Cf. Gaston Paris, Romania, Il, p
3. I n’y a même pas lieu de s'arrêter à l'opinion toute gratuite de M. Schneegans, d’après qui, si les deux récits étaient à l’origine indépendants, ils auraient été réunis plus tard dans le même texte. Certains bréviaires auraient complété les huit leçons de l'Office liturgique en les faisant suivre de cette neuvième leçon. C’est une supposition, qui ne repose sur rien et tout à fait invraisemblable. Cf. Schneegans, OPACL D MS Sete
Dira-t-on, pour expliquer cette dénomination de nona lectio, que ce récit avait, lui aussi, primitivement revêtu la fornie rituelle, qu’il appartenait à un texte liturgique plus largement développé, dont l'Office de 1345 ne serait qu’une réduction ? Nous avons vu, qu’antérieurement à cette date il n’y a pas trace à Girone d’un culte voué à Charlemagne. Il n’y a donc aucune raison de supposer l’existence d’un récit antérieur de la prise de Girone, rédigé sous la forme liturgique de leçons. Au surplus, le texte, que nous a conservé le chanoine Bernard Cerda, ne porte aucune trace d’une division en leçons. L'hypothèse de M. Schneegans, qu’à l’origine cette division existait et qu’elle se serait ensuite perdue‘ est, de sa part, purement arbitraire. Et il n’était pas moins vain de chercher, comme il l’a fait, à retrouver dans le texte actuel les leçons de l'original 2. Si l’on remarque en outre, que ses dimensions conviennent peu à un ofhce destiné à être récité ou chanté et nécessairement assez bref, qu'il contient la matière de plus de quatre leçons de l'office liturgique, on se demande, si ce nom de nona lectio s’appliquait bien à lui, ce qu'auraient pu contenir les huit leçons précédentes. Il s’ensuit, que cette dénomination n a pu lui être attribuée qu’abusivement.
Est-ce Bernard Cerda qui a fait cette faute? La chose paraît peu vraisemblable, si l’on songe qu'il connaissait parfaitement. l'Office liturgique, qu’il en avait une copie dans ce même legendärium, auquel il a emprunté l’autre récit, et qu’il n’y a aucune raison de supposer, qu'il lait connu autrement que sous sa forme véritable d’un ofhce en neuf leçons. Il na donc pas pu, pour désigner le texte reproduit par lui, se servir de ces termes de nona lectio, qui, même pour lui, ne pouvaient avoir aucun sens. Et il reste uniquement que cette dénomination étrange provienne d’une faute de lecture du P. Fita ou de Rocher, qui auront lu nonam lectionem là où le manuscrit dit très correctement #ovam lectionem. Il ny à à remarquer que l'emploi du mot lectionem, qui a ici un sens un peu différent de celui, que lui
1. C’est ainsi qu’il explique, que le récit avait pu, à un moment donné, être considéré comme la suite de l'Office liturgique. Cf. Schneegans, op. cit, p. 56. 2. Cf. Schneegans, ibid.
* donne Bernard Cerda quand il parle des différentes Lectiones, usitées au jour de la fête de Charlemagne. Au lieu que dans ce dernier: cas, il désigne expressément les leçons liturgiques, constituant les différents offices de saint Charlemagne conservés dans le /egendarium *, quand il appelle novam lectionem le texte, qu'il reproduit en raison de sa nouveauté, le mot n’a pas d’autre sens que celui, plus général et plus étendu, de « texte » et de « récit ».
Il faut donc renoncer à cette dénomination de neuvième leçon, qui ne s’est jamais appliquée au texte transcrit par l’auteur du Vidimus. Quels que soient ses rapports avec l'Office liturgique, ce récit nous apparaît, dans la forme même où nous l’a transmis Bernard Cerda, comme un récit indépendant, ayant une destination différente et qui n'a jamais été un texte rituel.
Cette façon de comprendre ce récit se trouve confirmée par la découverte du texte complet, dont il n’est lui-même qu'un extrait. De tout ce qui avait été dit à son sujet, une seule chose subsiste, c’est qu'il est un fragment d’un récit qu’on croyait perdu. Il est d’autant plus curieux de le constater, qu’on ne s'était pas préoccupé beaucoup de le retrouver. Cependant Rocher, à propos de la fraternité des deux églises de Girone et du Puy, avait invoqué l'autorité du manuscrit, qui le contient, et vraisemblablement, sans l'avoir lu. Il citait en effet comme contenant les preuves authentiques de cette fraternité « un livre de la Confrérie contenu dans l'armoire n° 58 », et il renvoyait avec précision au folio 9 dudit manuscrit, où setrouve,
1. Si l'on se reporte en effet au texte de son Vidimus, on voit qu’il a trouvé dans le legendarium non seulement les leçons de l'office, chanté pendant cent quarante ans à Girone, mais encore d’autres leçons, c’est-à-dire d’autres offices en l’honneur de saint Charlemagne. Aujourd’hui encore, au secrétariat du chapitre, on conserve un ancien bréviaire, où figure la fête de saint Charlemagne, mais Poffice est tout différent de l'office institué en 1345 à Girone et sans aucun rapport avec la légende de la prise de la ville . Il se peut, que ce bréviaire et d’autres encore, aujourd'hui disparus, aient été rassemblés par l’évêque Arnaud de Montredon, alors qu'il se préoccupait d’instituer à Girone un culte analogue à celui, que d’autres églises avaiert déjà voué à Chhrlemagne. Il aurait emprunté à ces bréviaires la forme générale de loffice, et aussi certaines antiennes ou certains hymnes chantés ailleurs. Il n’y aurait eu de local et d’original que la légende dont il constitua les leçons. On trouvera à l’appendice le texte inédit de cet office.
en effet, le récit complet dont le Vidimus de 1561 nous a conservé l'extrait que l’on saitr. Comment a-t-il pu ne pas le reconnaître ? C'est ce manuscrit, que nous avons retrouvé dans l’Archivo de la cathédrale, par hasard, le classement de ces archivesétant beaucoup moins rigoureux, que ne le laisseraient supposer les indications si précises données par Rocher. C’estun beau manuscrit en parchemin, de 0"37 de haut sur o"2$ de large, folioté de 1 à 33 et écrit en deux colonnes. L’exécution en est soignée et l'écriture paraît être du xv* ou du xvi siècle, sans qu’il soit du reste possible de beaucoup préciser. Une note manuscrite, qui se trouve sur la reliure ne nous renseigne que très vaguement sur son âge. Elle se borne à dire : « Liber iste antiquissimus sed quia erat pene dirutus renovatus fuit anno Domini 1708. » Il suffit d'examiner le corps du manuscrit pour constater, que la reliure seule est moderne et que c’est uniquement à elle, que s’est appliquée la restauration de 1708. Sur cette reliure en parchemin se trouvent en capitales le titre de deux des documents, vraisemblablement les plus importants, contenus dans le manuscrit.
INSTITUTIO CONFATRIAE (sic) BEATAE MARIAE ALMAE: SEDIS GERUNDENSIS. — TRACTATUS DE CAPTIONE GERUNDAE ET EDIFICATIONE IPSIUS CATHEDRALIS ECCLESIE COMODO KARO-
LUS MAGNUS MAGNUS IMPERATOR EAM DOTAVIT ATQUE IN EA EPISCOPUM ORDINAVIT.
La présence du Tractatus dans un même manuscrit, à côté de l’autre document, s'explique peut-être par le fait, qu'il se rapporte, lui aussi, par certains côtés, au culte voué à la Vierge Marie par la cathédrale de Girone, et qu’il peut, dans une certaine mesure, passer pour un témoin de l'antiquité de ce culte. C’est Charlemagne lui-même, qui aurait dédié l’église à la Vierge ; c’est peut-être par là, que s'explique le choix, fait par lui comme évêque de Girone d’un chanoine du chapitre de Notre-Dame du Puy, et les relations certaines, qui, dès e longtemps, ont existé entre ces deux églises. Nous verrons plus loin limportance et le caractère, que les chanoines de Girone s’efforcèrent de donner à ces relations.