Cf. supra, p
Gerunde ». Nous aurions donc là la preuve, que le récit est, en tout cas, postérieur à 1484, et l’on peut, avec quelque vraisemblance, supposer, qu'au moment où il fut écrit, un assez long temps avait dû s’écouler depuis l'interdiction portée par Sixte IV *.
Il est certain, d'autre part, que le Tractatus ne raconte pas la prise de Girone par Charlemagne pour elle-même. Il veut, avons-nous vu, justifier le culte, que la ville a voué à l’empereur, mais il semble aussi avoir été composé pour soutenir certaines prétentions plus intéressées du chapitre de la cathédrale. Il aurait remis en œuvre la légende, afin d'appuyer des revendications et des droits, qui, à notre avis, n’ont pu se produire qu’assez tard, à une époque très
postérieure à la composition de l'Office liturgique.
Le titre même, qui accompagne le Tractatus dans le manuscrit nous avertit déjà, qu'il ne se proposait pas de raconter uniquement la prise de la ville, mais aussi la fondation de la cathédrale par Charlemagne, les libéralités qu’il lui fit et l'installation par lui d’un évêque, « quomodo beatus Karolus Magnus imperator…episcopum ordinavit ». Si de l'établissement de la cathédrale il était question déjà dans l'Office, c'était en termes très brefs qu'il y était raconté. Par contre, celui-ci ne mentionnait pas, que Charlemagne eût, lui-même, donné un évêque à Girone*. C’est là une addition particulière au Tractatus, à laquelle l'auteur attachait une grande importance, si l’on en juge parle développement qu'il donne à toute cette partie du récit. En effet, c'était à l'institution de cet évêque que remonteraient, d’après lui, l’origine des rapports existants entre les deux églises de Girone et de Notre- Dame-du-Puy-en-Velay. À Pen croire, Charlemagne aurait fait choix comme évêque du diocèse restauré, d’un chanoïne du Puy ; d'autres membres du même chapitre auraient été faits chanoines de Girone.
1. On peut admettre en effet, qu’au moment où intervint le bref suspensif du Saint-Siège, et longtemps encore après, le culte de Charlemagrie à Girone ctait encore assez populaire, pour qu’il fût inutile d'expliquer er de justifier l’institution de sa fête.
2. Même quand la Vierge Marie apparaît à Charlemagne pour lui fixer ce qu’il aura à faire, elle lui parle de la ville à prendre, de la cathédrale à lui consacrer, mais non pas d'établir un évêque à Girone. Cf. le texte de la leçon III.
En commémoration de quoi, Charlemagne aurait prescrit qu’à tout jamais les deux églises vécussent sur le pied d’une « fraternité » complète et qu’elles fussent « germane et socie ». Quand on sait la vénération, dont fut entouré au moyen âge l’ancien sanctuaire d’Anicium, on conçoit, que l’église de Girone n’avait qu’à gagner à invoquer cette « fraternité », cette égalité parfaite, établie entre elle et lui par l’empereur Charlemagne. Mais cette prétention avait sur tout pour objet de défendre des intérêts plus matériels.
Il est aisé, en tout cas, de voir, que cette prétention trop évidemment intéressée ne reposait sur rien. De tous ceux qui se sont occupés des rapports entre ces deux églises, Rocher est peut-être le seul, qui ne mette en doute ni la construction par Charlemagne de la cathédrale de Girone, ni le choix fait par lui d’un chanoine du Puy comme évêque de Girone, ni l’origine attribuée à la fraternité des deux sanctuaires *. Son ardeur à vanter les titres de gloire et l’ancienneté de sa cathédrale du Puy l’a aveuglé au point d'admettre, sans contrôle, les fables inventées par Girone, au détriment peut-être des intérêts qu'il prétendait défendre. Un autre historien de Notre- Dame du Puy, Maadet se montre autrement perspicace et nie résolument, que l'évêché de Girone ait été fondé ou restauré par Charlemagne, etque le premier évêque ait été un chanoine du Puy *. De même, la Gallia christiana 3, après avoir rappelé lorigine prétendue des relations entre les deux églises, se garde bien de l’adopter pour son propre compte. Elle se borne à ajouter : « Haec judicio lectoris permittimus. » Les historiens de Girone eux-mêmes ont mis en doute les prétentions du chapitre. Ils ont établi, que Charlemagne n'avait pas pu bâtir la cathédrale, celle des Goths s’étant conservée jusqu'au xr° siècle +, que le premier évêque n’avait pas été institué par Charlemagne et n’était pas un chanoine du Puy *, enfin que ce n’était pas là l’origine de la fraternité, de la « hermandad, » qui exista longtemps entre les deux églises.
Cf. Rocher, op. cit., p. 52.
Cf. Mandet, Histoire de Notre-Dame du Puy, p. 319. Cf. Gallia christiana, I, p. 692.
Cf. Villanueva, Wiaje literario, XI, p. 167.
Cf. Villanueva, op. cit, XIE, p. 160, XII, pp. 6 et 7.