CONCLUSION
Nous sommes arrivé au terme de notre étude, et nous nous estimerions heureux si nous avions pu jeter quelque clarté sur cette idée du royaume de Dieu qui est le centre du christianisme et la lumière qui en éclaire le passé et l'avenir; c’est la source même de la doctrine et de la vie chrétiennes. Nous ne prétendons pas avoir épuisé le sujet; car nous n'avons pu ni faire la critique rigoureuse de tous les textes, ni tirer toutes les conclusions des prémisses que nous avons posées. Nous nous sommes efforcé, en nous plaçant dans le milieu historique, d'entrer dans la pensée de Jésus et dans celle de ses disciples, et de retrouver en quelque sorte la genèse des paroles rapportées par les synoptiques sur le royaume de Dieu. Après avoir montré cette idée dans tout ce qu’elle a de grand et d’original, nous nous sommes heurté à une contradiction. Il fallait la résoudre, parce qu’une erreur de Jésus dans le domaine moral et religieux, nous semblait la négation même de sa messianité. Nous en avons proposé une solution appuyée sur des arguments qui nous paraissent très sérieux. Avons-nous réussi? Là est la question. En tous les cas nous n’avons eu d'autre but que de faire ressortir la grandeur divine du Christ et de lejustifier du reproche de s'être trompé. Et en agissant ainsi, nous avons le sentiment d’avoir fait, non pas œuvre de destruction, mais œuvre de conservation. Ce mot étonnera peut-ôtre. « Etrange conservateur, dira-t-on, que celui qui à usé d’une pareille liberté à l’égard de textes que dix-huit siècles ont considérés comme inspirés ». Néanmoins nous le maintenons.
L’Evangile, pour conserver sa pureté et sa puissance a deux ennemis àcombattre : La critique radicale et étroite, et l’orthodoxie traditionnelle et immobile.
Puisque le christianisme est une religion historique, documentée, il tombe nécessairement dans le domaine de la critique, qui s'empare de ses documents pour les vérifier, les juger avec l’aide de toutes les lumières que lui fournissent la philologie, l’histoire, l’ethnographie, la philosophie, etc. Que répondrons-nous à ces adversaires redoutables, à ces hommes de science, qui ont autant que nous le souci de la vérité historique, si nous ne savons pas entrer dans leurs vues pour les comprendre et les critiquer, et si nous ne savons distinguer dans l'Evangile ce qui est inébranlable d'avec ce qui trahit une origine plus ou moins suspecte? Muir le débat? Ce serait une défaite honteuse. Combattre avec des affirmations, avec l'éternel scriptum est? Ce serait se couvrir de ridicule. Non, pour combattre ces ennemis, armés comme ils le sont aujourd'hui, il faut que nous renouvellions | notre arsenal. Science contre science, autrement nous sommes battus, et nous nous couvrons de discrédit. Je n'oublie pas qu'il y a heureusement dans la religion autre chose que de la science. Mais, puisque nous chrétiens protestants, nous réclamons pour notre religion un caractère scientifique, il faut que nous soyons prêts à entrer en lice avec la science quand ‘elle nous attaque, et que nous ne réclamions la rigueur scientifique que pour ce qui peut se soutenir devant l’histoire et devant la conscience chrétienne.
L'autre ennemi, c’est l’orthodoxie traditionnelle et immobile. Tandis que le premier pèche par négation, eelnici pèche par affirmation. En présence de la vérité
PT
évangélique, le premier a plutôt une tendance à retrancher ; le second, à ajouter. Disons de suite qu'il s’agit ici d’ennemis tout à fait inconscients, parce qu'ils n’ont d'autre but que le triomphe même de l'Evangile, Nous voulons parler de ces chrétiens sincères et fervents, qui lisent la Bible, mais qui n’ont ni le temps, ni l’occasion, ni la culture nécessaires pour faire de la théologie, et qui, à la simple lecture, ne cherchant que l'édification, passent sur les plus grosses difficultés sans s’en douter, et, s’ils’en présente une, le cœur, ou bien trouve une réponse, ou bien se prosterne devant le mystère. Heureux sont-ils de pouvoir faire ainsi! Mais qui ne sait que le cœur est un juge bien personnel et bien variable ! Il prend si volontiers pour des réalités extérieures les désirs et les sentiments qui l’animent. Il y a là, pour la vérité évangélique, un danger aussi grave que celui que nous signalions plus haut, et l’intervention de la raison et de la théologie devient absolument nécessaire pour émonder cette végétation trop luxuriante et pour ramener la vérité à sa forme primitive. Il n’est pas permis au théologien d'ignorer les difficultés ou de passer outre; il doit les regarder en face et au moins essayer d’y répondre. Tel a été notre but dans tous les problèmes soulevés par ce travail.
Et l'inspiration des Saintes Ecritures que devient-elle dans votre système, me demandera-t-on ? L’inspiration littérale «est aujourd’hui une théorie surannée qu'aucun savant sérieux, même parmi les orthodoxes, ne soutient plus. La Bible n’est pas un code, un recueil de doctrines ; elle est une histoire : le Nouveau Testament est l’histoire de la vie et de l’œuvre de Jésus-Christ et de ses apôtres. Elle n’est pas la Parole de Dieu, mais elle la renferme. Le chrétien, et surtout le chrétien protestant, a done non-