergusson dit encore de l’architecture du Népàl, € qu'elle nous présente un microcosme de l'Inde, telle qu'elle était au vu° siècle ». Certaines figures par trop monstrueuses mises à part, nous remporterions de l'examen de nos reproductions de statues une impression analogue : aussi bien beaucoup de ces idoles ne passent-elles
pas pour être celles en place qu'a vues Hiuen-tsang? Nombre d'entre elles, d'ailleurs, ont survécu, plus heureuses que les monuments qu'elles décoraient, et peuvent parler pour elles-mêmes. Nous avons à maintes occasions constaté leur minutieuse simihtude avec nos miniatures, base solide de nos identifications. Assurément les sculptures d’Ajantà sont postérieures à l'exécution de la plupart des caves et beaucoup de celles du Magadha, parnu celles mêmes que nous avons reproduites, peuvent être aussi tardives que l'époque des Pâlas; mais leurs caractères typiques, tels que nous les pourrions déduire de l'analyse des miniatures, (nimbe en fer à cheval, transparence des draperies, siège ou tabouret de lotus, taille inférieure des assistants, répétition des personnages sur les stèles, etc.), étaient depuis longtemps stéréotypés.
C’est peut-être une 1llusion de notre part ; mais même en admettant pour nos miniatures la date la plus basse possible, c’est toujours vers une époque sensiblement antérieure que semblent, à peu d’'exceptions près, nous reporter les informations que nous en pouvons tirer à propos de l'art, de la religion ou de l'église bouddhiques. Sur un point, du moins, elles nous renseigneront directement, à savoir sur ellesmêmes. Nous avons déjà étudié dans l'introduction les détails de leur exécution technique. Quelques-uns de ces procédés remontent jusqu'aux plus anciens monuments de l'art indien. La représentation conventionnelle des montagnes et celle des pluies de fleurs se retrouvent, par exemple, non seulement à Ajantà, mais déjà à Bharhut. D'autre part, la composition traditionnelle des scènes légendaires recule leurs origines jusqu aux bas-reliefs indo-grecs. La comparaison directe avec les peintures d’Ajantä n'est pas moins intéressante : nous avons tenu à en fournir le moyen pour ce qui est au moins des Buddhas(v. pl. IE, r) : tout s’y retrouve pareil, non seulement les atitudes et les gestes, mais les nimbes, les
sièges, les dossiers des sièges et jusqu'aux rayures des coussins. Cette étroite ressemblance avec des fresques du vu siècle confirme ce que nous avions constaté dès le début, à savoir que nos miniatures réflètent une tradition plus ancienne que les miniatures bengalies du xr° siècle. Elles vérifient ainsi expérimentalement les renseignements que nous donne Târûnâtha (ch. xuiv). D'abord, nous dit-1l, ce fut & l’école de l'ouest ancien », c'est-à-dire l’art gréco-bouddhique, qui domina au Népäl: c’est sans doute à son souvenir que nous devons les analogies précédemment signalées avec les basrehefs du Gandhära. Puis avec le temps 1l se constitua une école proprement népälaise, mais qui, notamment en peinture, présentait des rapports tout particuliers avec l’école orientale ou du Varendra : c'est justement à elle que nous attribuerions nos miniatures inscrites, qui, nous l’avons vu, se placent par leur style comme à mi-chemin entre l'école bengalie et une école plus ancienne et, pour ainsi dire, plus classique. Quant à la dernière indication de Târânâtha, « que l'école népâlaise ne présente plus à présent (c'est-à-dire au xvn® siècle) aucun caractère distinctif », entendez, puisque cest un Tibétain qui parle, qu'à mesure que baissait le foyer bouddhique du Bengale, l’art du Népâl subit de plus en plus l'influence du Tibet jusqu'à perdre enfin toute originalité nalive ; qu'il en fût bien ainsi, les affreuses enluminures des manuscrits népälais des quatre derniers siècles, et notamment des Pañcaraksä, sont à pour le prouver.
En même temps que ces traces du plus lointain archaïsme nous avons d’ailleurs relevé dans nos miniatures des symptômes non moins évidents d’une décadence plus qu'iaminente. Quelques images du Ms. Add. 1643 et plus encore du Ms. A. 15 nous ont déjà frappés tantôt par leur recherche d'élégance et tantôt par l'extravagance de leur difformité. À côté des idoles multimanes ou polycéphales, nous avons encore aperçu de ces € divinités de colère » dont l’aspect
formidable devait tant plure aux barbares puérils d'au delà les monts. Une fois même l’amante divine est apparue aux côtés de son époux mystique. Aussi avons-nous dû convenir que les Tibétains n'avaient décidément rien inventé: tout au plus auront-ils exagéré à plaisir dans le maniéré comme dans l’horrible, dans l’obscène comme dans le monstrueux. De même que nous avons fixé tout à l'heure la place de nos miniatures dans l’évolution de la peinture népâlause, nous sommes ainsi amenés à déterminer le rôle non moins important qu'elles sont appelées à jouer dans l’histoire générale de l'art bouddhique. On pourrait en effet les croire créées tout exprès pour servir de moyen terme entre la masse des vieux monuments indiens non identifiés d’une part, et d’autre part la collection des documents tibétains ou chinois, ceux-ci bien plus récents mais accompagnés d’une interprétation traditonnelle. Entre ces deux groupes nous n'avions rien : œuvres d'ateliers indigènes et en même temps identifiées comme les séries des lâmas, nos miniatures fournissent le chaînon intermédiaire qui nous manquait et relient par une transition naturelle les anciennes écoles indiennes, qu'elles rappellent, aux écoles modernes de [a Haute-Asie, qu'elles font pressentir.
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N. B. — Il va de soi que les indications de ce catalogue sont aussi brèves que possible. Le seul mot « Buddha », par exemple, suppose la couleur, le costume, les attributs habituels du personnage, tels qu'ils sont décrits page 70. Il en est de même pour le mot « Bodhisattva. » On ne trouvera aucune mention de la couleur des nimbes, costumes, fonds de tableaux, etc., qui est indifférente. L'orthographe des inscriptions a été scrupuleusement respectée. Les principales abréviations employées sont : Bodh. — Bodhisattva ; fém. — féminin ; m.— main ; d.—droite; g. — gauche. Ces deux dernières indications sont données par rapport,
e) non point au spectateur, mais au personnage central des miniatures.