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Le seul fait certain, cest l'existence de cette « fraternité ». Elle est fréquemment invoquée par le chapitre de Girone, mais seulement à partir de la fin du xv° siècle ". Le premier texte authentique, où il en est question, est une lettre datée du 14 décembre 1470 *. Le chapitre du Puy se sert des mêmes termes pour qualifier les rapports des deux églises, mais il n’est pas sûr, que, tout d’abord du moins, ils aient donné aux mots le même sens 5. À partir du xvre siècle, les textes attestant l'existence de cette « fraternité » deviennent plus fréquents. Elle se maintint, sans doute en s’affaiblissant un peu, jusqu’en 1789 4, et même, d’une note fournie en 1869 à Rocher par le secrétariat de l'évêché de Girone, il semblerait résulter, que, presque jusqu’à nos jours, quelque chose ait subsisté de ces anciens rapports entre les deux églises 5.
Mais il n’est pas vrai, que cette fraternité ait existé de tout temps, ou seulement depuis lépoque de Charlemagne ‘ et il semble même, qu'à la date relativement récente où elle est attestée, elle n'ait été que la forme nouvelle, donnée à des rapports jusqu'alors
1. C’est en vain que Rocher affirme que l’existence de cette « fraternité » était attestée par des documents contemporains de Charlemagne, qui se trouvaient dans la Curia Episcopalis avant l’incendie du 22 décembre 1469, dont nous parlerons plus loin. Cf. op. cit., p. 263. Aïlleurs, pour expliquer l'absence de ces documents, il accuse le vandalisme, les pertes subies par les incendies et les malheurs des temps. GNOP cr Npr26e
2. Dans cette lettre, le chapitre de Girone recommandait à celui du Puy lPabbé de Saint-Félix, Claude Sa Bastida. Il invoquait la « fraternité » des deux églises fondée par Charlemagne. Le texte est en partie dans Rocher, op. cit., p. 83.
3. S’adressant aux chanoiïnes de Girone pour accréditer son envoyé, Pierre Bouvier, sur la mission duquel nous aurons à revenir, le chapitre du Puy leur disait : « vos fraternités ». Cf. le texte de cette lettre publiée par Rocher, op. cit., pp. 84- AMC ROCHER 0P- ER D ed 5. Dans cette note l'évêché admet la fondation de la fraternité par Charlemagne et il ajoute : « Personne n’ignore que les chanoines des deux chapitres, lorsqu'ils vont de Girone au Puy où du Puy à Gironé perçoivent leur part de distribution qui se fait dans les églises susdites. »
+ 6. Les anciens historiens de Notre-Dame-du-Puy mentionnent bien les alliances,
qu'elle forma avec certaines églises ou abbayes puissantes, comme l’abbaye de Cluny, mais ils ne parlent jamais ni d’une alliance, ni d’une fraternité conclue avec l’église de Girone. Cf. Mandet, op. cit., p. 300.
très différents. Quand on connaît le grand rôle, joué au moyen âge par Notre-Dame-du-Puy, et la sorte de primauté, qu’elle s’attribuait à l'égard de la plupart des églises de France et de toute la chrétienté, il est assez peu vraisemblable, qu’elle ait, de prime abord, accepté d’être traitée en égale par l’église de Girone *.
Une des formes, sous lesquelles s'était manifestée sa suprématie, était l’exercice d’un droit de quête, établi avec l'autorisation du Saint-Siège, et qui per- mettait au chapitre du Puy de lever sur presque tous les pays chrétiens une contribution véritable, destinée à l'entretien de son hôpital Notre-Dame ?. Dans la Catalogne et notamment à Girone, l'exercice de ce droit de quête 5 avait même pris un tel caractère de perma- nence, qu’il avait nécessité l'établissement à poste fixe d’agents du chapitre du Puy chargés de recevoir les sommes lui revenant.
À plusieurs reprises, dans les textes publiés par Rocher, on voit
1. On sait, en effet, que, durant toutle moyen âge, l'évêque d’Anicium ne reconnut l’autorité d’aucun métropolitain. Il prétendait relever directement du pape, et, en fait, ces prétentions avaient été à plusieurs reprises autorisées et confirmées par le Saint-Siège. Cf. Gallia christiana, 1, p. 687. Sur la puissance toujours accrue du chapitre du Puy, sur les faveurs et les privilèges, que lui concèdent les rois et les papes, cf. encore Mandet, Histoire de Notre-Dame du Puy, pp. 285, 289, 291-293 et passinr.
2. Ce droit de quête, exercé dans toute la France, l'était aussi, au xveet au xvie siècles, à l'étranger. Les frères quêteurs, munis de procurations du chapitre allaient en Catalogne, à Genève, en Savoie et dans le Piémont pour recueillir les sommes qui lui étaient nécessaires. Même, en 1482, une bulle de Sixte IV autorise l’exercice de ce droit dans toute la chrétienté, et permet au chapitre du Puy d’envoyer « des procureurs ou questeurs idoines en quelques provinces, citez, diocèses et lieux que ce soit ». Cf. l'Histoire de Notre-Dame du Puy du F. Théodose de Bergame, édition Rocher, pp. 181-186.
3. Le P. Fita cite un assez grand nombre d’actes authentiques, par lesquels les souverains espagnols reconnaissent au chapitre du Puy ce droit de quête. Le 20 mai 1422, la reine Jeanne l’autorise à faire cette quête dans tout le royaume. Le 14 septembre 1456, le roi don Juan de Navarre lui accorde un privilège semblable. Ces droits sont solennellement confirmés encore le 12 juillet 1479 par Ferdinand le Catholique, le 16 juillet 1519 et enfin le 25 avril 1529 par Philippe IT. C’est ce même Philippe I, qui, suivant en cela Pexermple de Sixte V, et voulant réprimer des abus qui s'étaient produits, restreignit cependant les privilèges du chapitre du Puy. Il régla l’exercice de ce droit de quête et le soumit à la surveillance de ses officiers. Il prit ces mesures le 7 août 1575: Cf. Fidel Fita, Los reys de Arago y la Seu d Gerona, pp. 59-63.
les chanoines de Girone intervenir auprès de leurs frères du Puy pour obtenir en faveur de tel ou tel de leurs protégés la charge et le titre de procurateur de l’église du Puy :. Il est vrai, qu'il ne s'agissait pas seulement de percevoir des aumônes, provoquées, de temps à autre, par des publications d’indulgences. Il semble vraiment, qu'en Catalogne et à Girone le chapitre du Puy ait eu des intérêts spéciaux; en plus du produit des quêtes, il percevait de véritables revenus, levait des sortes d'impôts, lesquels frappaient semble-t-il les objets les plus divers. Dans une lettre du 23 mars 1503, le chapitre du Puy annonce aux chanoines de Girone l’arrivée d’un mandataire chargé de recueillir les cens et les redevances, « census et redditus » dûs à l’église Notre-Dame. L'absence de documents ne permet pas de dire en quoi ceux-ci consistaient, mais il est bien certain, qu'il s’agit de tout autre chose que de la quête en faveur de l’hôpital. S'agissait-il de rentes, de bénéfices constitués en faveur de lantique sanctuaire d’Anicium et s'appuyant sur des titres, sur un acte de donation ? Rocher se pose la question, sans se croire autorisé à y répondre ?.
Cependant, à certains indices, on peut reconnaître, que le chapitre du Puy avait en ces pays des droits financiers spéciaux, encore que l’on ne soit pas fixé sur leur origine. C’est ainsi, qu'il nous est attesté, que, dans un village d'Aragon, les habitants, pour pouvoir user de la source alimentant le pays, payaient tribut au chapitre de Notre-Dame du Puy de France. Il arriva même,un jour, qu'ayant voulu s'affranchir de cette obligation, ils refusèrent de payer le tribut. Mais un miracle se produisit pour défendre les droits du chapitre : la fontaine se tarit tout à coup et l’eau ne revint qu'après la soumission complète des habitants 5. On peut donc affirmer, qu’en Catalogne et dans le pays de Girone, le chapitre du Puy n’exerçait pas seulement son droit de quête. Il y levait des impôts, en tirait des
1. Cf. aussi Rocher, Humbert d'Albon, évêque du Puy (Annuaire de la Haute- Loire, 1880, pp. 27-29).