Cf. Villanueva, Wiaje literario, etc., XIV, p
4. Nous savons en effet que l’église de Saint-Félix marqua toujours une certaine indépendance à l'égard de la cathédrale de Girone, et particulièrement en
nouvel office. Mais il arriva, que Vital de Blanes, sans cesser d’être abbé de Saint Félix, devint, en 1342, grand archidiacre 1. Dès lors, il faisait partie du clergé de la cathédrale, et, tout naturellement, en 1345, quand fut instituée la fête de saint Charlemagne, il fit ajouter à son bréviaire le nouvel office?. Il profita même de l’occasion pour le
faire mettre, en quelque sorte, au courant et fit ajouter l’autre office, qu'avait institué Arnaud de Montredon, cet office en l'honneur de la Conception de la Vierge, qui, dans le bréviaire, fait suite à celui de saint Charlemagne et que Saint-Félix sans doute ne célébrait pas non plus.
Quoi qu'il en soit, la présence de Office de Charlemagne dans le bréviaire dit de 1339, ne prouve nullement, qu'il existait réellement à cette date. Elle ne vaut pas contre le témoignage si précis et si net de l’acte de fondation d’Arnaud de Montredon. Il n’y a donc qu’à admettre, sans restrictions, les termes mêmes de ce
matière de liturgie. Est-ce l’eftet d’une rivalité, qui pourrait s'expliquer par le fait que Saint-Félix aurait été dépossédée au profit de sa rivale de la dignité d’église cathédrale ? Ce qui est sûr, c’est que, au xve siècle, malgré les prescriptions d’Arnaud de Montredon, et alors que les autres, églises célébraient l'Office de saint Charlemagne, Saint-Félix n’en faisait rien. Cf. le texte de la Consueta cité plus haut, p. 22, note 5. Il est probable, qu’il en avait toujours été ainsi, et que, dès l’origine, Saint-Félix ne tint aucun compte des prescriptions de l’évêque. Elle laissait, sans doute, à la cathédrale et aux églises moins importantes qu’elle les fêtes etles cultes innovés par les évèques et dont naturellement la cathédrale était le centre.
1. Il devait plus tard, en 1356, devenir évèque de Valence. Cf. Villanueva, op. cit. XIV, p. 137:
2. C'est à ce titre que son nom figure dans un acte capitulaire du 4 octobre 1346 qui confirme l'institution de la fète et qui contient notamment une copie du décret d'Arnaud de Montredon. Il y est désigné comme Wäfalis de Blanis, abbas Sancli Felicis. Cf. Rocher, op. cit., p. 262.
3. Villanueva explique de façon un peu différente l’addition de l'Office de Charlemagne. Selon lui, quoique la fête ne se célébrât pas à Saint-Félix, Vital de Blanes aurait fait ajouter l'Office en 1345 à son bréviaire, par ce qu’en sa qualité d’abbé il siégeait à la cathédrale. Nous ignorons, si, en effet, l'abbé de Saint-Félix faisait, de droit et de fait, partie du chapitre de la cathédrale. Mais l’explication de Villanuevaest surtout peu satisfaisante, parce qu’elle n’explique pas. pourquoi Vital de Blanes a attendu jusqu’en 1345 pour faire copier l’autre office, qui, depuis longtemps déjà, se célébrait dans cette cathédrale, où lui, dit-on, siégeait régulièrement. CF. Villanueva, Vüiaje literario, ete., XII, p. 207.
document. C’est bien l’évêque Arnaud, qui a établi le culte de Charlemagne à Girone, et cela en 1345. L'Office liturgique, qui nous a été conservé, est bien celui, qui est expressément visé par l'acte de fondation, celui qui a été composé sur l’ordre et par les soins de l’évêque. Il est, lui aussi, très manifestement, de 1345 .
Les documents positifs, relatifs à l’histoire ultérieure du culte de saint Charlemagne à Girone, sont très rares. Nous ne savons pas, en particulier, quel accueil fut fait, dès l'institution de la fête, à l'initiative d'Arnaud de Montredon, ni si tout son diocèse répondit à son désir de l’associer au culte nouveau.
Il est probable, que les fidèles ne firent aucune difficulté pour l’adorter. Leur patriotisme local avait déjà placé si haut les mérites de l’empereur, qu’ils étaient tout naturellement disposés à les commémorer comme l'effet de sa piété et de sa sainteté. De même, la plupart des églises ne durent pas chercher à se soustraire aux prescriptions d’Arnaud de Montredon. Elles avaient à tenir compte des sentiments des fidèles et pouvaient risquer de les choquer, en se refusant de célébrer la nouvelle fête. Il n’y eut que celles, qui avaient un bréviaire particulier, et qui étaient assez puissantes pour tenir en échec les ordres de l’évêque, qui purent manifester leur indépendance, en affectant d'ignorer la fête de saint Charlemagne.
Ce fut le cas de cette église de Saint-Félix, dont, à travers les documents qui nous sont parvenus , on devine la constante rivalité à l'égard de la cathédrale?. D’elle, nous savons, qu’au xv° siècle,
1. C’est l'opinion qui paraissait la plus probable à l'auteur de l’España Sagrada. CHANEIVE RD 62:
2. C£. supra, p.26. D’après l España Sagrada, c'est Saint-Félix, qui, durant l’occupation musulmane, aurait été l’église du chapitre, la cathédrale ayant été transformée en mosquée. Quand celle-ci aurait été rendue par Charlemagne à sa destination, Saint-Félix n'aurait plus été que la seconde des églises de Girone. Par là s’expliquerait assez naturellement la rivalité des deux églises aux siècles suivants. Cf. España Sagrada, XLV, p. 39.
elle ne célébrait pas la Saint-Charlemagne. L’avait-elle jamais célébrée, etson abstention, à cette date, serait-elle seulement l'effet de la désaffection des Gironais pour leur héros local, et de Paffaiblissement de son culte ? La supposition n’a rien d’impossible. Il arrive souvent, en effet, que des dévotions d'institution récente, après une période de brillante popularité, finissent un jour par n’éveiller plus rien dans l’âme des fidèles. Le culte de Charlemagne connut dans certaines villes de telles vicissitudes ‘. L’abstention du clergé de Saint-Félix dut cependant avoir une autre cause, et l'indépendance, affectée de tout temps à cette église à l'égard des évêques et de la cathédrale, suffit à l’expliquer. La Consueta, qui nous atteste la matérialité du fait, et qui est justement écrite à l’usage du clergé de cette église ?, semble bien indiquer, que cette abstention était particulière à Saint-Félix. La fête, d’après son propre témoignage, continuait à se célébrer à la cathédrale et dans les autres églises. Rien donc ne permet de supposer que le culte lui-même avait subi un affaiblissement.
Tout au contraire, il semble, que Girone ait beaucoup tenu à lui. Nous verrons le chapitre de la cathédrale protester avec ardeur, quand le Saint-Siège voudra porter atteinte à son intégrité, et la meilleure preuve de sa popularité n'est-elle pas le fait, que ce culte s'est maintenu, sous une forme ou sous une autre, malgré lirrégularité de son origine, et les efforts de Rome, depuis le concile de Trente, pour imposer à l’Église catholique l’unité de liturgie et le même bréviaire ? La dernière trace du culte de saint Charlemagne à Girone n’a disparu, comme nous le verrons, que vers la fin du siècle dernier.
Si, à partir d’une certaine date, il subit des modifications et certains amoindrissements, il semble, au contraire, qu’au lendemain de son
1. Nous savons, qu’à Aix, le berceau de ce culte, où avait été fondée la première fête en son honneur, il était, dès le xrrre siècle et au commencement du xive, si menacé par l'indifférence des fidèles que l’empereur Charles sentit la nécessité de la remettre en honneur. Cf. Rauschen, Die Levende Karls des Grossen im XI und XII
Jahrhundert, p. 135.
2. Cf. supra, -p. 22, note 5, et Villanueva, op. cil., KIT, 163.
institution, on ait développé ce qu'avait établi l’évêque Arnaud, et qu’on ait ajouté des cérémonies nouvelles, en vue, manifestement, de rehausser l'éclat de la fête de Charlemagne. Nous savons, en effet, par un acte capitulaire du 16 février 1473, qu’à cette date, on ne se contentait pas de célébrer l'Office, qui était, depuis Porigine, la partie essentielle de la fête, mais que, l'après-midi, on prononçait, à la cathédrale, un sermon, qui, selon toute vraisemblance, n’était qu'un panégyrique du saint'. C’est du moins ce que l’on peut conclure de la transformation, que ce sermon subit beaucoup plus tard, quand le clergé commença à avoir quelques scrupules touchant la canonisation de Charlemagne. En tout cas, comme il n’est pas question d’un pareil sermon dans Pacte de fondation d’Arnaud de Montredon, nous sommes en droit de le considérer comme un témoin de l’extension du culte primitif et de penser, qu’en 1473 ce culte était encore, à Girone, en pleine faveur.
On est donc surpris de voir, que, dix ans plus tard, il subit l'atteinte la plus grave, et cela du fait du Saint-Siège lui-même, Vers la fin de son pontificat, Sixte IV ordonna, par un bref, à l’église de Girone de ne plus réciter l’Ofhce liturgique, composé en 1345, et qui, depuis, n'avait pas cessé d’être récité au jour dit. Cette suppression pose un problème intéressant pour l’histoire du culte de saint Charlemagne. Le fait en lui-même est certain et nous savons aussi, de façon assez précise, quand se produisit cette prohibition. Un document authentique, qui n’est autre qu’une délibération du chapitre de Girone, du 9 avril 1493, nous atteste, qu’à cette date l'Office en neuf leçons avait cessé d’être récité « depuis plusieurs années », alors que « pendant 140 ans » non seulement la cathédrale, mais tout le diocèse de Girone l'avait répété, et que l’interdiction avait été portée par le pape défunt Sixte IV ?. Celui-ci étant
1. Ce document est cité par le P. Fidel Fita dans son ouvrage intitulé Los Reys de Arago y la Seu de Gerona, paru dans La Renaxensa, IT, pp. 223 sq
2. Cette délibération est relative à une visite faite à Girone et à sa cathédrale, le 9 avril 1493, par don Lopez de Haro, ambassadeur du roi Ferdinand le Catholique auprès du Saint-Siège. Nous en empruntons le texte à l'ouvrage déjà cité du P. Fidel Fita, Renaxensa, IT, 224, note 4 : « Ipsa eadem die afuit in Sede egregius alque strenuus vir Lupus de Huro, invictissimi regis nostri Ferdinandi empaxiator ad
mort en 1484, c'est-à-dire 140 ans après l'institution de l'Office, on peut admettre que son bref était de la dernière année de son pontificat. Les chanoines de Girone pouvaient donc, en 1493, dire que la suppression de l'Office remontait à plusieurs années. Il faut rejeter également l’opinion de Villanueva, qui la reporte au delà de 1473 ‘ et celle de De Marca, qui, au contraire, croit qu'elle n'aurait été édictée qu’au xvi° siècle et par le concile de Trente?.
Summum Pontificem pro obedientia braestanda : cui el allare majus, reliquie atque custodia hujus alme Sedis ostensa fuere. Ibique multis hujus Sedis tum canonicis et aliis clericis confabulantibus, didicit hanc Sedem fuisse fundatam a clare memorie Karolo Magno imperatore qui ab hac civitate Agarenos expulit et ibi bac in multis terris et provinciis Crucis et Christi nomen indixit, proul in antiquis hujus Ecclesie historiis lalius continetur. Ceterum a fide dignis hujus Ecclesie certior factus quod ad honorem prefati Karoli Magni per centum quadraginta annos officium novem lectionum hac in Sede, necnon in lota diocesi juerit celebratum et postmodum jam aliquibus annis transactis @ beale memorie papa Sixto IV per suum breve fuisse suspensum predictus ampexiator ultro se obtulit pro honore hujus Sedis capitulo, ut dum intra convenienciam ad Summum Pontificem proxime veneril, super his omnibus verba facturum ; et data illic sibi informatione per aliquem ejus sollicitantem, Summo Pontifici Alexandro suplicaturum, quatenus predictum officium si rite fieri possit in pristinum redigatur statum. Ouod quidem non ut munusculum, sed tamquam rem praestantissimam honorabile capitulum gratum habuit ; el merito quosdam de capilulo ad eum misit, qui super his omnibus immortales gratias egerunt. »
1. C’est parce que Villanueva, se référant à l’acte capitulaire du 16 février 1473, y trouvait attestée l'existence du sermon en l'honneur de saint Charlemagne, qu'il croyait qu'à cette date l'Office avait déjà cessé d’être récité. Cf. Wiaje literario, etc., XII, p. 198. Mais l’établissement du panégyrique ne prouve nullement qu’il devait remplacer l'Office. Si, en fait, après l'interdiction de Sixte IV, le sermon qui continua à être prêché, tint la place de l'Office qu’on ne récitait plus, avant elle les deux ont certainement existé concurremment, et l’établissement du sermon ne fut sans doute qu’une extension de la fête primitive. En outre, Sixte IV n'étant devenu pape qu’en 1471, il est peu vraisemblable que dès 1473, l'Office ait êté interdit et que déjà fût établie la cérémonie qui devait le remplacer. Enfin, si, dès 1473; l'Office n’était plus récité, on ne s’expliquerait pas, qu'en 1493, c'est-à-dire vingt ans plus tard, le chapitre de Girone représentât l'interdiction comme une mesure récente et ne remontant que « à plusieurs années ».
2. « Tam ingens beneficium adeptae per Karolum libertatis rependere voluit Arnaldus de Monterotundo Gerundensis episcopus, institutis solennibus missarum et bordrum canonicarum. officiis in honorem Karoli regis edila constitutione MCCCXLV, qua lectiones in ea festivitate recilandas ordinavit juxta rei geslae lune receplün Jidem, unde major auctoritas huic narrationi concihata. Eurum lectionum usus in Ecclesia
C’est bien en 1484, et au plus tard à cette date, que l'Office liturgique cessa d’être récité, à Girone, le jour de la Saint-Charlemagne :.
Ce qui est encore certain, c’est que cette suppression fut définitive. Quelque ennui qu’ait pu en éprouver le clergé de Girone, et quelques efforts qu'il ait fait pour amener le Saint-Siège à revenir sur sa décision, il ne réussit pas à remettre cet Office en usage. Il semble, que, d’abord, il se soit fait illusion sur le caractère de la mesure, qui intervenait, qu’il l’ait considérée comme provisoire, et qu'il ait eu l'espoir, que le pape, mieux informé, consentirait à la retirer. À ce point de vue, un témoignage très intéressant est celui d’une Consueta de 1360. Postérieure de quinze années à peine à Pinstitution de la fête, il est curieux de constater, que la mention de cette fête ne figurait pas au calendrier. Par contre, dans le corps même de l’ouvrage, se trouvait l’'OfMce liturgique avec le titre : IN NATALE SanCT1 Karort MaGxi IMPERATORIS ET CONFESSORIS. Or, à la marge, on lisait la note suivante, écrite d’une main postérieure, et qui, au dire de Villanueva, d’après le caractère de l'écriture, serait de la fin du xv° sièciens
« Istud officium hodie non celebratur quia per summum Pontificem per. suum breve fuit mandatum capitulo non celebrari. Et ideo fuit ordi-
Gerundensi viguil usque ad tempora concilit Tridentini ex cujus decrelis faclum est ut cesset officiorum istius modi celebratio.» De Marca, Marca hisparica, col. 251. L'erreur de De Marca avait déjà été relevée par l’España Sagrada, XLIV, p. 62, et par Villanueva, Wiaje literario, etc., XII, p. 162. L'acte si explicite de 1493 suffit à nous attester, que, bien avant le concile de Trente, l'Office de saint Charlemagne avait cessé d’être récité à Girone. D'autre part, ainsi que le remarque Rocher (Cf. op. cit., p. 49), et contrairement à l'opinion de De Marca ét de Gaston Paris, les canons du Concile de Trente ne font aucune allusion à l'Office spécial de Girone, ce qui semble bien indiquer qu'il n’eut pas à renouveler la prohibition portée contre lui par Sixte IV. Le concile de Trente prit une mesure beaucoup plus générale, en imposant à toute l’Église l’observance du Bréviaire Romain. Nous verrons, que Girone, comme les autres diocèses, se soumit à sa décision, mais il y avait alors près d’un siècle qu’elle ne récitait plus les lecons de l'Office de saint Charlemagne.
1. C'était la date qu'avait également adoptée Rocher, mais sans trop la justifier. Cf. op. cit., pp. 41-42.
2. Cf. Villanueva, Wiaje lilerario, etc., XI, p. 199. Sur cette Consuelu, ef. encore España Sagrada, XLV, p. 15 et surtout p. 62.
natum supersederi in dicta celebratione donec aliter fuerit ordinatum a
Sede Apostolica. »
On peut admettre, non seulement qu’elle est de la fin du xv° siècle, puisque la prohibition de Sixte IV est déjà intervenue, mais encore qu'elle a été écrite peu après, c’est-à-dire dans les années qui ont immédiatement suivi 1484. Nous croyons, en effet, qu’il est légitime d’y voir l’expression des sentiments du chapitre de Girone, au lendemain de l'interdiction de l'Office. Dans la première partie, où est rappelé le bref pontifical, il est permis de retrouver, sinon la teneur, du moins les termes essentiels, dont s’est servi le pape. Il a mandé au chapitre de ne plus célébrer l'Office, « fuit mandatum capitulo non celebrari ». La fin de la note vise, au contraire, les mesures prises à Girone pour se conformer à la décision de Sixte IV. Par suite de ce bref, dit-elle, il fut prescrit, et certainement par l’évêque, de surseoir à la célébration, jusqu’à ce que le Saint-Siège en eût ordonné autrement. Ainsi, le clergé de Girone obéit bien à l’ordre pontifical, mais il se flatte de pouvoir Île faire rapporter. Il veut croire, quil s’agit seulement d’une « suspension » et non pas d’une suppression définitive et irrévocable.
C'est également ainsi, que la chose est présentée par ce même clergé dans la délibération du chapitre relative à une visite de don Lopez de Haro. Quand le chapitre lui fait ses doléances touchant la mesure qui à atteint le culte de saint Charlemagne, il ne lui dit pas, que la récitation de l'Office a été interdite à tout jamais, mais seulement qu’elle a été « suspendue ». En 1493, comme à la date sans doute assez voisine, où fut rédigée la note marginale de la Consueta de 1360, le clergé de Girone croyait encore ou feignait de croire, qu'il en était vraiment ainsi. Il s’efforçait d’écarter, autant que possible, l’idée que la décision pontificale pût être définitive.
On peut penser que cette restriction apportée à la célébration du culte de Charlemagne fut très sensible au clergé de Girone et en particulier au chapitre de la cathédrale. Il fit, en tout cas, ce
CouLer. — Office de Gironc. 3
34 CHAPITRE Il
qu'il put pour reconquérir le droit de réciter à nouveau POfhce liturgique, Nous en avons la preuve dans l’empressement, qu’il mit à profiter de la présence à Girone de l’ambassadeur de Ferdinand le Catholique auprès du Saint-Siège, pour solliciter son intervention. Sans doute, la délibération du 9 avril 1493 dit, que don Lopez de Haro s’offrit de lui-même à appeler l'attention du pape sur l'intérêt, qu'avaient les Gironais à voir rapporter la mesure prohibitive de son prédécesseur. Mais cette façon de mettre en avant l'intérêt pris par le personnage au culte local de Charlemagne n’interdit pas de penser, que son offre de s’entremettre avait été habilement sollicitée et provoquée.
Au cours de la visite de la cathédrale, on lui en a montré les trésors et les curiosités. Autour de lui, on cause et, comme par hasard, c’est de l’interdiction de célébrer l'Office de Charlemagne. Peut-être, est-ce en passant dévant la chapelle des Martyrs de Girone,
qu'on lui a fait remarquer la statue de saint Charlemagne, qui s’y
trouvait. Il était naturel, que l’on vint à parler du culte, que Girone lui avait voué et qui venait de subir la vicissitude que l’on sait. Le grand seigneur fut-il réellement intéressé par cette histoire ? Il devait à ses hôtes et au vénérable chapitre de le paraître. En tout cas, le
sujet était intéressant pour les chanoines et les clercs qui laccom-|
pagnaient. Il dut sufhre à presque toute la conversation. On n’oublie de dire à l'ambassadeur rien de ce qui touche à la question. On lui rappelle les raisons, qui avaient justifié l'établissement d’une fête de saint Charlemagne, les mérites particuliers du saint à la vénération des Gironais, la délivrance de la ville et la fondation par lui de la cathédrale, ses titres plus généraux à la reconnaissance de toute la chrétienté, et le fait que, pendant cent quarante ans, Girone a pu librement, sans aucune restriction du Saint-Siège, vénérer à sa guise son saint. Inconsciemment où non, on « documente », aussi complètement que possible, lillustre visiteur. Eût-on pris le même soin, s'il eût été un grand seigneur quelconque et non pas l'ambassadeur de S. M. Très Catholique auprès du Saint-Siège, si dn n’avait pas, eu le secret espoir, qu'arrivé à Rome, don Lopez de Haro pourrait faire valoir les arguments du clergé de Girone pour le rétablisse-
ment intégral du culte de saint Charlemagne? A tout le moins, l'ambassadeur dut deviner le désir de ses interlocuteurs et il offrit de s’entremettre auprès d'Alexandre VI. Les chanoines de Girone ne demandaient pas autre chose. Non seulement ils acceptent, mais ils envoient à don Lopez de Haro une délégation pour le remercier et lui dire la reconnaissance, qu'il lui vouent pour un si grand service. Ils considéreront, disent-ils, le rétablissement de l'Office liturgique non pas comme une grâce banale, mais comme une faveur de la plus haute importance.
On voit, par là, tout le prix, que Girone attachait au droit de célébrer la fête de Charlemagne, telle que l’avait instituée Arnaud de Montredon. Malheureusement, elle en fut pour ses illusions, et l'Office resta bien et dûment supprimé. L'intervention de l’ambassadeur, si elle se produisit, n'eut pas de succès '. Alexandre VI ne rapporta pas la mesure prise par son prédécesseur et ceux qui vinrent après lui laissèrent également subsister l’interdiction qui pesait sur l'Office de Girone. Enfin vint le concile de Trente, qui imposaà l'Église tout entière l’usage du seul Bréviaire Romain. Après quelques essais de résistance, Girone, dont le rituel propre était si célèbre ? dut, elle”aussi, obéir à l’ordre de Pie V 5..L’acte, par lequel le chapitre de la cathédrale adopte sans restrictions le Bréviaire Romain, est du 4 février 1574 +. Celui-ci n’admettant pas le culte de saint Charlemagne, l'Office liturgique ne pouvait plus jamais être récité à Girone.
Ce qui reste obscur, ce sont les raisons de la prohibition très spéciale édictée par Sixte IV. Un document précieux, à supposer quela chancellerie pontificale s’y départit de la discrétion, dont elle use d'ordinaire dans la rédaction de ses actes, serait le bref lui-même, par lequel le pape condamna l'Office de saint Charlemagne récité dans le diocèse de Girone. Malheureusement, ce
Cf! Fidel Fita, op. cit., Renaxensa, IIT, 224 Cf. supra, p.21.
Cf. Villanueva, op. IRD 200!
Cf. Fidel Fita, op. , Mn I R2271
36 CHAPITRE Il
bref na pas été retrouvé dans les archives du Vatican. Les recherches, qu’on a pu faire sont restées sans résultat; ce texte s'est égaré ou n'a pas été recueilli . Les documents de Girone, relatifs à l'interdiction, étant muets sur les raisons qui l'ont provoquée, nous en sommes nous-mêmes réduits aux conjectures.
On pourrait croire, au premier abord, que cette mesure fut l'effet d'un scrupule tardif du Saint-Siège, touchant la régularité de la canonisation de Charlemagne. Mais cette supposition doit être écartée, si l’on songe, qu'aucune interdiction pareille n’atteignit les nombreux cultes locaux, voués à lempereur devenu saint, en Allemagne, en Suisse, en Flandre ou en France. Au moins jusqu’au concile de Trente, toutes les villes, qui le voulurent, purent, semble-t-il, célébrer la Saint-Charlemagne à leur gré. Au moment, où Sixte IV enlève à Girone le droit de réciter l'Office liturgique, et encore au siècle suivant, les papes laissent le culte de Charlemagne prendre ailleurs une extension considérable ?.
La mesure prise par Sixte IV ne vise donc pas la canonisation de Charlemagne et l’illégalité, qui entachaitson origine. Elle ne visait même pas toutes les manifestations du culte, et le culte lui-même voué par Girone au saint, mais uniquement une de ces manifestations. Le Saint-Siège s’est borné, en effet à proscrire la célébration de POffce liturgique, mais, après comme avant 1484, le panégyrique, qu'ilétait, depuis un certain temps, coutume de prononcer, continuera à être prononcé, et la statue du saint restera à la place, que lui avait réservée l’évêque Arnaud de Montredon, dans la chapelle des
1. Nous devons des remerciements à Mgr Duchesne, l’éminent directeur de l'Ecole française de Rome, qui avait bien voulu faire rechercher ce bref dans les registres de Sixte IV. En nous communiquant le résultat tout négatif de cette recherche il ajoutait : « Cela ne prouve pas que le bref en question n'ait pas existé. »
2. Nous avons vu (cf. supru, p. 19) que, selon certains, ce culte aurait été introduit en France au xve siècle et par Louis XI. En 1488, les étudiants allemands de l'Université de Paris choisissent Charlemagne pour patron. Au xvre siècle, les Carlomagnalia deviennent une fête obligatoire pour toute l'Université, et cette institution se voit confirmée encore au siècle suivant en 1661. Cf. Rauschen, Die Legende Karls des Grossen im XI. und XII. Jahrhundert, p. 135.
Martyrs de Girone. Le culte de Charlemagne se perpétuera à Girone, même après l’adoption du Bréviaire Romain, et, sous une forme atténuée mais encore très significative, 1l y vivra presque jusqu'à la fin du siècle dernier. Le seul Office liturgique a été condamné par Sixte IV et l’est resté depuis.
Pour expliquer cette condamnation si spéciale, M. Rocher suppose, que c’est la forme liturgique et le rituel de cet Office, qui, ayant paru étranges à Rome, amenèrent son interdiction. Mais, si on compare l'Office de Girone à ceux qui se récitaient ailleurs, à Halberstadt ou à Zurich par exemple, on ne voit pas, qu’il fût constitué très différemment. Les hymnes et les antiennes, qui le composent, sont assez analogues, quand elles ne sont pas communes à ces différents offices, ou même empruntées au « commun » des Confesseurs. Quant aux leçons, elles sont sans doute différentes, mais ce n’est assurément pas la nature du récit, qui constitue celles de POffce de Girone, qui dut choquer les susceptibilités du Saint-Siège. De plus, on ne voit pas, pourquoi le Saint-Siège aurait toléré, pendant cent quarante ans, la récitation de l'Office de Girone, si, un jour, sa constitution devait lui paraître suspecte au point d’entrainer sa suppression à tout jamais. Si l'Office liturgique est resté tel qu’il était à l’origine, tél que l'avait constitué l’évêque Arnaud de Montredon, et tel que nous le montre le Bréviaire dit de 1339, on ne s'explique pas la condamnation si tardive du Saint-Siège.
Le P. Fidel Fita, qui s’est trouvé embarrassé pour expliquer la persistance des successeurs de Sixte IV à maintenir l'interdiction portée par lui, émet l'idée, que les papes purent avoir des raisons d’être désagréables au chapitre de Girone‘. Il faudrait encore rendre compte de ce fait, que leur ressentiment a eu pour effet de proscrire non pas le culte tout entier voué par Girone à Charlemagne, mais le seul Office liturgique. Si le Saint-Siège a voulu montrer au chapitre de Girone ses mauvaises dispositions, sous cette forme toute spéciale, on est en droit de supposer, que ces mauvaises dispositions avaient pour cause l'Office lui-même, et l'on en vient à se