V. p..7, note 3. — Cf. p
2. V. le passage cité plus haut (p. 139) de M. de Blonay. « Shadows, like the
rest... », écrit de son côté B.-H. Hodgson (£ssays, p. 99, note 1).
autre « Icvara ». Il est, comme lui, un dieu montagnard et ses temples s'élèvent le plus souvent sur des collines ; comme lui, il est blanc et ne dédaigne pas, à l'occasion, de prendre pour emblème le cobra enroulé autour du trident. A mesure que ses bras se mullüplient et que ses images deviennent, comme on dit, plus tantriques, le rapport va en s'accentuant : çaivas sont alors tous ses attributs et c’est encore à Rudra qu'il emprunte ses têtes superposées ; mais, au lieu de se contenter de cinq, 1l renchérit du double et n'en à pas moins de dix, surmontées elles-mêmes de celle de son Dhyäni- Buddha Amitâbha ‘. Enfin, où la ressemblance devient criante et la confusion presque inévitable, c'est quand sa çahti Tarà apparaît assise sur son genou gauche, à la place que les statues de Giva réservent couramment à Pârvati. Mais Tärà est-elle elle-même autre chose que le pendant bouddhique de Devi et la plupart des déesses tantriques que des formes diverses de Durgà ou de Käli? On sait à quel point peut être déroutant pour l’indianiste ce continuel échange d'images et mélange de symboles entre les deux panthéons bouddhique
1. Cf. plus haut, p. 110 et 116. — Nous différons d’avis sur ce point avec M. L. Waddell qui rapproche au contraire le type d’Avalokiteçvara de celui de Brahmä (J. R. A. S., 1894, p. 57). Nous ne voyons pas bien comment on peut faire dériver les onze têtes superposées d'Avalokiteçvara des quatre faces accolées du Brahmä hindou. On sait en effet que ce dernier est seulement catur-änana et de couleur rouge: c'est Giva qui est pañcänana et qui est blanc. — Nous pouvons ajouter que nous avons trouvé l'identité foncière de Giva et d’Avalokiteçvara tenue pour une vérité traditionnelle par les lettrés bengalis. Comme nous nous en étonnions auprès de l’un d'eux et qu'avec nos préjugés d'indianiste curopéen nous avouions que cette figure propice nous eût plutôt fait songer au bon et charitable Visnu, tandis que Giva, dieu farouche et redoutable... — On voit bien, interrompit-il, que vous ne le connaissez pas. Et 1l se mit à nous conter nombre de légendes populaires où Giva jouait en effet auprès de ses fidèles le même rôle secourable qu'Avalokiteçvara. Dans l’une notamment une statue de Giva promettait à l'un de ses bhaktas qui, en dépit de sa piété fervente, avait vu mourir son fils unique, de se charger elle-même de son service funèbre ; et elle le fit comme elle avait dit. C’est là tout à fait une hisloire édifiante dans le goût
de Tärânâtha. Notre interlocuteur ne pouvait, en la conlant, retenir ses larmes.
et brahmanique, quel que soit d’ailleurs le lien de parenté qu'il faille imaginer entre eux. IT y aura bientôt trois quarts de siècle, B.-F. Hodgson mettait déjà les archéologues en garde contre les erreurs possibles”. Au milieu d’un tel labyrinthe, nous n'aurons pas trop des indications de nos miniatures pour nous guider.
On en a déjà eu précédemment une preuve. Avec leur aide, 1 nous a suffi de parcourir la galerie archéologique du musée du Calcutta pour être à même de démêler comme bouddhiques et d'identifier aussitôt plusieurs statues non encore calaloguées. Dans nos excursions à Bodh-Gayä ou à Ajantà leurs lumières ne nous ont pas été d'un moindre secours. Nous n'avons naturellement pu donner ici qu'un petit nombre des spécimens recueillis au passage : 1ls suffisent pour qu'on se rende compte de ce qui reste à faire en ce sens non seulement dans les ruines, mais même dans les musées”. On pourrait de même, en feuilletant les recueils déjà parus, ici reconnaître un personnage sans nom, là rechfier une attribution erronée. C’est une épreuve qui peut se faire en chambre et, si les dessins du Buddha-Gayà de Rà- Jendraläl Mitra, par exemple, méritaient plus de confiance, nous la conseillerions volontiers sur eux, ne fût-ce que pour retrouver des Tärâs dans ses Mâäyädevi (pl. XXIX), ou écrire le nom de Cundà sous sa déesse à dix-huit bras (pl. XXXI, 3), etc. *. Dans cette œuvre à peine commencée de l'identi-
1. B.-H. Hodgson, On the extreme ressemblance that prevails between many of the Symbols of Buddhism and Saivism (Essays, p. 133). Cf. plus haut, p. 110, note 3 et p. 117, note 1. À propos des « couples mi-civaites, mibouddhiques », voyez encore les références citées par L. de la Vallée-Poussin, Bouddhisme, études et matériaux, p: 79, note 3; p. 133;etc.
2. Est-ce la peine d’insister sur le fait que, de nos quatorze reproductions du musée de Calcutta, seuls les trois spécimens originaires de Särnâth étaient déjà catalogués ? — Cf. plus haut, p. 7.
3. Cf. encore plus haut, p. 123, note 3: p. 133, note 3; p. 146, note 1; p. 148, note 1; p. 157, note 2; p. 158, note 1; p. 161, note 2, etc.
fication et de la classification des images bouddhiques 1indiennes, notre recueil de miniatures pourra fournir ainsi plus d'une indication précieuse : c'est avant tout le genre d'application pratique que nous rêvons pour lui.
On nous ferait tort de croire en effet que nous ayons prétendu y chercher, et encore moins en tirer, un tableau complet de la mythologie du Bouddhisme. À aucun moment nous n'avons oublié que nos miniatures ne sont pas un panthéon véritable, mais seulement les illustrations de deux manuscrits jusqu'ici exceplionnels et par hasard conservés. Si même au heu de la Prajñäpäramilà nous avions eu affaire à un autre texte, les illustrations seraient toutes différentes. D'une Pañcaraksa, par exemple, on pourrait aussi bien conclure qu'il n'y avait de place dans le culte bouddhique que pour les cinq grandes Caklis et, subordonnés à elles, leurs époux et fils spirituels, les Dhyäni-Buddhas et Dhyäni-Bodhisallvas. Or autant dire aucun Dhyäni-Buddha n1 aucune de ces Caklis n'apparait parmi les divinités, pourtant si nombreuses et si variées, de nos manuscrits '. A la vérité, c’est la seule lacune que nous relevions dans leurs représentations avec celle, plus grave peut-être parce que leur existence était plus anciennement acceptée, de six Buddhas terrestres sur sept. Encore les moyens ne manquent-ils pas par ailleurs de réparer ces deux omussions : nous avons lenu à n'en rien faire. Les sept Buddhas humains se retrouvent alignés, en compagnie de Maitreya, dans un ordre qui vaut à lui seul une identification, sur des sculptures gréco-bouddhiques comme sur des peintures d’Ajantà*. Les nombreuses Pañca-
1. I n'y a d'exception à faire que pour le Dhyäni-Buddha Amitäbha (Cf. p. 76, note 3). Bien entendu nous avons de nombreuses images de Tärà, mais non pas considérée comme l’épouse mystique d'Amoghasiddhi. Rien même ne prouve : que nos Samantabhadra, Vajrapäni et Avalokiteçvara soient enregimentés parmi les Dhyäni-Bodhisattvas.
2. V. sur ce point À. Grünwedel, loc. laud., fig. 42 et p. 148, et Bhagvän-
ralsä népâlaises nous auraient de même fourni des données très vraisemblables au sujet des cinq grandes Caklis en raison de leur rang et de leur couleur. C'est ainsi que pour les deux spécimens bengalis du x1° siècle que nous avons reproduits (v. pl. IX, 5 et 6), nous aurions pu proposer avec quelque assurance les noms de Târà et de Locanâ'. Mais c’eût été rouvrir nous-mêmes la porte aux hypothèses et aux incertitudes. Il nous paraît préférable d'attendre que de nouvelles trouvailles de manuscrits à miniatures inscrites — car enfin les Mss. Add. 1643 et À. 15 ne sauraient être les seuls de leur espèce — viennent rendre possible une étude d’ensemble et permettre de constituer, à l’aide de documents purement indiens, une collection complète analogue à celle que se sont formée les lâmas. Strictement borné à un certam nombre d'indications précises et sûres, notre recueil peut servir en attendant d'utile instrument de travail : nous ne sachons pas pour lui d'ambition meilleure.
Sr. — Renseignements géographiques.
Pas plus qu'un «panthéon » nous ne demanderons à nos documents une liste complète des grands sanctuaires du Bouddhisme. Beaucoup sont cités qui nous sont inconnus ; beaucoup sont passés sous silence que nous connaissons : il nous faut accepter les noms qu'ils nous donnent. Ces indicalions géographiques forment d’ailleurs, en dehors de l'ico-
ll Indräji, Antiquarian Remains at Sopäré and Padana, J. Bombay Branch R. A. S., vol. XV, 188r-2, pl. XVITet XVIII (dessus de porte de la cave xvir à Ajantä) et pl. V à XII (figurines de cuivre). On y trouve tous les éléments nécessaires pour leur identification.
1. Sur le Ms. Add. 1688, v. plus haut, p. 31, et cf. le Ms. Add. 1164, 1 (Pañcaraks&, xvrre siècle, Catalogue de M. C. Bendall, p. 33). — Consulter encore sur les Diyani-Buddhas et leurs Caktis, D. Wright, Hist. of Nepäl, pl. VI; Hodgson, Essays, p. 94; L. Waddell, Lamaism, p. 350; Wassilief, Bouddhisme, p. 187-8. etc.
nograplue, leur plus utile contribution. Il est même permis de penser que c’est à la nécessité de consigner par écrit ce genre de renseignements que nous devons d’avoir eu par la même occasion l'identification des monuments et des personnages. Que les lecteurs du temps ne fussent pas embarrassés pour reconnaître le sujet des miniatures, c'est ce que prouve le grand nombre de celles qu'on n'a pas pris la peine d'expliquer par écrit et qui n'étaient évidemment pas des énigmes pour les contemporains à qui elles étaient destinées. Qui sait même si les huit scènes légendaires du Ms. Add. 1643, où toutes les autres illustrations sont soigneusement inscrites, ne sont pas dépourvues d'inscriptions uniquement par la raison qu'à force d’être des motifs courants d’imagerie, elles étaient devenues impossibles à localiser 1c1 plutôt que là ? Apparemment ces indications géographiques étaient les seules dont on ne püût alors se passer, parce que c’étaient les seules que ne pouvait faire deviner la simple inspection des images : nous avons eu les autres par surcroît. Ce sont pourtant les premières que nous avons traitées comme accessoires et on n'attend pas de nous que nous recommencions en ce moment une nouvelle étude à leur sujet. Peut-être devons-nous toutefois au lecteur de rassembler pour sa commodité ces données jusqu'ici dispersées et de lui en fournir brièvement comme un premier classement. Le procédé, semble-t-1l, le plus rationnel est de les distribuer entre les cinq Indes que distinguait la géographie indigène du temps”. Nous commencerons donc par l’« Inde centrale » et nous relèverons tout d'abord les mentions de la colline de Svayambhü et du village de Vugama ou Bugamati dans le Népâl. En descendant vers le Gange nous trouvons ensuite trois
1. On retrouvera pour tous ces noms les renvois nécessaires à l’index. Nous souhaiterions que cette liste pût prendre rang après les index géographiques de la Brhat-Sañhitä et du Bhägavata-puräna publiés par MM. J. Fleet et J. Abbot dans l’/ndian Antiquary, 1893 et 1899.
mentions des sanctuaires et € ermitages » de Râdhya. Il ne faut pas confondre cette ville avec Râdha ou Râhr dont nous avons également trois. mentions, mais qui est situé au sud du Gange. Notons que la célèbre cité de Vaicâli est localisée par nos inscriptions en Tirabhuktü ou Tirhut, en même temps qu'un autre sanctuaire dont le nom « Vainakäçyama » nous est inconnu. Dans le Magadha ou Bihar (cinq menions) nous connaissons au moins l’emplacement vraisemblable de la colline du Kapota ou du «pigeon » et du Grdhraküta ou pic du Vautour», mais celui de Järuba nous échappe. Les noms de Mahäbodhi et de Vayräsana se localisent tout seuls. Plus à l'est, Varddhamâna est depuis longtemps identifié avec Bardvân, en Bengale. D'après nos inscriptions cette ville se trouvait dans le pays de Tuläksetra : ce dernier nom s’y rencontre également associé. à celui de Varendra dont nous avons six autres mentions et où sont placés le stüpa particulièrement intéressant du Mrgasthâpana et la ville de Dedapura. Gitons enfin les pays de Nalendra et de Pundavarddhana sur les frontières de l'Inde orientale.
Celle-ci s’étendait, comme on sait, le long des côtes septentrionales du golfe du Bengale. Notons d'abord l’île de Candra mentionnée par Täränâätha à l'embouchure du Gange, puis le pays de Harikella incidemment nommé par I-tsing, et enfin le Samatata et l’Orissa, qui sont classiques. Du premier nous ayons quatre mentions et trois de l’autre sous la forme Odda ou Odra.
Si nous passons ensuite à l'Inde méridionale nous relevons la mention de Müla et celle de Kâñci dans le Daksinàpatha ou Dekhan. Kâñci a conservé son nom déguisé sous l'orthographe anglaise de Conjeeveram. Le pays de Kodga ou Kourg nous reporte vers les Ghäâts de la côte occidentale. C'est sans doute dans cette chaîne qu’il faut chercher la miraculeuse montagne de Potalaka, cinq fois nommée. Le
nom de Konkan revient également cinq fois dans nos insCripons : mais parmi les indications complémentaires de Givapura, Valivañkäna, Candratura et Krsnagiri, nous n’identüfions sûrement que cette dernière qui est Kanheri. La province de Danda ou Dandaka (Dandabhukti) nous fait selon toute vraisemblance remonter vers les sources de la Godâvari.
De à à l'Inde occidentale :il n'y à qu'un pas: celle-ci était d’ailleurs de dimensions restreintes. Nous n'y voyons mentionné que le pays de Lâta ou Lâr, la Larikè de Ptolémée, qui comprenait une pare du Khandesh et du Gujerate. La ville de Vunñkara est, semble-t-il, inédite, mais celle de Târâpura se rencontre plusieurs fois dans le Kathäsaritsägara.
Notre revue des cinq Indes se termine avec L « Inde du Nord », que nous appellerions du Nord-Ouest. C’est là, en € Uttaräpatha », qu'il faut placer le pays bien connu du Gandhära avec sa capitale Purusapura, aujourd'hui Peshavar, et peut-être aussi celui d'Odiyâna (lisez Udyâna D), avec Mañgakosta, aujourd’hui Manglaor (?). C'est également de ce côté qu'il faut chercher le Kamboja, si tant est que ce nom servit encore à désigner un pays indien.
Parmi les contrées étrangères 1l faut d'abord noter les îles, Ceylan six fois mentionnée et Java deux fois. Le dvipa de Katäha était apparemment un « continent » et a fait penser au Kathay de notre moyen âge. Mas de la « Grande-Chine » même nous avons trois mentions expresses, sans compter Ia désignation si claire d'Ou-tai-shan dans le Chan-si par son nom sanskrit de Pañcaçikha-parvata.
Après ces identifications pour la plupart assurées, il nous faut enfin signaler les localités pour lesquelles nous n’en avons aucune à proposer. Des unes le nom nous est du moins connu par d’autres sources, aussi vagues d’ailleurs que les nôtres : tel est par exemple le cas de Kalaçavarapura, de Suvarnapura ou de Vijayapura. Pour les autres, Ambuvisa ya, Koratra, Pattikera, Supâcanagara, Vandikota, si & indien »
que ces syllabes sonnent aux oreilles, c'est la première fois qu'on les rencontre. Nous n'avons d’ailleurs aucune raison, la grande majorité de ces indications s'étant déjà vérifiée, de mettre en doute l'exactitude de cette minorité. Dans l’état actuel de notre connaissance géographique de l'Inde ancienne, on ne sait même de quoi il faut le plus s'étonner, si c’est qu'un peut nombre de ces noms de lieux reste lettre close pour nous ou au contraire qu'une aussi forte proportion nous en soit d'emblée familière.
$ m1. — Renseignements historiques.
Tenterons-nous enfin de résumer les quelques notions historiques que suggèrent, confirment ou rectfient ces documents ? Notre premier soin devra être de ne pas nous laisser égarer par la question de chronologie. Quelle que soit la date précise de ces manuscrits — et, tout ce que nous pouvons affirmer, c'est qu'ils ne sont pas postérieurs au xr° siècle, ni antérieurs au vin — 1l ne faudrait pas s'imaginer que leur contenu se rapporte par définition à cette date. Rien n'empêche que les sujets des illustrations soient aussi antérieurs que le texte même de la Prajñäpäramita à la réédition qui nous en est donnée, et que, seules, l'écriture de la copie et l'exécution technique de l’image soient à vrai dire du temps. Le fait que nous devons supposer derrière ces miniatures une période de transmission vraisemblablement assez longue, s'il augmente, comme nous avons vu, leur intérêt iconographique, diminue au contraire leur valeur historique pour ce qui est d'un moment déterminé : et pour aucun moment celle valeur n'est moindre que pour leur {erminus ad quem”.
Ainsi donc, même au cas où nos documents seraient bien définitivement du xr° siècle, 1l faudrait nous garder d'y cher-