‹ Étude Sur L'Office De Girone En L'Honneur De Saint CharlemagneChapitre 67 sur 68 · Cf. supra, p · texte numérisé non relu

Cf. supra, p

LE SOURCES DE L'OFFICE LITURGIQUE Sy

ils étaient introduits dans le récit, on avait supposé, qu’ils avaient été empruntés à un récit plus complet, où ces héros avaient un rôle : plus marqué et on avait pensé, que cette source ne pouvait être qu'une source épique ‘. De ces deux hypothèses, la première seule se trouve vraie. Le Pseudo-Philomena est bien le récit largement développé, qui accordait un rôle important à Roland et à Turpin, et auquel l'Office les à empruntés, mais s'il a lui-même puisé à l'épopée, il ne peut cependant passer pour un récit épique.

Enfin, limitation du Philomena et l'autorité considérable accordée à ce récit par l’auteur de l'Office, expliquent peut-être l’altération, du reste négative, qu’il semble avoir fait subir à la légende locale sur le fait particulier de la prise de Girone. Si, en effet, celle-ci opposait à Charlemagne, comme défenseur de la ville,le roi Mahomet ?, il était curieux de constater, que l'Office, en relatant l’événement, passait tout à fait sous silence la personnalité de ce roi ;. Était-ce par souci de la vérité historique et parce que ce clerc pouvait, comme nous-mêmes, douter de l’existence de ce Mahomet ?

C’est possible, mais il faut noter aussi, que le Philomena, qui, lui, d’une façon ou d’une autre, avait su qu’un roi de ce nom avait existé, racontait expressément, que ce roi Mahomet était mort dans une expédition entreprise pour venir au secours de Narbonne, par suite bien avant la prise de Girone par Charlemagne +. On comprend, qu'entre une tradition populaire et l'affirmation d’un texte tel que le Pseudo-Philomena, l'auteur de l'Office n'ait pas hésité. Il devait sacrifier la légende à ce qu’il croyait être l’histoire et, ainsi, l'influence de ce récit se retrouverait jusque dans la façon, dont le clerc de Girone aurait traité les traditions locales.

Cf. supra, p. 133, et Schneegans, op. cil., pp. 74-75. Co CF. supra, p. 13

4. Cf. l'édition Schneegans, 645 et 761. Il faut mème noter que, par Papplication du procédé de dédoublement cher à l’auteur du Philomena, nous vovons reparaître, bien après la mort de Mahomet, un deuxième roi de Girone, anonyme celui-là, qui, lui aussi, prend part à une expédition formée pour secourir Narbonne et meurt sous les coups de lPabbé de La Grasse. Cf. édition Schnecgans,

1622 et 1684.

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En même temps, le silence de l'Office au sujet du roi Mahomet nous fournit un nouvel argument à la fois contre l’hypothèse de M. Schneegans, touchant l’utilisation par l'Office de la source du Pseudo-Philomena, et contre sa facon de concevoir ce récit poétique. Si l'auteur de l'Office ne s'était pas inspiré directement du Philomena, il n'avait aucune raison de passer sous silence le personnage, que mentionnait la tradition locale. Et si la source commune, que l’on attribuait à ces deux récits, avait contenu une Prise de Girone, puisque c’est à elle que le Pseudo-Philomena aurait emprunté le nom du roi Mahomet, on ne s’expliquerait pas, comment l’auteur de l'Office, utilisant à son tour et plus exclusivement cette narration de la prise de Girone, aurait ainsi éliminé ce personnage. Tout s'explique, au contraire, si l’on admet avec nous, qu’iln’a connu et utilisé que le Pseudo-Philomena.

Ainsi, cette histoire, si peu véridique, de l’abbaye de La Grasse est bien la source, à laquelle a puisé l’auteur de l'Office de Girone. On s'en était, certes, douté ‘, mais on ne s’en était jamais rendu compte, comme nous venons de le faire, et jamais, surtout, on n'avait eu l’idée, qu’elle était la seule source écrite utilisée par ce clerc.

On voit maintenant, comment il a procédé, et que, dans son récit, destiné à commémorer un fait imaginaire, la part de l’invention se réduit à presque rien. Si l’on excepte certains détails très secondaires, qu'il a pu imaginer ou du moins modifier à son gré, il na rien raconté, que l’on ne racontät avant lui. Il a d’abord répété ce que tous ses contemporains croyaient, touchant cette prétendue prise de Girone. Il n’est intervenu, peut-être, que pour éliminer une donnée, qui pouvait sembler suspecte, afin de rendre son récit‘ plus vrai- ‘semblable. Puis, pour dater autant que possible l'événement et aussi

Cf. De Marca, Marca hispanica, p. 250, et Demaison, Aymeri de Narbonne, 1,

pour l’encadrer, il l’a rattaché à des événements sans doute légendaires, mais auxquels un long passé poétique avait donné comme un air de réalité. Seulement, il n’a pas puisé à la légende même. Ila mis à contribution un texte, qui jouissait à ses yeux d’une grande autorité, et, comme avait fait pour le Pseudo-Turpin l’auteur de l’office d’'Halberstadt *, mais avec plus d'art, il a résumé dans ses leçons les données du Pseudo-Philomena. A part la prière adressée par Charlemagne à la Vierge et l’apparition de celle-ci, il n’y a guère que la manœuvre attribuée à l’empereur, au col de Panissas, et où l’on reconnait un auteur au courant de la situation réelle des lieux, qui soit vraiment de son invention. C’est le lien, qu'il imagine pour rattacher la poursuite des Sarrasins à la prise de Girone, les données du Pseudo-Philomena à celles des traditions locales. Entre ces deux sources, il n'y a pas de place pour une troisième, puisque aussi bien on ne voit pas ce qu'il aurait pu lui emprunter. Par suite, au point de vue de l’histoire poétique de Girone, l'Office liturgique n’a de valeur traditionnelle, que celle qu’on reconnaitra à la légende locale, dont nous avons essayé de déterminer les traits essentiels, et celle surtout, que l’on accordera aux traditions poétiques mises en œuvre, utilisées et, peut-être aussi, altérées par le Pseudo-Philomena.

ACT Supra pe I2 7e

L'étude qui précède nous a permis de préciser quelques points de l’histoire du culte de saint Charlemagne à Girone et aussi d'établir les rapports des deux textes, qui s’y rattachent le plus directement, l'Office liturgique en neuf leçons et le Zractatus de captione Gerunde. À vrai dire, au point de vue, qui, surtout, nous intéresse ici, il n’y a que Le premier qui soit important. L'autre n’en est qu'un remaniement, pour lequel on a utilisé différents éléments, mais non pas les traditions populaires ni les légendes poétiques.

L'Office liturgique seul concerne l’histoire poétique de Girone. L'étude, que nous venons d’en faire, ne résoud certes pas le problème, que celle-ci nous pose. Mais, si elle n'a pas établi le vrai rapport des deux légendes, qui constituent cette histoire, celle de Charlemagne et celle d’'Ernaut, du moins nous permet-elle d’affhirmer que celle-ci, la plus récente, est toujours restée étrangère aux traditions locales. En 1345, malgré la célébrité conférée à Ernaut par l'immense popularité des chansons du cycle de Guillaume, et bien, que peut-être, ailleurs, le succès de sa légende ait rejeté dans l'ombre la tradition plus historique et plus ancienne qui attribuait à Charlemagne la prise de Girone, le personnage reste inconnu des Gironais. L'auteur de l'Office peut mettre en scène, à côté de lempereur, des personnages secondaires comme Roland et comme Turpin, que ses compatriotes connaissent au moins de nom, ilne mentionne pas Ernaut. Et cela au moins semble bien indiquer, que nous n'avons pas affaire à un héros local, dont la légende serait née au pays de Girone. C’est une forte présomption en faveur de l’hypothèse, qui représenterait celle-ci comme d’origine française et surtout comme une légende purement littéraire.

CONCLUSION rér

En ce qui concerne l’autre légende, celle de la prise de Girone par Charlemagne, le fait certain, c’est qu’elle a été l’objet d'une croyance populaire, à laquelle, de tout temps et aujourd’hui encore, les Gironais sont restés fidèles. À quelle époque s’est-elle formée ? Il serait assez malaisé de le dire, puisque le premier texte, où nous trouvons sa trace, est le Chronicon Rivipullense, lequel est sans doute relativement récent. On peut cependant supposer, qu’elle prit Corps à quelque distance du fait historique assez différent, qui lui a donné naissance, postérieurement même au règne et à la mort de Charlemagne, au 1x° ou x° siècle, au moment, où se constitue la double légende du héros et du saint. Il semble, en effet, que sic’est la conscience populaire, qui, à Girone, attribua à l’empereur la délivrance de la ville, la forme première, sous laquelle nous apparait la légende, atteste l’influence de l’esprit clérical et dévot. Charlemagne prend Girone, mais avec l’aide de Dieu, et l’événement est marqué par des prodiges authentiques. C’est ce que raconte l'Office et ce que l’on croyait à Girone en 1345.

Une autre question est celle de savoir, si cette légende purement locale eut accès dans la littérature, si les allusions, que la poésie ou des œuvres inspirées d’elle font à la prise de Girone par Charlemagne se rapportent bien à elle, ou bien, si, à côté de la légende locale, une autre légende, d’origine différente et purement littéraire elle aussi, ne s’est pas développée et peut-être sans lui rien devoir. A cette question non plus notre étude de l’Office liturgique ne saurait fournir de réponse. Il n’a connu et utilisé pour son récit de la prise de Girone que les traditions et les croyances locales. Tout ce que l’on peut dire, c’est que la mention du roi Mahomet par le Pseudo-Philomena semble attester, que, sinon l’auteur, du moins sa source connaissait la légende de Girone sous une forme inspirée des traditions primitives. Mais, si les allusions de la Kaiserchrontk à la prise de la ville par le moyen de la famine se réfèrent, elles aussi, à un poème, procédant plus ou moins directement de la légende locale, il faut avouer, que celle-ci s'est dépouillée de tous les traits particuliers qui la constituaient, et qu’elle a été tout entière transformée par l'influence littéraire.

CouLer. — Office de Girone.

La scule trace de cette influence littéraire sur la légende localé, telle que l'Office liturgique nous la montre constituée, pourrait être le rapport, qu’il établit entre le fait lui-même de la prise de Girone et les événements qu’il raconte comme l'ayant précédé. La légende est-elle, à cette date, incorporée à un cycle épique, racontant depuis le début l'expédition de Charlemagne à travers les Pyrénées orientales et la conquête de la Catalogne ? C’était la conclusion, que l’on pouvait tirer de l'étude de M. Schneegans et de sa façon de concevoir la composition de l'Office.

Nous savons maintenant, que, même sur ce point, le témoignage de l'Office est plutôt négatif. C’est l’auteur de l'Office lui-même, qui a créé le rapport, qu’il établit entre la prise de Girone et les événements antérieurs, et l'établissement de ce rapport ne saurait rien prouver de sapart, puisqu'il résulte de la mise bout à bout des données de la légende locale et de celles du Pseudo-Philomena. S'il y à eu un cycle de légendes, relatives à Fexpédition de Charlemagne en Catalogne, et si la légende de Girone s’y est incorporée, ce n’est donc pas Office liturgique, qui peut nous lattester, mais uniquement le Pseudo-Philomena.

Le résultat le plus net de notre étude est, sinon de renverser dès à présent, du moins de différer les conclusions, que l’on peut tirer de l’examen de l'Office-liturgique. On avait cru pouvoir établir, qu'il supposait comme sa source, non pas une épopée, mais un groupe d’épopées embrassant la prise de Carcassonne par Charlemagne, celle de Narbonne et celle de Girone. On avait même pu se demander, si cette source n'était pas un recueil de poèmes épiques, écrits en provençal. La conclusion, à laquelle nous sommes arrivés touchant la composition de l'Office, nous oblige à reculer l'examen de ces questions et la réponse qu’il y faut faire.

Tout ce que nous pouvons savoir par l'étude de l'Office, c’est que l’auteur, en dehors de la tradition locale, n’a connu que le Pseudo-Philomena. C'est donc à l'étude seule de ce texte, qu'il faut demander, si, réellement, il suppose l'existence de ce groupe d’épopées, et si ces poèmes étaient ou non des poèmes provençaux. En

ce sens, l'étude du Philomena, qui, pourtant, n’atteste directement la prise de la ville ni par Charlemagne ni par Érnaut, nous apparaît comme devant nécessairement constituer un autre chapitre de l’histoire poétique de Girone.

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