‹ Étude sur l'iconographie bouddhique de l'IndeChapitre 6 sur 53 · LE BUDDHA I · texte numérisé non relu

LE BUDDHA I

du moins aucun qui ne se retrouve sur les monuments. Reprenons-les dans l’ordre où ils nous sont présentés.

Le siège du Buddha est, nous dit-on, flanqué de « quatre Märas » : au sujet de ces derniers une autre version nous apprend qu'ils portent les noms tout allégoriques de « Skandha°, Kleça’, Mrtyu° et Devaputra-Maära et sont respectivement de couleur jaune, rouge, noire et foncée (entendez: verte)" ». Leur présence s'explique tout naturellement puisque le fameux geste de toucher la terre pour la prendre à témoin a Justement été provoqué par l'attaque de l’armée de Mara. Aussi, voyons-nous ces démons grimacer autour du « Siègede-diamant » sur une miniature de Calcutta (P. Æ., Cat. IT, 2), et les stèles de Sàärnâth (/bid., fig. 29 ou Bureesss, Anc. Mon. India, pl. 67 et 68)°. Toutefois ici les Märas jouent proprement le rôle de caryatides ou d’atlantes ; la troisième version du sädhana place explicitement le lotus où se üent le Buddha «au-dessus des quatre Märas, bleu (— noir), jaune, rouge et vert” ». La désignation est à retenir pour l'identification des petits génies qui supportent, concurremment avec des lions, la tablette de pierre du Vajrasana découvert par les fouilles de Bodh-Gayà (Cuxnixenam, Mahäbodhi, pl. XII): leur ressemblance avec des Yaksas ne fait que confirmer cette interprétation, car ce n’est pas autrement que sont représentés, à Särnâth comme à Amarävati, les membres de la horde démoniaque. Ajoutons que, de très bonne heure, dans le motif de «l'assaut de Mara », les sculpteurs du Gandhära et d'Amarävati ont pris l'habitudé de

1. Te ca Skandha-Kleça-Mrtyu-Devaputra-Mara gaura-rakta-krsna-çyamavarna ; yathakramena murtim esam vibhäavya... (Vayrasana-Bhattaraka-sadhanopadeçavidhi, Bt, fol. 7 vo; Bo, fol, r vo ; .B3, fol. 7 ve).

5 Ajoutons qu’au témoignage de M. Th. BLocn (loc. laud., p. 284-5), « sur plusieurs images du Bihar appartenant à ce type, les démons de l’armée de Mara sont encore représentés... »

3. Nila-gaura-rakta-çyama-(ca)tur-Maropari viçvapadmavajravasthitam (Br, fol. 10 r°; passage omis dans B2 et B3).

remplir l’espace disponible en façade du trône du Bienheureux par des figures de démons renversés ou accroupis à terre’. Ainsi, non seulement la légende jusüfie l'introduction des Märas autour du « Siège-de-diamant », mais leur place même, au-dessous de ce siège, trouve son explication dans une tradition dont les artistes de l'Inde centrale ont hérité et qu'ils ont interprétée à leur façon.

Si nous passons à présent aux lions sur qui repose également le trône, on les aperçoit couramment sur le socle des statues bouddhiques du Magadha (Voir, par ex., P. E., fig. 11 ou Cunninenam, Mahäbodlu, pl. XXVI, etc.). Une curieuse stèle provenant de Räjagrha et publiée par M. G.-A. Grierson (J. À. S. B., vol. LXIIE, P. I, n° 1, 1894) introduit même entre ces deux personnifications de la force un éléphant, symbole de sagesse”. De plus, elle intercale, sur un pan de draperie, entre le trône et le lotus, un foudre muni de triples griffes, de la forme de ceux que le Tibet a empruntés à l'Inde”. Plus conforme au texte, notre fig. 1 place, au contraire, le foudre sur la plate-forme du lotus immédiatement au-dessous des jambes croisées du Buddha. Ce n'est pas tout: elle a gardé encore l’ordre prescrit pour les deux Bodhisativas assistants, lesquels — par une confusion aisément explicable entre la droite ou la gauche du personnage principal et celles de l'artiste — se trouvent à

1. Parmi les rares spécimens publiés, nous ne voyons guère à citer que Burcess, Amardvatt stûpa, pl. [ (frontispice, en haut, au milieu de la frise).

2. Pour d’autres images du Vajrasana provenant du Magadha (et dont les deux premières joignent également aux lions des éléphants), voir ANDERSON, Catalogue of the Archæological Collections in the Indian Museum, Calcutta, XX, p- 79-80 (K(urkiha)r, n°5 2,88, 112,19; Bfiha)r, 1,5, 'ete.).

3. Pour une image à grande échelle de ces vajra en train de devenir des rdo-rje, voir P. E., fig. 1. Sur une stèle, représentant le Buddha du Vajrasana entre Avalokiteçvara et Maitreya, qui se trouve encastrée dans un mur du couvent brahmanique de Bodh-Gayä, le mème expédient a été adopté de marquer le foudre sur une draperie qui pend entre le lotus et le simhasana.

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