‹ Étude Sur L'Office De Girone En L'Honneur De Saint CharlemagneChapitre 59 sur 68 · Cf. España Sagrada, XLV, p · texte numérisé non relu

Cf. España Sagrada, XLV, p

cerne la seconde partie de l'Office, la prise elle-même de Girone. L'autre lui a fourni la matière de la première partie. Pour les événements racontés dans les cinq premières leçons, il n’y a rien, qui ne s'explique par limitation du Pseudo-Philomena. L'imitation a été si fidèle et la foi accordée à ce récit par l’auteur de l'Office a été telle, que, pour se conformer à ses données, il n’a pas hésité à corriger en un point essentiel ce que la légende locale racontait de la prise même de Girone.

Cependant, à certains indices, l’on pourrait être tenté de croire, qu'il a utilisé non le Pseudo-Philomena lui-même, mais le récit original, dont celui-ci s'était inspiré. Le récit des événements, qui vont de la prise de Narbonne au passage des Pyrénées, se présente dans l'Office avec un air de simplicité plus grande et aussi de vraisemblance, qu’il n’a pas dans le Philomena. Or, comme la complication et les invraisemblances qui en résultent sont le fait de l’auteur de celui-ci, on peut se demander, si la forme plus simple, que le récit revêt dans POffice, ne s'explique pas par l’imitation directe du modèle.

On sait, en effet, que l'épisode de la poursuite des Sarrasins de Narbonne aux Pyrénées ne figure pas une fois mais deux dans le Pseudo-Philomena. De façon fort curieuse, deux expéditions tentées par Marsile, l’une, qui a pour objet d'arrêter la marche des Français *, l’autre de reprendre Narbonne ?, y sont relatées comme ayant eu le même dénouement. Pris de peur ou vaincus à la suite d’un combat, les Sarrasins prennent la fuite. Rejoints par les Français, ils sont de nouveau battus, poursuivis et n’atteignent qu’à grand’peine les défilés des Pyrénées. Dans les deux cas ils semblent devoir être complètement exterminés, quand, contre toute vraisemblance, le vainqueur renonce à pousser plus avant son succès et abandonne sa poursuite pour revenir à La Grasse ou à Narbonne vaquer à d’autres soins.

1. Cf. Gesta Karoli Magni ad Carcassonam et Narbonam, édon Schneegans, 1190, sq. ;

2. Cf. Gesta Karoli Magni ad Carcassonam et Narbonam, édon Schneegans, 2860 sq.

L'identité des deux épisodes se marque dans les noms des personnages, dans la similitude des circonstances et presque des moindres détails. Aussi M. Schneegans a-t-il eu raison de considérer ces deux récits parallèles comme provenant par dédoublement d'un épisode unique, raconté par la source du Pseudo-Philomena *. Le procédé est en effet constant chez son auteur ; il lui sert à masquer la pauvreté de son imagination et, aussi, l'absence presque complète de traditions anciennes, relatives à la fondation de son abbaye. Entre les deux récits du Pseudo-Philomena il n’y a vraiment qu’une différence dans le développement. L’un est plus court que l’autre, et, si lon remarque que le plus court, dans les circonstances qu’il nous expose, est aussi le moins vraisemblable, on pressent, qu’il n’est qu'un abrégé du récit plus développé, qui estaussi plus vraisemblable. Peut-on admettre, que Marsile provoque une coalition de tous les rois Sarrasins uniquement pour venir empêcher la construction d’un cloître ? La choseest, au contraire, toute naturelle dans le second cas, quand il s’agit pour lui de venger la perte de Narbonne et de tenter de la reprendre. On s'explique, que pour le premier épisode, l’auteur, gêné en quelque sorte par la disproportion de l’entreprise supposée et de son but réel, ait moins insisté sur le dénouement de cette expédition. Il a beaucoup résumé le récit de la poursuite des Sarrasins, afin de ménager l’intérêt du second épisode, où cette poursuite, plus en rapport avec l’importance de l’entreprise, est aussi plus dramatique. Toutefois, la première poursuite des Sarrasins est marquée par deux combats, que ne mentionne pasle récit de la seconde, et qui semblent avoir été un des éléments constitutifs de l’épisode, tel qu’il était dans le modèle utilisé par l’auteur du Pseudo-Philomena. Tout d’abord, avant même que dans leur fuite ils aient pu franchir la Nielle, afluent de l’Orbieu, les Sarrasins sont rejoints par Charlemagne : un premier combat s'engage, où périssent seize mille Sarrasins, et où Roland tue un roi païen du nom de Baldrac. Les païens épouvantés reprennent la fuite, pourchassés par les Français, jusqu’à la nuit. Il

1. Cf. Schneegans, Die Quellen des sogenannten Pseudo-Philomena, etc., pp. 71-

arrive même, qu’à la prière de Charlemagne un miracle se produit, qui n’est qu’une complication de celui de Josué. Alors que les Sarrasins sont dans la plus grande obscurité, les Français sont inondés de clarté. Ils peuvent, malgré la nuit, donner la chassse à leurs ennemis. Et, en effet, le lendemain au matin, ils se trouvent dans une plaine du Roussillon, où le combat s'engage à nouveau. De nouveau les Sarrasins sont vaincus. La poursuite recommence, et cette fois jusqu'aux Pyrénées *. Puis Charlemagne s'occupe d’ensevelir ses morts et revient à La Grasse ?

On peut supposer, que les deux combats de la Nielle et du Roussillon n’en faisaient qu’un dans l'épisode primitif. On ne s'explique pas, comment, grâce au miracle, les Chrétiens n'exterminent pas sur place leurs ennemis, et comment, d’autre part, ceux-ci, malgré les ténèbres épaisses, peuvent trouver leur route jusqu’à cette plaine du Roussillon, où ils auront encore à combattre. Il y a là une telle invraisemblance que le traducteur a corrigé le texte latin et a supprimé le second champ de bataille. C’est sur les bords de la Nielle, qu'à deux reprises les Sarrasins sont vaincus. Le combat s'arrête le soir et, malgré le miracle qui atteste simplement la protection divine, il ne se prolonge pas pendant la nuit. Il ne reprend qu’au matin, mais à la même place et, c’est de là, que commence la poursuite, qui amène Sarrasins et Chrétiens jusqu’à la Cluse 3.

. « Et sic congregati [Sarraceni] ceperunt fugam. Sed ante quam fuissent apud rivum Nielle, amisit Marcilius de suis. XVI. m. et Rotolandus percussit ibi quemdam regem Baldragum nomine el eum scindit per medium et in illo ictu fuerunt omnes perlerribi ita”quod nullus alium expectavit et usque fuit nox secuti fuerunt eos. Et tunc Karolus fecit suos pedites redire deprecando Deum ut Marcilium cum suis confunderet. Finila oratione tantus splendor corruit in eos, ac si meridies esset, et inter Sarracenos lanta lenebrosilas, ac si nox esset nigerrima, sicut erat. Et ante ercignt in crastinum in blano Rosselionis fuerunt. Et ibi Jecerunt prelium et ilerum fuit Marcilius devictus et amisit ibi .LXX. milia de suis et Karolus non nisi quadringentos milites…. Et persecutio christianorum duravit usque a La Clusa. » Édition Schneegans, 1194° 213.

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