ACTION SUR LES FERMENTATIONS
Une des propriétés de l’iodol qui devait être étudiée avec soin est celle qui a trait à son action antiseptique. Destiné au pansement des plaies, on comprend facilement combien il était important de connaître son action sur la fermentation, surtout de nos jours, où tous les efforts des chirurgiens tendent à prévenir, par toute sorte d'agents antiseptiques, l’infection des plaies par les germes extérieurs.
Nous nous étions proposé d’arrêter ou au moins de retarder les fermentations développées dans des liquides nourriciers des microorganismes, tels que le bouillon ou l’eau contenant de l’amidon en solution. Des examens microscopiques que nous aurions fait chaque jour nous auraient permis de donner des conclusions sûres et presque mathématiques ; mais quelques-unes des propriétés chimiques de l’iodol nous ont opposé des obstacles insurmontables. La solution d’amidon se colorait en bleu sous l'influence de l’iode que dégage l’iodol. Il nous était dès lors impossible d'étudier les phénomènes de fermentation qui pouvaient se passer dans son sein. Le bouillon précipitait la solution d'iodol ; celui-ci se trouvait, par ce fait, inégalement réparti dans tout le liquide; l'expérience perdait toute sa précision. Nous
Es vu n’avons donc pu par aucun de ces procédés arriver à réaliser des expériences concluantes.
Nous en étions là de nos recherches et désespérions d'arriver à une solution satisfaisante, lorsque M. le professeur Estor nous engagea à étudier l’action de l’iodol sur la fermentation de la levûre de bière.
A cet effet, et sur les conseils de notre Maître, nous avons institué une série d'expériences dont nous allons donner la description.
Le 15 juin, à 11 heures, nous avons préparé une solution de sucre de canne dans l’eau distillée, à laquelle nous avons ajouté une certaine quantité de levüre de bière fraîche. Le mélange ainsi obtenu a été versé dans six tubes de verre d’une contenance égale de 80 cent. cubes environ.
Le premier de ces tubes a été gardé comme témoin; dans les cinq autres, nous avons ajouté, du deuxième au sixième, une dose croissante d’une solution d’iodol. Afin de nous rapprocher le plus possible de la pratique clinique, nous nous sommes servi de la solution d'iodol à 1/50 employée par les chirurgiens, contenant 1 gr. d'iodol pour 16 gr. d'alcool et 34 gr. de glycérine.
Le tube 2 contient 1/4 de cent. cube de la solution, ou 0,005 d’iodol
— 3 —. 1/8 — — 0,01 — —. 4 , — 1 centim. cube — 0,02 — — 5 — PA mn — 0,04 — — 6 — 3 — —— 0,06 —
Chacun d’eux a été fermé hermétiquement à l’aide d'un bouchon de liège. Ce bouchon est traversé par un tube ouvert aux deux bouts qui plonge jusqu'à la partie inférieure du liquide. Tous les tubes ainsi préparés sont maintenus tout le temps de l'expérience à une température constante de 22° à 23.
Le même jour, à 2 heures, c’est-à-dire trois heures après le début de l’expérience, le iube témoin 1 est en pleine fermentation.
De nombreuses bulles d’acide carbonique traversent le liquide et
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montent à sa surface. L’acide carbonique, augmentant sans cesse et ne pouvant s'échapper par en haut, comprime le liquide. Celui-ci ainsi comprimé remonte par le petit tube et s’écoule à l’extérieur.
Quelques rares bulles de gaz se dégagent dans les quatre autres tubes.
À six heures, la fermentation est complètement établie dans les tubes 2, 3, 4et 5. Une quantité variable d’acide carbonique se trouve dans chacun d’eux et a refoulé à l’extérieur une quantité équivaleute du liquide. |
Seul, le tube 6 n’a pas changé d’aspect.
Le 16 juin, à 11 heures du matin, ou mieux, vingt-quatre heures après le début de l'expérience, environ 75 centim. cubes d’acide carbonique remplissent les cinq premiers tubes. Si l’on considère qu'ici les ou 4 cent. cubes de liquide restant ne sont pas suffisants pour dégager une quantité de gaz capable de vaincre la tension des 75 cent. cubes d'acide carbonique qui se trouvent à la partie supérieure des tubes, nous pouvons considérer pour eux l'expérience comme terminée ; mais nous pouvons dire, d’ores et déjà, que 4 centigr. d'iodol n’ont pas empêché la fermentation et l’ont à peine retardée.
La fermentation a aussi commencé à se déclarer dans le tube 6. Nous conslatons environ 4 cent. cubes d'acide carbonique. Examiné plus tard encore, la fermentation y suit toujours son cours, mais avec une très grande lenteur. On voit de temps en temps de rares bulles de gaz se dégager.
Nous avons continué nos recherches en étudiant l’action de l'iodoforme sur le même genre de fermentation. Tout avait été préparé dans des conditions exactement semblables à celles de nos expériences précédentes. Seulement, ici, nous avions remplacé la solution d’iodo! par une solution d’iodoforme. Les résultats ont été identiques. Tandis que la fermentation marchait avec une rapidité croissante dans les cinq premiers tubes suivant les doses d’iodoforme, le tube 6, qui contenait 0,06 centigr. de cette dernière substance, n’avait pas varié durant
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les sept premières heures. A partir de ce moment, peu à peu, cependant, la fermentation a commencé et a continué avec la même lenteur que nous avions constatée pour l’iodol.
Afin de nous mettre à l’abri des critiques, nous avons étudié l’action antiseptique de l’alcooi seul et de l'alcool mélangé à la glycérine.
Deux tubes ont été remplis du mélange de la solution de sucre de canne avec la levûre de bière, dont nous avons parlé plus haut. Nous avons ajouté dans le premier une quantité d’alcool supérieure à celle qui se trouvait dans les tubes 6 de nos premières expériences ; dans le second, un mélange d’alcool et de glycérine à une dose supérieure encore à celle dont nous nous étions servi jusqu'ici. Cette dernière épreuve, a été décisive, car la fermentation $’est déclarée dès la première heure. ei se faisait aussi rapidement que dans les tubes témoins.
Toutes ces expériences sont d’une simplicité remarquable; elles ont de plus l’avantage d’être très courtes, car. vingt-quatre heures étaient plus que suffisantes ; aussi les avons-nous répétées à maintes reprises et toujours nous avons eu les mêmes résuliats.
L'iodol a par conséquent une action antiseptique évidente sur la fermentaiion, et,.de plus, cette action égale celle de l’iodoforme. On ne peut pas l'atiribuer à l’alcool ou au mélange d’aieool ei de glycérine qui servait à le dissoudre, la troisième série de nos expériences nous le prouve assez. Les chirurgiens trouveront donc en lui, comme pour, l’iodoforme, un excellent agent pour prévenir l'infection des plaies ou pour combattre cette même infection lorsqu'elle existera.
= ère