AVANT-PROPOS
Il n’est pas besoin de remonter à une époque bien éloignée de nous pour voir les chirurgiens, en présence d’une luxation reconnue irréductible, agir avec une timidité qui prouvait leur quasi-impuissañce dans le traitement de ces lésions. L’expectation et quelques mouvements destinés à aider le travail de la nature, et à perfectionner la néarthrose qui devait se former à la longue, constituaient toute la thérapeutique mise en œuvre. À l’heure actuelle, il n’en est plus ainsi: sur ce point comme sur tant d’autres, les bornes imposées aux opérateurs se sont reculées. Peut-être faut-il encore attendre avant d'admettre, avec un des maîtres de la chirurgie moderne, qu'il n’y a plus de luxations irréductibles; mais, du moins, nous voyons les chirurgiens de notre époque obtenir des succès de jour en jour plus nombreux par une méthode dont leurs prédécesseurs ne parlaient que pour la condamner.
A la suite d’un cas de ce genre, que nous avons eu la bonne fortune d'observer dans la pratique de M. le docteur Bodet, professeur à l'École de médecine navale de Rochefort, il nous a paru intéressant de rechercher dans quelles conditions le chirurgien peut se trouver amené à intervenir d’une manière aussi énergique, et d'étudier quelles sont,
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dans ces cas, les règles de conduite qu'il doit suivre.— Notre intention était, au début de ce travail, d'étendre ces recherches à toutes les luxations irréductibles : mais nous avons dù reconnaître l'impossibilité d'appliquer d’une manière générale des règles qui varient non seulement avec l’articulation lésée, mais avec la variété même de la luxation. Les luxations irréductibles de la hanche, celles du coude, celles de l'articulation métacarpo-phalangienne du pouce ont déjà été l’objet de travaux analogues ; nous avons restreint le nôtre à l’étude des luxations de la seule articulation scapulohumérale.
Un travail de cette sorte ne saurait prétendre à l'originalité. Aussi notre but est-il surtout de procéder à une revue critique des procédés employés dans la thérapeutique des luxations irréductibles de l’épaule, et de présenter une sorte de résumé des connaissances actuelles sur ce point de la médecine opératoire. Nous avons divisé ce travail en trois partes : la première est consacrée à l’étude des causes d’irréductibilité ; la seconde aux indications et contre-indications de l'intervention chirurgicale ; dans la troisième les divers procédés opératoires seront étudiés et leur application discutée.
Nous sommes heureux de pouvoir offrir ici un témoignage public de notre reconnaissance à M. le professeur Bodet, qui nous à inspiré l’idée de cette thèse, et qui nous a gracieusement fourni tous les détails dont nous avons eu besoin.
Que M. le professeur Demons veuille bien recevoir aussi nos remerciements pour l'honneur qu'il nous a fait en acceptant la présidence de cette Thèse.