‹ Étude sur l'idée du royaume de Dieu dans les évangiles synoptiquesChapitre 23 sur 25 · SENTE · texte numérisé non relu

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seulement le droit, mais le devoir de rechercher dans la Bible ce qui est vraiment divin, ce qui est la vérité absolue, et ce qui est humain et relatif. Les auteurs sacrés non-seulement ont pu se tromper, mais se sont souvent trompés sur la vraie pensée de Jésus. Nous en avons fourni des preuves. Et ce droit de la critique devient d'autant plus nécessaire, quand nous nous trouvons en présence d'une contradiction. Quand la même personne affirme le pour et le contre, nous sommes étonnés et nous cherchons la vérité. Et quand il s’agit d’une contradiction aussi importante que celle que nous avons signalée, nous l’accepterions simplement, aveuglément? Nous accorderions la même valeur au rêve enthousiaste d’un rabbin qu’à la parole divine de Jésus ? Mais ce serait une infidélité, une impiété. C’est alors que l’on pourrait crier au sacrilège. Que cette épuration soit difficile, je l’accorde ; impossible, non. C’est l’œuvre des hommes sérieux qui unissent la science à la foi, le travail à la prière. Nous-même, en essayant d'apporter notre pierre à ce grand édifice, nous avons souvent tremblé en sentant s’écrouler telle de nos idées qui nous avait accompagné depuis notre enfance, et plus d’une fois nous avons été effrayé à la pensée de porter peut-être une main sacrilège sur l’arche sainte de la Parole de Dieu. Mais la vérité avant tout; et nous nous rappelions la parole de saint Paul : (1) « Quand j'étais enfant, je pensais comme un » enfant ; lorsque Je suis devenu homme, j'ai fait dispa- » raître ce qui était de l'enfant.» Et n’y a-t-il pas quelque chose de grand dans cette lutte pour la vérité suprême? On ne possède vraiment que ce que l’on à acquis soi-

(1) 1 Cor. XIII, 41.

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même, et l’on n'aime avec passion une chose que lorsqu’on à souffert pour l’acquérir. « La vérité, dit Vinet, sans la recherche de la vérité, n’est que la moitié de la vérité. » L'esprit de l'homme, il est vrai, peut s’égarer:; mais alors même qu'il s’égare dans son ardente et généreuse sincérité, il est encore plus noble et plus grand que s’il avait suivi paresseusement et sans élan, la voie tranquille, capricieuse et battue de la foule. Sachons honorer les pionniers de la science. Ils peuvent s’égarer ; mais, en somme, ce sont eux qui fraieut à l’humanité des voies toujours nouvelles et qui la conduisent vers la perfection.

Enfin, quel est le point le plus vulnérable que nous ayons rencontré dans notre étude? Ce sont les paroles et les discours eschatologiques de Jésus. Nous avons émis des doutes sérieux et motivés à leur endroit, et nous n’avons absolument pas le sentiment d’être sorti de la véritable pensée du Maitre. L'avenir le préoccupe bien moins que le présent. Il est venu non pour dévoiler l’avenir, mais pour sauver l’homme qui se perdait. Il est venu annoncer aux hommes qu’ils avaient en Dieu un tendre Père qui les aimait, et qui, à cause de cet amour même, voulait leur faire grâce. Jamais il n’aborde de plein gré la question eschatologique. Il n’y touche que pressé par les questions de ses disciples, et alors il répond que son Père seul connaît l'avenir (Marc, XIII, 32). Il fait à Dieu crédit de l'avenir. Imitons cette sagesse et n’ajoutons pas à tous les soucis du présent ceux encore de l’avenir. « Ne vous inquiétez point du lendemain. » (Mat. VI, 34). Le chrétien est avant tout un homme du présent. La lutte n'est-elle pas assez vive, la moisson n’est-elle pas assez grande pour absorber toutes ses forces? Au reste, l’ave-

nir n’a rien d’inconnu et de terrible pour lui; il en connaît tout ce qui lui est nécessaire pour la paix de son âme. Il sait que si Dieu est pour lui, personne ne pourra rien contre lui. Il sait que s’il a placé sa confiance en Christ, s’il s’est chargé de sa croix pour le suivre, s’il est mort avec lui, il ressuscitera aussi avec lui, et que dès maintenant déjà, il a passé de la mort à la vie.

« La mort a été engloutie dans la victoire. O mort, où est ton aiguillon ? O sépulcre, où est ta victoire... Grâces soient rendues à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ. » (1).

Et que l’on ne se figure pas qu’en s’interdisant les spéculations eschatologiques, le chrétien fasse le sacrifice d’un puissant moyen d’évangélisation. Nous avons de la peine à croire que jamais une âme ait été convertie par la peinture plus ou moins réaliste des catastrophes finales Tout au plus, une pareille peinture a-t-elle pu jeter la terreur et l'angoisse dans une âme faible et naïve. Et peut-on appeler cela une conversion ? La vraie conversion est celle qui est produite par le réveil de la conscience pécheresse sous les rayons de l’amour de Dieu. C’est la seule qui soit digne de Dieu et qui sauvegarde les droits de la conscience. Qu'on illustre sa pensée, rien de mieux ; cela est souvent nécessaire ; mais qu’on le fasse sobrement et qu'on n'oublie jamais qu’il y a loin d’une représentation intérieure, personnelle à une réalité extérieure et positive. Autrement on s’égare, et l’on fausse l'esprit de ceux que l’on veut persuader.

L’imagination s’enflamme, voit des prophéties partout, et en trouve l’accomplissement dans les évènements con-

(1) I Cor. XV, 55-57.

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temporains les plus insignifiants. Elle calcule le jour et l'heure de la fin, elle voit tout se dérouler par le menu, elle s’égare souvent sans retour. On pourrait composer des volumes et des volumes avec les nombreuses interprétations des prophéties relatives aux choses finales. Tous ces hommes étaient sérieux et sincères, et n’ont eu qu'un tort, celui de faire le premier pas et de se laisser entrainer sur cette pente glissante.

Pour nous, veillons et prions, et occupons-nous de la tâche que le Seigneur a mise devant nous. Le temps presse, la moisson est grande, et il y a peu d'ouvriers.

Un homme avait un champ. Il engagea des moissonneurs et convint avec eux des heures de travail et du salaire. Dès le milieu de la journée plusieurs d’entre eux, au lieu de travailler, commencèrent à lever la tête et à compter les heures. « Encore quatre heures, troisheures, encore une heure, puis ce sera la fin, et l’on nous paiera.» Et tous de deviser sur l'emploi qu’ils pourraient bien faire de leur argent. Le maître, qui surveillait ses ouvriers, s’aperçut de tout ce qui se passait, et le soir il renvoya ceux qui avaient été tellement soucieux de leur avenir qu'ils en avaient oublié le devoir du présent. Quant aux autres, il leur témoigna son entière satisfaction.

Il en sera de même un jour pour beaucoup d'hommes, et de grandes déceptions pourront bien attendre ceux qui ici-bas auront oublié le présent pour l'avenir.

Vu : le président de la soutenance, Vu : le doyen, A. SABATIER.

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