‹ Étude Sur L'Office De Girone En L'Honneur De Saint CharlemagneChapitre 8 sur 68 · Cf. Rocher, op. cil., pp · texte numérisé non relu

Cf. Rocher, op. cil., pp

8. Il serait intéressant de faire, plus complètement qu’on ne la fait, l’histoire de ce culte. Il faudrait rechercher dans les bréviaires des villes, qui fétèrent spécialement la Saint-Charlemagne, les offices destinés à la célébrer, puis s’efforcer d'établir leur âge et d'étudier leur constitution. On trouvera certains d’entre eux,

saint : et la fête, qu'elle institua en son honneur, date de 1345. Nous avons en effet l’acte authentique *, par lequel, cette année-là, un évêque de Girone, nommé Arnaud de Montredon, ou de Montrond 5, fonda dans sa ville épiscopale et dans tout son diocèse une fête annuelle, qui devait se célébrer le 28 janvier en l'honneur de saint Charlemagne. Ce document, pour nous infiniment précieux, nous donne les raisons, pour lesquelles cet évêque a voulu associer son diocèse au culte rendu un peu partout à Charlemagne. C’est qu’il était pour l'Espagne une sorte de héros national; ses luttes contre les Sarrasins avaient libéré, en partie, ce pays du joug musulman. Et, quant à Girone, elle lui devait, outre sa délivrance, sa dignité de ville épiscopale, puisque, d’après une tradition que nous examinerons plus loin, c’est Charlemagne, qui lui aurait donné son pre-

et notamment les plus connus, ceux d’Halberstadt et de Zürich, dans Migne, Patrologie latine, CLXIT, pp. 1366, sq.

1. Gaston Paris n’avait aucune raison d'affirmer, comme il l'avait fait d’abord, que l'Office liturgique était chanté à Girone dès le xue siècle. Cf. Bibliothèque de l'Ecole des Charles, 1864, pp. 92-93.

2. Ce texte a été publié intégralement par Rocher d’après le P. Fita, qui, le premier, l’a découvert dans un Liber Notularum des archives de la cathédrale de Girone. Cf. Rocher, op. cit., pp. 104 et 261, sq. Le P. Fita l’a établi en le comparant à une autre copie du même acte contenue dans uüne délibération du chapitre du 4 octobre 1346. Auparavant, on en connaissait une partie publiée par les Acta Sanctorum Il, p. 59. Les passages les plus importants en sont reproluits par M. Schneegans, op. cil., p. 54.

3. Cet évêque paraît avoir joué un assez grand rôle dans l’histoire de son diocèse, Il était, d’après Zurita, natif de la vicomté de Cardona (Cf. Villanueva, Wiaje literario, XIV, 3), mais sa vie presque tout entière appartient à Girone. Il avait été chanoine de la cathédrale pendant 38 ans, de 1297 à 1335, et fut évêque de Girone de 1335 à 1348, date de sa mort. Non seulement pendant les années de son épiscopat, mais mème durant son canonicat, il ne se passa pas dans l’église de Girone de fait important, où il nait eu la main (Cf. ibid., XIV, pp. 3-14). Sur son épiscopat le Martyrologe de l’église de Girones’exprime en ces termes : « XZ. Kal. Decemb. obiit probus vir Dompnus Arnaldus de Monterundo' episcopus Gerundensis anno Domini MCCCXLVIII. Qui unum presbilerum instituit in Ecclesia Gerundensi et allerum Rupiané, ilem duos cereos ardere in praesentia crucifixi : et alios duos ante

claustri imaginem quando processio fiet ibi...........,........ Tiem festum corone Domini ob reverentiam ejusdem Sanctae Spinae in praesenti Ecclesia honorifice perma- ENS Te TE EN RREe tem Sancti Karoli qui hanc ecclesiam dotavit : el pro ejus

Jeslo omnibus de capitulo unum solidum.» Cité par Villanueva, Wiaje literario, etc., XII, p. 300.

mier évêque ‘. À vrai dire, si quelque chose surprend, quand on sait ce que racontait la légende de ses rapports avec Girone, c'est que cette ville ait attendu jusqu’en 1345, pour payer à Charlemagne, devenu saint, la dette de reconnaissance, qu'elle s'était créée à ellemême en lui attribuant sa délivrance. , Villanueva explique l'initiative prise par Arnaud de Montredon comme l'effet de sa trop grande crédulité?. Mais il n’était pas le seul à croire à la prise de Girone par Charlemagne. La tradition était, à cette date, établie depuis longtemps parmi ses concitoyens et plus d’un Gironais, aujourd’hui encore, la considère comme l'expression mème de la vérité. L’évêque Arnaud pensait ce que tout le monde pensait autour de lui. Mais, de plus, il avait le désir d’enrichir le bréviaire de son église 5, pourtant célèbre déjà par le nombre de ses offices particuliers 4. Il devait, par suite, tout naturellement, songer à saint Charlemagne, qui était, en un sens, un héros et un

1. C’est à cette tradition que fait allusion Arnaud de Montredon, quand il rappelle, entre autres mérites de Charlemagne, qu'il a fondé léglise de Girone, son épouse : « Gerundensem ecclesiam et nostram, necnon fere omnid montchorum cenobia nostre diocesis fundavit. »

2. « La fiesta que aqui se hizo a este à como sanlo liene un origen moderno y conocido que es la credulidad del Obispo Arnaldo de Monrodo, el cual la instiluvo en

345 como se dira otro dia » Villanueva, Wiaje literario, etc., XI, p. 162.

3. Déjà, en 1330, n'étant encore que chanoine de Girone, il avait été le principal promoteur d’une fête nouvelle en l'honneur de la conception de la Vierge. Cf. España Sagrada, XLIV, pp. 54 et 58, et Villanueva, Wiaje literario, etc., XIIT, p. 214. Devenu évêque, il institua deux nouvelles fêtes, celle de saint Charlemagne et une autre en l’honneur de la couronne d’épines. Cf. l'extrait publié p. 20, note 3, du Martyrologe de l’église de Girone. L'institution de nouveaux offices était pour un évêque un titre de gloire, dont ses successeurs gardaient le souvenir. C’est ainsi que le même Martyrologe, à propos de la mort d’un évêque de Girone du nom de Bérenger, mentionne qu’on lui doit l'établissement de trois fêtes spéciales : « VIII. Idus Februarii anno Domini MCCLIITI 0 Neapolim ubi erat curia romana obiit Dompnus Berengarius hujus sedis episcopus, de ordine Predicatorum qui tria festa IX lectionum in bac Sede ordinavit et instituit sollemniler celebrari videlicet Festum Beate Katarine virginis, et beati Dominici confessoris, ordinis Predicatorum primi institutoris et S. Petri Mart. ejusdem ordinis ». Cité par Villanueva, Viaje lilerario, etc., XIT, p.295.

En effet, pour l'importance de ses rites et deses offices particuliers, la cathé- UT de Girone avait, paraît-il, mérité d’être appelée « madre de las ceremonias ». Cf. Villanueva, op. cit, XII, p. 193.

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saint local. Il n’avait qu’à rédiger en un texte liturgique les croyances de ses fidèles. Aucun culte ne pouvait, semble-t-il, devenir plus rapidement populaire.

Aussi bien, Arnaud de Montredon escomptait-il cette popularité de Charlemagne pour établir son culte, non pas seulement dans la cathédrale, mais dans toutes les églises de la ville et du diocèse. Une tradition voulait, que la cathédrale, qui était auparavant dans l’église collégiale de Saint-Félix, eût été transférée par Charlemagne dans l’ancienne mosquée des Musulmans, et l'Office y fera nettement allusion. Aussi, dans la pensée de l’évêque Arnaud, cette cathédrale doit-elle être en quelque sorte le centre du culte institué en son honneur. Dans une des neuf chapelles, qu’il avait fait jadis ménager autour du chevet de l’église ‘, dans celle des martyrs dé Girone, il établit un bénéfice en l'honneur de saint Charlemagne ?, et, sur l’autel même, il fit placer une statue du saint 5, qui devait en effet y rester jusqu’en 18834. L’acte de fondation du nouveau culte insiste particulièrement sur les cérémonies, qui doivent avoir lieu chaque année, et au jour dit, dans la cathédrale 5. Mais la par-

-1. En 1312, étant encore chanoine, il avait été, en même temps que Parchidiacre Raimond de Vilaric, chargé de faire reconstruire le chevet de la cathédrale. On avait bâti autour neuf chapelles. Cf. Villanueva, op. cit., XII, p. 171.

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