‹ Etude sur l'Iliade d'HomèreChapitre 1 sur 35 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La présente étude est surtout littéraire ; à ce point de vue qui nous a paru le plus large, le plus intéressant, le plus fécond, nous avons voulu subordonner, sans les écarter, les questions historiques, philologiques et d'érudition pure.

Notre premier objet a été d'entrer aussi avant que possible dans la connaissance du génie homérique, en vivant longtemps dans le commerce de l'Iliade et en nous prêtant avec docilité aux impressions que la lecture de ce poème pouvait faire sur nous. Naturellement nous avons rencontré la question homérique ; nous ne l'avons pas abordée de front ni de prime abord ; mais la solution, une solution vraisemblable, s'est dégagée pour nous peu à peu de cette longue étude. Elle est contraire à l'opinion en vogue sur la composition de rihade; mais nous croyons que cette opinion, chez ceux qui la professent avec sincérité et en connaissance de cause, vient d'une erreur de méthode et d'une conception fausse des devoirs du poète grec à l'égard de ses auditeurs ; d'un côté on considère le détail et non

l'ensemble ; d'un autre on oublie que l'esprit critique n'était pas né au temps d'Homère, et qu'alors la poésie consistait surtout dans le libre jeu de l'imagination.

Si les savants et les lettrés ont leurs préjugés sur Homère, le public qui lit a aussi les siens : Homère, c'est le poète constamment sublime ; ses personnages sont tous et toujours au-dessus de l'humanité ; ses tableaux ont l'ampleur de la nature elle-même; son souffle ne cesse d'être héroïque. Un tel jugement ne tient compte ni de la mesure et des proportions qui sont aussi des qualités homériques, ni de la variété du ton et des images qui distingue Homère plus que tout autre poète. Peut-être notre étude rectifiera-t-elle, à cet égard, un certain nombre d'idées préconçues.

Nous avons cherché à connaître tout ce qui de nos jours a été dit de plus important sur Homère et l'Iliade, soit en France, soit en Allemagne, soit en Angleterre ; mais nous n'avons pas cru devoir, en citant pour l'adopter ou la réfuter, telle appréciation ou explication, donner le nom du critique qui l'a proposée. Ceux que ces particularités intéressent savent où les prendre ; en général il ne faut pas aller bien loin. Nous devons beaucoup à la critique allemande ; elle nous a appris, en bien des cas, à mieux voir les arbres de la forêt ; quant à la forêt, nous croyons qu'en général elle ne la voit pas ou la voit mal.

Nous n'avons pas fait l'histoire de la question homérique ; elle se trouve un peu partout et surtout dans

— vu — la très solide Histoire de la littérature grecque, par MM. Alfred et Maurice Groiset, dont le premier volume, dû à M. Maurice Groiset, a paru en 1887. Nous regrettons de n'être pas d'accord sur l'Iliade avec l'auteur de cet ouvrage qui nous a paru se rattacher surtout aux vues de Ghrist sur la question homérique ; mais nous croyons devoir maintenir, même après lui, les conclusions de notre étude, assez conformes d'ailleurs au sentiment de maîtres aussi éminents par la science que par le goût, de MM. Jules Girard ' et Georges Perrot '^

1) Revue des Cours littéraires, 20 mars 'ISGQ, p. 248.

2) Revue des Deux-Mondes, 1^'' décembre 1887.

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