‹ Étude sur l'idée du royaume de Dieu dans les évangiles synoptiquesChapitre 3 sur 25 · SANTE · texte numérisé non relu

SANTE

idée, ne saurait absolument pas nous dis, enser de lapprofondir à notre tour. Or nous n’en connaissons point dont l'étude soit plus importante et plus fructueuse que celle du Royaume de Dieu.

Cependant, outre notre intérêt personnel, un autre plus général nous a inspiré. Aujourd’hui plus que jamais s’accomplit la parole du Christ : « Je suis venu apporter non la paix, mais l'épée » (Mat. X, 34). La personne de Jésus divise l’Eglise; chaque parti en a une conception qu'il prétend être la plus conforme à la vérité, et chacun croirait manquer de fidélité au Maitre en faisant des concessions. Dan; cette situation, 1l n’y à qu'un moyen pour ramener la paix dans l'Eglise : c’est que tots ceux qui le peuvent s'efforcent avec sincérité, avec sérieux et sans aucune autre préoccupation que la vérité, de mettre Ja figure du Christ dans son véritable jour, et de montrer surtout la délicatesse etles difficultés de la question, afin de modérer les affirmations trop hardies des uns, et les négations trop absolues des autres. Il y aura toujours des extrèmes; mais il faut que les hommes sérieux et odérés des deux côtés, qui forment la grande majorité et qui ne sont souvent divisés que par des formules, des susceptibilités et des convenances mesquines, se rapprochent et s'unissent pour former le grand parti de Christ.

est là lout notre désir, et nous serions heureux si notre travail pouvait l’inspirer aussi à quelques-uns de ceux qui daigneron! le lire.

Mais, pour arriver à un résultat sérieux, il faut absolument abandonner l’ancienne méthode dogmatique, qui considère Jésus comme un être plus ou moins en dehors fe l'histoire, échappant en quelque sorte à toute loi humaine, Il faut que nous adoptions la méthode histo-

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rique. Jésus n’a pas été une apparition céleste subite, sans relation avec la terre. Il a été une personne historique ; il a vécu de notre vie, il s’est développé dans des conditions données, sous des influences diverses de climat, d'éducation et de race. Il croissait en stature et en grâce devant Dieu et devant les hommes (Luc, II, 52). Il faut done, pour le comprendre autant que cela nous est possible, le placer dans son milieu historique, suivre pas à pas son développement humain, chercher à découvrir la . genèse de ses paroles et de ses actes, et distinguer ce qui lui est propre d’avec ce qu’il a emprunté à sa nation et à son époque. Et que l’on soit sans inquiétude pour sa divinité : elle est au-dessus de toute atteinte; bien plus, elle ne peut que gagner à être débarrassée de tous les éléments terrestres qui l’enveloppent et en ternissent l'éclat. Or, nous avons pensé que rien ne pouvait nous conduire plus sûrement à ce but que l’analyse de la plus grande et de la plus originale de ses idées, celle du Royaume de Dieu.

Notre titre aussi réclame une justification. Pourquoi excluons-nous le IVe évangile des sources de notre étude ? Sans entrer dans une discussion approfondie (1) qui n'aurait pas sa raison d’être ici, nous ferons observer que nos quatre évangiles sont loin d’être d'accord. Ils nous offrent deux sources différentes de la vie de Jésus; d’un côté les synoptiques, de l’autre le IVe évangile. Les synoptiques nous racontent la vie de Jésus à peu près dans le même ordre et avec les mêmes détails. C’est Le triple écho d'une même tradition. Le ministère de Jésus v est divisé en deux grandes périodes : la période galiléenne et la

(1) Voyez Sabatier, Encyclopédie des Sc. relig., art. Jean l'apô- (re; D-AB1>

période jérusalémite. Le IVe évangile rapporte beaucoup de faits nouveaux, et. le ministère de Jésus se passe presque tout entier à Jérusalem. Il renferme de longs discours inconnus aux synoptiques, et il n’y a nulle trace des discourseschatologiques de Marc, XIILet paral., cequiest une lacune capitale pour notre étude. Les synoptiques, ce sont des chroniques ; l'art de la composition et les préoccupations théologiques y tiennent peu ou point de place, Il en est tout autrement du IVe évangile. L'auteur est un savant, un théologien qui connaît le langage de la philosophie, et son livre trahit partout une connaissance des règles: de l’art de la composition littéraire. Les faits lui servent en quelque sorte de textes pour faire des discours, des sermons, comme nous dirions aujourd'hui. Quand, après une guérison, on accuse Jésus de se faire l'égal de Dieu, l’auteur lui met dans la bouche un discours sur les rapports de Jésus avec son père (V, 19-47). Après la multiplication des pains, c’est un discours sur le pain de vie (VI). Tous ces discours (VIT, X, XIV, XV) renferment bien la pensée de Jésus, mais développée et ordonnée par le rédacteur. Jésus pourrait avoir dit tout ce que le IV® évangile met dans sa bouche, mais l’histoire doit s'appuyer, non sur des possibilités, mais sur des faits, sur des paroles authentiques. C’est pour ce motif que nous n’accorderons au IVe évangile qu’une valeur historique secondaire, et pour notre étude nous n’en invoquerons le témoignage que lorsqu'il confirmera celui des synoptiques. Vouloir concilier les deux sources c’estse condamner à l'impossible.

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