Cf Fidel Fita, op. cit, Renaxensa, [T,-p
38 , : CHAPITRE Il
demander, si ce ne serait pas une innovation, un changement quelconque, survenus dans la constitution de cet Office, qui, ayant déplu à Sixte IV, l’auraient déterminé à renoncer à la bienveillante tolérance, dont le Saint-Siège avait usé, à légard de POffhce, tout autant qu’il était resté ce que l'avait fait l’évêque Arnaud de Montredon.
Ce n’est là qu’une hypothèse, mais qui est rendue assez vraisemblable par la façon même, dont les faits se présentent à nous, et par l'insuffisance de toutes les autres explications. Nous verrons plus loin, qu’elle peut trouver sa confirmation dans certaines circonstances de l’histoire de la cathédrale de Girone, que nous aurons à préciser pour l'étude de la tradition du texte de l'Office. Il nous suffit, pour le moment, d’avoir marqué l'intérêt, qui s'attache à la mesure prise par Sixte IV, et établi le fait certain de la suppression en 1484 de l'Office liturgique
À partit de 1484, le culte de Charlemagne ne se manifeste plus, à Girone, que par la prédication, le jour de la fête, du panégyrique du saint, et par la présence de sa statue dans la chapelle de la cathédrale consacrée aux SS. Martyrs. Sans qu'aucun document nous l’atteste positivement, il est permis de supposer, que, dès lors, ce culte a perdu son caractère primitif, qu'il n’est plus commun à tout le diocèse, mais propre à la ville et, plus particulièrement, à la cathédrale de Girone. La statue du saint est à la cathédrale, et c’est là aussi que se prèche le sermon en son honneur. L'existence d’un pareil sermon n'est prouvé pour aucune autre église du diocèse. C’ést l'Office liturpique, qui, jusqu'alors, avait fait communier toute l’Église de Girone dans la même dévotion à saint Charlemagne. Sa suppression dut naturellement rompre ce lien ; chaque église conserva peüt-être, et plus ou moins, le souvenir du saint, mais son culte ne se perpétua vraiment qu'à la cathédrale.
Celle-ci continua à célébrer solennellement, et dans un discours spécial, ses mérites et sa sainteté. Avant la prohibition de Sixte IV,
le panégyrique de Charlemagne était prononcé en chapitre « pos prandium * ». Même après 1574, l'usage de ce sermon se maintint et il devait subsister jusqu’au siècle dernier 2. Il semble cependant, qu'à une date, que nous ne connaissons pas, peut-être pour condescendre à des scrupules plus marqués du Saint-Siège, touchant la canonisation de Charlemagne, au lieu de prononcer ce sermon au jour primitivement choisi pour sa fête, on fit de lui une des prédications du Carème. En 1807, Villanueva visitant la cathédrale de Girone, l’y entendit prêcher, et c'était le deuxième dimanche de Carème 5, dans l'après-midi, « à la una de la tarde ».
La chose du reste le choqua profondément. Le sermon, concu comme il l'était, lui parut contraire aux sentiments de l’Église touchant le personnage. Celle-ci pouvait tolérer, qu’on accordât un souvenir au héros, elle n’admettait pas, qu’on fit de lui un panégyrique, comme on fait pour les saints que l’on yénère sur les autels. Ce qui le froissa surtout, c’est la disproportion, qui existait entre un tel culte et le peu de titres que Charlemagne avait à y prétendre. L’empereur, dit-il, na été pour l’église de Girone qu’un simple bienfaiteur. D’autres églises ont su reconnaitre les grâces, reçues d’autres princes, d’une façon plus convenable et plus mesurée. Elles conservent leur mémoire, sans leur accorder les honneurs, que l’Église réserve aux saints véritables 4. De ce témoignage curieux il résulte, que, pour Villanueva, qui n’est pas Gironais, et qui juge froidement les choses, Charlemagne n’est pas un saint et qu’il n’a jamais, sans doute, déli-
vré la ville des Sarrasins $.
. Cf. Rocher, op. cit., p. 49.
. Cf. Fidel Fita, op. cit., Renaxensa, IIT, p. 224. . Cf. Villanueva, Wiaje lilerario, etc., pp. 199-200. « El sermon que yo oi este año 1807 me parece muy ageno del espiritu de la iglesia, que tolera se haga un recuerdo funebre de este heroe, mus no un elogio cual se hiciera venerandolo en los altares. Es esto mucho mas chocante à quien conozca el poco motivo que hay para que Gerona distinga aquel principe con este honor : que cierte non le debe mas de lo que deben Barcelona y Urgel a Ludovico Pio, Vique a Odon, Lerida y Tortosa al conde Don Ramon Berenguer IV, y Valencia a Don Jaime el T; y con todo no se ballaran en aquellas iglesias otras memorias de sus bienhechores sino las que la relivion quiere que se hagan de los finados no declurados por Santos y dignos de culto. » Villanueva, Vraje lilerario, etc., XIT, pp. 199-200.
s. C’est bien là l'opinion dernière de Villaaueva, qui, ailleurs, déclare que la prise
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Il est probable, que, de son temps déjà, Villanueva n’était pas seul à penser ainsi. Selon.les tempéraments, certains s’indignaient sans doute, tandis que d’autres souriaient du culte, que Girone continuait à rendre à Charlemagne. Le panégyrique annuel dut à beaucoup sembler excessif. Nous avons la preuve, que, peu d'années après la visite de Villanueva, si l'habitude se conserve encore de prononcer un sermon, le deuxième dimanche de Carème, enl’honneurde saint Charlemagne, le caractère de ce discours est tout différent. Le nom du saint est sans doute prononcé, mais le panégyrique est devenu un sermon moral. C’est l’auteur de l’España Sagrada, qui nous atteste cette transformation, et qui, publiant son ouvrage en 1819, nous donne la chose comme récente. C'est une transformation qu’il a vu s'accomplir sous ses yeux, par les soins, dit-il, du chapitre Cactueho
L'existence du culte de Charlemagne à Girone paraît désormais bien précaire. Cette transformation, destinée, sans doute, à apaiser des scrupules, qui s'étaient manifestés, ne réussit pas à sauver d’une disparition complète l'usage de prononcer ce sermon. Un jour vint, où celui-ci disparut complètement du rituel de la cathédrale. Nous ne savons pas la date de cette diminution nouvelle du culte de Charlemagne, mais il y a des raisons de croire, qu’elle est antérieure, au moins, à 1873. Aucun des chanoines du chapitre de Girone ne se rappelle avoir entendu prècher le sermon en question. Mais de plus, d’un passage curieux de l'ouvrage déjà cité du P. Fidel Fita, on peut tirer la conclusion, qu’en 1873, année de la publication de son ouvrage, l’usage de le prècher n'existe plus. Il se montre froissé de ce qu'avait dit Villanueva du culte excessif, voué par Girone à Charlemagne. A cet étranger il répond, en protestant de la fidélité de tous les Catalans à conserver le souvenir des services
de Girone par Charlemagne lui-même doit être mise au nombre des”fables. Cf. op. cit., XII, p. 137 et. pp: 160-161.
1. Il constate la décadence du culte de Charlemagne, qui ne subsiste plus que dans POffce liturgique, tombé en désuétude, mais conservé par les Bréviaires, et dans l'usage de prononcer un sermon « que la ilustracion del cabildo actual convierte en sermon moral ». España Sagrada, XLHT, p. 77: Cf. Rocher, op. cit., p. 49.
rendus par le saint empereur. Le culte, qu’ils lui ont voué, est si peu suspect au Saint-Siège qu'il permet que sa statue reste en bonne place, à la cathédrale, dans la chapelle même des Martyrs de Girone. « Il l’a toujours permis, dit le P. Fita, il n’a jamais songé à l’interdire, et ne l’interdira jamais ‘. » [Il est intéressant de noter que, pour démontrer la persistance du culte de Charlemagne, il n'invoque que la présence delastatue du saint, sans parler du sermon moral prononcé, sinon en l'honneur, du moins en commémoration du saint. De son silence on peut légitimement conclure, qu’en 1873 et, selon toute vraisemblance, depuis longtemps déjà, ce sermon n'était plus prêché.
Une suprême désillusion, dut frapper le P. Fita, le jour, où, contre son espoir et malgré sa confiance dans la perpétuité du culte de Charlemagne, la statue de l’empereur, dont la présence était le seul vestige de ce culte, fut bannie de la place, qu'elle occupait dans la cathédrale. La mesure fut prise non par le Saint-Siège, mais par le propre évêque de Girone. Nousavons, en effet trouvé dans l Archivo de la cathédrale, un « decrelo » de Don Tomas Sevilla y Gener, évêque de Girone depuis 1878, et qui occupait encore le siège épiscopal, lors de notre visite en 1902, par lequel il enjoint au chapitre de faire enlever ladite statue de la chapelle des SS. Martyrs et de la placer en un endroit décent, mais non plus sur un autel ?.
Cet ordre fut donné à la suite d’une visite de la cathédrale, au cours de laquelle l’évêque avait remarqué la présence de ce dernier témoin du culte. Les raisons invoquées sont le fait que Charlemagne n'a pas été régulièrement canonisé et que le culte, que lui avait voué Girone, avait été déjà condamné par l’interdiction de l’Office édictée par Sixte IV 3. Le « decrelo » est du 2 mars 1883.
1. « Fins ara y en lo esdevenidor, mentres altra cosa no mani la Sede Romana (que no manuru) la estatua de Carlomagno ocupant lo bell cim de la capella dels quatre Sants Martirs, reb y rebra veneracio legilima, lo maleix que en altras seus de la cristiandad catolica.» P. Fidel Fita, op. cit., Renaxensa, IT, 224.
2. Nous avons vu, en effet, cette statue dans une armoire d’une salle située entre l’Aula Capituluris et le secrétariat du chapitre. C’est une statue de bois peint, d’un art assez naïf et gauche, mais sans grand intérêt.
3. Voici les termes mêmes de ce document : « Non constando la canonizacion de
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Cette date marque la fin du culte de saint Charlemagne à Girone. Aujourd'hui, les chanoines de la cathédrale sourient un peu, quand ils parlent de ce saint et de la dévotion, qu'eurent pour lui leurs prédécesseurs. Mais ils continuent à croire, que Charlemagne a vraiment pris Girone ou qu'il l’a défendue contre les Sarrasins. Les mêmes, qui s’étonnaient devant moi, qu’on ait pu, dans leur église, célébrer un Office liturgique en l'honneur de lui, m'ont montré avec orgueil la tour de Charlemagne, et m'ont expliqué, à leur façon, la stratégie de l’empereur, lors du siège de la ville. La légende populaire et locale, qui était antérieure à létablissement du culte, survit encore à sa disparition.
Tel fut le sort de la fête, établie au x1v° siècle par l’évêque Arnaud de Montredon. Sa destinée ne serait pas le chapitre le moins curieux de l’histoire de la canonisation et du culte de Charlemagne. Au point de vue particulier qui nous occupe, trois dates sont surtout à retenir, celle de l'institution de la fête en 1345, celle de la suppression de l'Office liturgique en 1484, celle enfin de la disparition complète du culte, condamné définitivement en 1883 par l’évêque de Girone. Chacune d’elles a son importance pour l'étude du texte de l'Office et de sa tradition.
Carlo Magno, antes al contrario resullando de documentos fehacientes que fue prohihido por el Papa Sixto IV el culto que por algun tiempo se le tributara en nuestro catedral, se relirara la imagen de aquel Emperador que existe en el altar de los cuatre SS. Marlires, y se depositara en otro lugar decente pero no en altar alguno.»
Le texte de l'Office liturgique, qui, en raison de son usage, pendant cent quarante ans, dans tout le diocèse de Girore, dut tre répandu à de nombreux exemplaires, et figurer dans tous les bréviaires, ne nous a été cependant conservé que par l’un d’eux, lequél même, aujourd’hui, semble avoir disparu.
Nous avons déjà vu, qu’il se trouve dans le Bréviaire de 1339, et que, n'appartenant pas à sa rédaction primitive, antérieure à l’établissement de la fête de Charlemagne, il y avait été ajouté, probablement dès l’année 1345. Mais, on prétend qu'il figure dans plusieurs autres bréviaires, et la chose mérite d’être vérifiée, en raison de l’intérêt, qu’elle offre pour Pétablissement du texte.
Le P. Fidel Fita, qui est l’un de ceux, qui connaissent le mieux les archives ecclésiastiques de Girone, et auquel M. Rocher, comme M. Schneegans, ont, de façon plus ou moins directe, emprunté les documents qu'ils citent, mentionne surtout, à propos de la tradition de notre texte, deux manuscrits. L'un est le précieux Bréviaire .de 1339, contenant la « légende rituelle », c’est-à-dire l'Office liturgique proprement dit; l’autre est un manuscrit contenant « une autre légende plus développée et aussi plus ancienne. »
En réalité, ce dernier doit être, dès à présent, écarté. Il contient bien un récit de la prise de Girone par Charlemagne, mais la forme en est toute différente de celle de l'Office. Il n’est pas rédigé en leçons, et était destiné non pas à être récité, mais à être lu. Il est, comme nous le dit le P. Fita, beaucoup plus développé que la rédaction de l’autre récit mais nous aurons à voir s'il lui est vraiment antérieur. En tout cas, il ne concerne en rien la tradition du texte
de l'Office liturgique.