CHIMIE ET HISTORIQUE
L’iodol, appelé aussi tétra-iodopyrrol, a été découvert par MM. Ciamician et Sibber, à Rome.
La matière qui sert à le fabriquer est l’huile animale dite de Dippel. C’est un mélange des bases d’amine, de pyridine, de quinoline, de nitriles d'acides gras, de phénol et de ses homologues, de naphtaline, de pyrrol et de dérivés méthyliques de ces corps.
Il faut d’abord, d’après le brevet, avoir du pyrrol très pur; on l’obtient par ce procédé :
Après avoir retiré de l’huile animale de Dippel le pyrrol impur, on l'introduit dans un ballon surmonté d’un réfrigérant ; on chauffe, puis on ajoute par morceaux du potassium qui se combine : après refroldissement, on lave rapidement à l’éther sec le pyrrol potassé, après quoi on le décompose par l’eau, ce qui régénère le pyrrol et produit de la potasse; on distille par la vapeur, on sèche l'huile, qui passe sur de
la potasse fondue, on rectifie ensuite. Le pyrrol bout entre 126'et 127% Sa densité est de 0,9752. C’est un liquide incolore, très réfringent et d’une odeur d’abord chloroformique, puis piquante. Il se colore peu à peu et finit par brunir complètement.
Le pyrrol pur obtenu, on traite sa solution par l’iodure de potassium iodé. L’iodol ou tétra-iodopyrrol se dépose en cristaux pendant que simultanément se forment quatre équivalents d’iode à l’état gazeux.
Le corps que l’on a ainsi préparé a pour formule C‘l'AzH et à l'aspect d’une poudre d’un brun clair; de plus, il est inodore ; cependant ces deux propriétés ne sont pas absolument stables, car, sous J’influence de la lumière, il prend une coloration un peu plus foncée et dégage une odeur de naphtol. La poudre d’iodol apparaît, sous le microscope, avec la forme de cristaux ayant l'aspect de tables ou de colonnes d’une teinte jaune légère. Elle est presque insoluble dans l’eau ; il faut environ 5,000 parties d’eau pour dissoudre une partie d’iodol. Elle se dissout dans trois fois son poids d'alcool absolu. Une solution alcoolique à 5 pour 100 d’iodol supporte, sans se troubler, 30 pour 100 d’eau. Une solution à 1 pour 100 supporte 80 pour 100 d’eau. L’iodol est soluble dans l’éther à parties égales. T1 faut 50 parties de chloroforme pour le dissoudre. La benzine, la paraffine, l'essence de térébenthine, ne le dissolvent presque pas; les huiles grasses suffisamment chauffées le dissolvent, au contraire, aisément.
L'iodol contient 88,9 pour 100 d’iode. A la température de 140 à 150° il se décompose, dégage d’abondantes vapeurs d’iode et laisse un volumineux charbon. L’acide chlorhydrique en ébullition le décompose également. Si on traite la solution alcoolique d’iodol par l’eau, on obtient un précipité blanc, laiteux. Avec le nitrate d’argent, le précipité est blanc aussi, maïs il passe rapidement au noir. Le chlorure mercurique donne une coloration verte.
Les travaux faits sur ce nouveau produit sont encore rares, et de plus très récents. MM. Ciamician et Sibber lui ayant attribué des qualités antiseptiques remarquables, quelques chirurgiens, particulièrement en Italie et en Allemagne, l’ont expérimenté dans le pansement
Ut
des plaies. En 1885, les docteurs Mazzoni, à Rome, et G. Schmidt, à la clinique de Heidelberg, ont recueilli bon nombre d’observations qui paraissent être favorables. Plus récemment, M. Von Marcus a étudié, dans des expériences nombreuses et bien menées, ses effets sur l’économie. Dans le cours de cette année, le docteur Petersen (de St-Pétersbourg) l’a employé dans un assez grand nombre de cas. Mais ses résultats semblent être moins heureux que ceux obtenus en Italie et en Allemagne.
Toutes ces recherches ont encore trouvé peu d’imitateurs en France. En 1886, le docteur Hubert l’a employé à sa clinique des maladies des yeux à Paris, et paraît en avoir tiré de sérieux avantages. Plus récemment encore, le docteur Suquet a soutenu devant la Faculté de médecine de Paris sa thèse inaugurale sur l'emploi de l’iodol en oculistique. Les effets sont des plus satisfaisants, et lui ont permis de donner des conclusions tout à fait en faveur de ce nouvel agent médicamenteux.