Cf. Villanueva, op. cit, XIV, p
4. Nous verrons plus loin dns quelles circonstances cette statue cessa d’y figu- Re
s. CSiatuimus ac eciam ordinamus quod de cetero, dicta die, fiat sannuatim festum signi novi de alino confessor e beato Karolo Magno predicto in Fe ecclesia prelibata. » On a de la peine à comprendre ce que signifient les mots « fesfum signi novi ». M. Schneegans qui cite ce passage (op. cil., p. 54) traduit, avec Rocher, « signum novum » par : « die neue Glocke », la nouvelle cloche. Il paraît croire qu'ily avait, antérieurement, une fête en l'honneur d’une cloche, que la fête de saint Charlemagne allait désormais remplacer. Il faudrait admettre, que cette fête, assez spéciale, était exclusivement propre à la cathédrale. Or, de façon curieuse, dans une Consuela du xve siècle, à propos de la persistance du culte de Charlemagne nous trouvons la mention suivante : « De hoc festo [Caroli Magni] in ecclesia S. Felicis nichil fit; immo fit de VIII die S. Vincentii. Sed in Sede et in aliis ecclesiis fit de Karolo tamquam de festo signi novi » (cité par Villanueva, op. cit., XIE, p. 163). C'était donc que cette fête « signi novi » ou « de novo signo » était commune à la cathédrale et à d’autres églises. L'interprétation de M. Schneegans
tie essentielle de la fête est la récitation aux Vêpres et à Laudes d’un office propre au saint, comprenant une oraison, une légende et des antiennes choisies par Arnaud, et cette récitation est prescrite non seulement pour la cathédrale, mais pour toutes les autres églises de la ville et du diocèse de Girone. Cet office est la commémoration expresse des mérites du saint, et de toutes les manifestations du nouveau culte, c’est la seule qui doit ici nous intéresser *. De ce qui précède il apparaît bien, qu'il serait npoesible d’avoir : l’origine du culte de saint Charlemagne à Girone un document ne explicite et, comme, d’autre part, on n’a jamais contesté l’authenticité de cet acte d’Arnaud de Montredon, il semblerait que l’on
nous paraît impossible et, dès lors, on peut se demander si le texte original portait bien les mots « signi novi ». Ne seraient-ils pas une mauvaise lecture, et l'acte de fondation ne portait-il pas en abrégé « lectionum novem » ? C'était l’habitude en effet de désigner les offices particuliers par le nombre des lecons qu’ils comprenaient, les offices à neuf leçons étant plus importants que ceux à trois ou même à une leçon unique. Nous avons*vu plus haut le soin, avec lequel le martyrologe de Girone rappelle que tel évêque a institué trois offices de neuf leçons, « {ria festa IX lectionum ». Cf. p. 2, note 3. On verra plus tard en effet que l'office de saint Charlemagne célébré à Girone comprenait neuf leçons. Il est vrai, que l'hypothèse d’une. erreur de lecture est assez difficile à admettre, du fait que la Consuela présente la même expression curieuse « famquam de feslo signi novi ». Nous n'avons pu nous reporter à l’original de l’acte d’Arnaud de Montredon. Le désordre des archives de la cathédrale de Girone est tel, qu’on n’a pas pu nous présenter le cartulaire, auquel Rocher l'aurait emprunté. Mais estil bien sûr, que Rocher lui-même ait vu Poriginal ? N’aurait-il pas connu le texte de cet acte d’après une copie, d’après un vidimus quelconque? Et ne serait-ce pas l’auteur de cette copie qui aurait lu « signi novi »? La faute serait passée dans celle de M. Rocher comme dans la Consuela, où la même expression n'offre pas un sens plus satisfaisant.
1. « Inomnibus et singulis ecclesiis nostrarum civilatis et diocesis prediclarum in utrisque vesperis et laudibus dicta die anno quolibet cum oratione et antiphonis propriis ad hoc per nos designalis commemoracio celebretur. » En dehors de la ville de Girone, l’évêque Arnaud avait également fait des fondations pieuses en l’honneur de saint Charlemagne. Un document du 21 juillet 1345 nous atteste, qu’à Rupia, bourgade du canton de La Bisbal, aux environs de En e il fit faire une chapelle qu’il plaça « sub invocatione sanctissime corone Christi ac Beati Karoli Magni confessoris ». Elle devait, on le voit, perpétuer le souvenir des deux dévotions, introduites durant son épiscopat dans le diocèse de Girone. Ce document a été cité par Rocher d’après le Liber Notularum du chapitre de la cathédrale.
24 CHAPITRE Il
n’eût qu'à enregistrer la date, qu'il nous donne, de 1345 ', comme étant celle de la fondation de la fête et de lacomposition de l'Office. On est donc surpris de voir M. Schneegans considérer, qu'avant 1345 et l'institution faite par l’évêque Arnaud, il y avait déjà, à Girone, une fête en l'honneur de Charlemagne. L'Office serait donc lui-même plus ancien et, comme on a cru retrouver une forme de la légende ?, dont cet Office ne serait que l’abrégé, peu s’en faut qu'on ne recule, jusqu’au lendemain de’sa canonisation, l'établissement à Girone de la fête de saint Charlemagne, dont la forme primitive de POffice serait ainsi contemporaine.
A la vérité, M. Schneegans se trouve embarrassé par les termes si explicites et si nets de l’acte d'Arnaud de Montredon. D'un bout à l’autre, en effet, il y est parlé de « l'établissement » et de la « fondation » d’une fête de saint Charlemagne. Il s’agit, à n’en pas douter, d’une véritable « création » et M. Schneegans est bien obligé de le reconnaître 5. L’évêque se fût exprimé autrement, s’il eût voulu confirmer, ou développer une fête déjà existante. C’est équivoquer que de dire, qu'il est parlé de « fondation », parce que la fête allait être désormais plus brillante, et que les frais qu’elle entrainait étaient imputés par l’évêque sur ses propres revenus #. En outre, s’il y avait eu déjà, en 1345, une fête ayant le même objet, comment Arnaud de Montredon n’y aurait-il pas fait allusion ? Alors que dans son exposé des motifs et pour justifier son initiative, il invoque l’exemple des villes allemandes, qui célèbrent le culte de Charlemagne ÿ, comment n'eüt-t-il pas rappelé aux Gironais la dévotion, qu’ils manifestaient déjà à son égard ? Enfin, dans aucune histoire de l’église de Girone, nous ne relevons la moindre trace d’un culte, voué à Charlemagne antérieurement à 1345.
1. C’est par erreur que Villanueva (op. cit., XII, p. 198) donne la date de 1346. Partout ailleurs il dit 1345.
2. Nous étudierons dans le chapitre IV ce texte, dont on ne connaissait qu’un fragment et que nous avons retrouvé en entier dans un manuscrit des archives de la cathédrale de Girone.