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Étude sur l'instruction secondaire et supérieure en Allemagne

Pour m’acquitter d'une mission dont Son Excellence le Ministre de l'Instruction Publique a bien voulu m'honorer, en me chargeant de lui adresser un rapport sur l’état actuel de l’instruction secondaire et supérieure en Allemagne, j’ai visité, pendant les mois d’août et de septembre de l’année dernière, un certain nombre d'universités et de Gymnases (Lycées) allemands. L'Étude suivante, que je soumets à l’appréciation de ceux qui s’intéressent à l’organisation de l’instruction publique en France, est le fruit non-seulement démon expérience et de mes observations personnelles, mais encore des renseignements que j’ai pu me procurer, soit dans les établissements visités par moi, soit à l’aide de documents officiels que m’ont fournis les différents ministères ou les livres publiés sur cette matière •.

Il n'entre dans le cadre de cette étude, ni de discuter l’organisation de l'instruction publique, telle qu'elle existe en Allemagne, ni de la comparer à la manière dont l'enseignement

1 Tels que le Schul-Kalenier, par Mushacke. Berlin 186S, et le Vniversitaelt-haieniirr du même auteur, Berlin I8S3.

universitaire est pratiqué en France. J'ai voulu simplement donner un résumé succinct des institutions scolaires en Allemagne, et fournir ainsi au public français quelques éléments de comparaison, propres à jeter une lumière utile sur la grande question de réforme universitaire qui préoccupe tant d’esprits sérieux.

Mes recherches n’ont pu être ni aussi étendues, ni aussi complètes que j’aurais voulu les faire; d'une part, le temps dont je pouvais disposer était trop restreint pour que j'eusse pu visiter un plus grand nombre d'établissements, et, d'autre part, les cours publics aux universités avaient déjà cessé à l'époque de mon voyage, de sorte que je n’ai pu obtenir toute* les informations dont j’avais besoin.

Dans le cours démon voyage, j'ai visité les Gymnases de Franeforl-sur-.Vein, de Scliulpforta, de Leipzig (la Thoma >■sehule), de Halle (l'Orphelinat de Franche), de Berlin (les (■ymnases de Joachimslhal, Zum-Grauen-Ktoster et le Frieilrichi-Gyniimsium), de Hambourg (1 e Johanneum), d'Oldenbourg et d’Iéver; de même que les universités de Heidelberg, d’Iéna, de Halle, de Leipzig cl de Berlin. Partout j’ai été accueilli de la manière la plu* parfaite; surtout les directeurs et les professeurs des Gymnases m’ont non-seulement fiermis d'assister aux diverses classes, mais encore ils m'ont fourni tous les renseignements qui pouvaient m’être utiles. Je dois une égale reconnaissance à Son Excellence, M. von Berg. Min sire de l'Intérieur du Grand-Duché d’Oldenbourg; à M. Joly, conseiller ministériel à Carlsruhe, et à M. Gervinus. l’éminent professeur de Heidelberg, qui ont bien voulu me donner des informations très détaillées sur l'instruction publique dans les Grands-Ducués d'Oldenbourg et de Bade.

On pourrait dire que les établissements que je viens de mentionner appartiennent à des pays essentiellement protestants, et qu’on ne peut les comparer h l’Université française qui a plus ou moins conservé les traditions et les méthodes de l’ancien enseignement exclusivement catholique. Mais, abstraction faite de ce que la loi française veut que les établissements de l'État soient ouverts aux membres de tous les cultes, les pays exclusivement catholiques en Allemagne, tels que l'Autriche t et la Bavière, ne brillent pas au premier rang quant à leur culture intellectuelle, et leurs écoles puhl: ques ne sont pas les plus renommées en Allemagne; de plus, les méthodes employées dans l’instniction publique de ces pays se rapprochent, sous plus d'un rapport, de celles qui sont usitées en France ; on n’y trouverait donc rien de nouveau. Quant au Gymnases , soit exclusivement catholiques, soit ouverts aux protestants et aux catholiques (Gymnases simultanés) dans les autres Etats allemands, renseignement n’y porte pas un caractère exclusif : l'instruction religieuse y est donnée par les ministres des divers cultes, et les sciences profanes y sont enseignées de manière à permettre aux catholiques, aux protestants et aux israélites de les suivre sans que les consciences soient le moins du monde froissées ;

1 « Toute l’Allemagne, l’Autriche exceptée, a répudié peu à peu le « système qui règne encore chez nous, et c’est au régime nouveau « par elle adopté, qu’elle attribue l'éclat de ses Universités. L’Autriche

• elle-méine, qui a conservé notre système, se préoccupe de la fai-

• blesse de son enseignement comparé à l'état brillant des autres t Universités d'Allemagne, et vient de nommer une Commission pour « réformer ses Facultés de droit. • (Ed. Laboulaye ; Réflexions sur l'enseignement du droit en France. Revue de Législation et de Jurisprudence. Tome 111, p. 299.)

dans quelques Gymnases, on pousse ce scrupule si loin que l'on fait faire aussi renseignement historique à la fois par un professeur protestant et par un professeur catholique. C'est pourquoi on trouve en Allemagne, daus les Gymnases appelés catholiques, bon nombre d'élèves appartenant à d'autres cultes, de même que les élèves d'uu culte dilTérent ne manquent pas aux Gymnases appelés évangéliques ou protestants.

Outre les Gymnases proprement dits, il existe encore, en Allemagne, des établissements d'instruction secondaire appelés Realschulen, et qui correspondent à l'Enseignement spécial, fondé tout récemment dans les Lycées français par le Ministre actuel de l’Instruction Publique.il n'entraitpas dans mon plan de m’occuper d’une manière particulière de ces écoles qui n'appartiennent pas à l'enseignement classique; cependant, on trouvera plus loin quelques indications sur les matières qui y sont habituellement enseignées.

Min sse n.

Versailles, avril !8<iC>.

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