LE TEXTE DE L OIT-ICE LITURGIQUE
On peut donc s'étonner, que Plorez n'ait pas reconnu cette forme particulière dans l'Office de saint Charlemagne, tel que le lui présentait le Bréviaire de 1339. Villanueva, en effet, n'aurait pas, de lui-même, restitué à. cet Office sa constitution archaïque. Des deux, c'est évidemment l'auteur de VEapaùa Sai^rada, qui, volontairement, s'est écarté du texte qu'il recopiait. Il a supprimé la leçon VII, sans doute parce qu'il n'a pas compris ce que faisait à cette place l'indication de l'évangile. Cotte phrase, qui venait interrompre le récit de la légende, lui a semblé n'être qu'une interpolation, due à l'ignorance ou à la négligence de l'auteur du Bréviaire. Il a voulu rétablir la suite du récit, mais, ce ftisant, il a fait de l'Office de saint Charlemagne, un office en huit leçons, et comme il n'en a jamais existé. Cela seul suffirait à nous faire suspecter sa fidélité à reproduire son modèle, et devrait nous faire douter de la valeur de sa copie.
D'autres difiérences encore entre les deux textes tendent à nous faire préférer celui de Villanueva. Un certain nombre de mots figurent dans celui-ci, qui ne sont pas représentés dans l'autre. Dans la W leçon, Villanueva a lu HhciahiiiiKS le ciiiii Victoria cl sainte et cependant, dans le texte de Florez, et salute manque. A la IV*^ leçon, les mots confort atus in Domino .sont dans la copie de \'illanueva, et pas dans l'autre, et de même les mots ^.v tun: '. A la I.\% la leçon correcte licet eam tnultis vicibiis debellasset, est donnée par Villanueva, tandis que Florez ne donne pas eam. De même encore, au lieu de la leçon très peu satisfaisante criicem mai^niatn et rubeam uiuliqHeadornalaiii, publiée par ce dernier, l'autre copie porte correctement////J/'r/wc /////////c adoniatam. Comme toutes les variantes de \'illanueva contribuent à rétablir partout le sens, à moins de supposer que le texte du ikéviaire était, sur ces points, incorrect et fautif, il faut bien considérer, que nous avons afiaire à de pines omissions, imputables à la seule négligence de More/.
Ailleurs encore, nous avons la preuve que celui-ci lisait ni.il le manuscrit. A la leçon \'I. il lit Rolnlando au lieu de Kotulandas, et
I. Cf. Lw.Tio VIII : /(/(•(>... iX lune fuit ab imolii iioiuiiuaiis.
dans la neuvième oii/tas cuiiii, au lieu de ^itltns cliain. Dans les deux cas, le texte correct est donné par Villanueva. Dira-t-onque ce dernier a lui-même corrigé l'original fautif? D'autres fautes se trouvent dans la copie de Florez, qui n'étaient certainement pas dans l'original, et qui proviennent uniquement de ce qu'il n'a pas su lire les abréviations. Il copie in campo quod diciliir Milet (leçon IV), et de même un peu plus loin Sa cl usa vocainr quod Mons Aciilns antea vocahatiir (leçon LV) alors que, dans les deux cas, l'abréviation devait être lue qui. En donnant, les deux fois, la forme correcte, Villanueva ne fait que bien lire ce manuscrit. A trois reprises, Florez lit iisque l'abréviation de versus : iisqiie in Spaniaui (leçon I), itsque in civitatem (leçon V), usque Gerundaiii (leçon VI). Pour ces trois leçons, Villanueva a respectivement versus Ispauiani, versus civitatem, et versus Gerundaui. Et il n'y a pas de doute qu'ici encore, c'est lui qui a bien lu. Pour les deux premiers cas, on pourrait hésiter, encore que la même leçon contenant, d'après Florez, h^ionwQ Ispania , il semble bien que in Spaniam soit une faute pour Ispaniarn. Mais, pour le troisième, le sens lui-même atteste que versus est la vraie forme, et non pas usque. Charlemagne va si peu « jusqu'à » Girone, qu'il s'arrête ad locuui de Rauiis dans cette marche « vers » Girone. Il est donc légitime de penser, que, dans les trois cas, c'est Florez qui n'a pas su résoudre la même abréviation.
Une f;iute commune aux deux copies, et qui, par suite, apparaît bien comme propre à l'original, est l'omission, à la leçon IV, de la conjonction cum. C'est avec raison que M. Schneegans a rétabli, avec Rocher, Sanctus cum KaroJus devenisset.
Les fautes particulièrees à la copie de Villanueva sont rares. En dehors de la forme Nulet, nous ne relevons, et toujours dans cette même leçon IV^, que ideo, au lieu de ideoque, et intus, au lieu de iterum donné par l'autre texte. La difficulté d'entendre, tout de suite, le sens de iteruui, qu'on n'a pas, jusqu'ici, réussi à expliquer, nous est une preuve, que Florez n'a pas pu mal lire ce mot. Au contraire, intus a pu être amené par inclusiun, avec lequel il est si voisin de sens qu'il fait presque pléonasme. On s'explique, du reste, l'erreur de Villanueva, les deux mots donnant lieu à des
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abréviations à peu près identiques. Dans les manuscrits de Girone, que nous avons consultés, la même abréviation sert fréquemment à indiquer les finales us et uni. Le signe qui tient la place de er, a, très facilement, pu être confondu avec le signe abréviatif de ti.
On ne s'explique donc pas le jugement du P. Fita sur la copie de Villaïuieva, a moins qu'il n'ait considéré toutes ses variantes, par rapport à celle de Florez, comme autant de fautes, et sans se référer au manuscrit. C'est elle, au contraire, qu'il nous paraît préférable de suivre, et c est à peu près exclusivement d'après elle, que nous reproduisons le texte de l'Otfke. Bien que les leçons soient la seule partie qui nous intéresse, nous le publions tout entier, avec l'indication des hymnes, antiennes, psaumes, oraisons, etc., qui se récitaient aux diverses heures canoniques. Nous ne donnons les variantes de Villanueva {F) et de Florez (F) que pour les leçons proprement dites.
OI'FICIUM IN Fi:STO SANCTI CAROLI M.AGNI IMPliKATOKIS HT CONFESSOKIS
Al) PRIMAS Vi:spi;kas. Siilwr Psalmos 1' taiiliiin Aiilijthonii : Rcgali natus do stirpc Deoque probatus Caroliis ille sprcvit contagia vitae. Psalmi ffruilcs. — Cupihiliim. : Non est inventus. ij. Te secutus miles. Hymmis : Iste coiifcssor. î'. Aniavit.
Al) Magnificat. Anlipboiui : O spesafflictis, timor liostibus, hostia victis, régula virtutis, jurisvia, forma salmis, Karole servorum pia suscipo votatuorum. Oralio : Deus qui supcrliabundanti fccuiiditatc bonitatis tuae Beatum Karolum .Magnum Imperatorem ot Contcssorem tuum dcposito carnis vclamine beatac immortalitatis trabca sublimasli concède nobis supplicibus tuis ut quem ad laudem et gloriam nominis tui honore imperi exaltasti in terris pium ac perpctuum intercessorem liabere mereamur in celis. Per Dominum nostrum, de.
Comiiicmoiatio de Saiiclu Agncle et de Siiiiclii Marin.
Al) Maiutinum. [iwitiiloriiiin : (^^onfessorum regcm. Hyuiiiih : Jesu redeinptor.
In Noctlrno. Aiiliphoiu\ : Heatus vir, <;/»// scqucntui el mis pstiliiu'}. ctdeCoDiiiiuiii Cpii/'cssoi uni.
Lkciio I. — Cupiciis Saiictus Kari)lus .Maginis Beat! Jacobi apostoli nutnitis obedire disposait ire versus Ispaniam et eaiii catholicc fuici subjugare. Capta vero civitate Narbona et niunita in qua Ispaiiia iiicboatur. pervcnieus ad terrain Rossilionis que est principiim C^athaKHiiae Clirisii auxiliuiii et lieate \'irginis liumilitcr imploravit. i<\ Ijh^c, serve.
I. — iic Lisqiic in Spani.ini /■. — capt.i vcri) X.irboii.i /•'.
Lkctio II. — Oratione vcro compléta intondens in'coelum viditBeatam Mariam Christum cjus filium dcffcrcntcm. Vidit etiam Beatos Jacobuni et Andream manentcs unum a dextris et alium a sinistris. Quos cum inspiceret Sanctus Karolus stupens in splendoribus percepit Beatam Virginem sic loquentem : « Ne pavcas, Christi miles, Karolc, bracchium et dcfFensor Ecclesiae, quoniam nos tecum in bello erimus et liberabimus te cum Victoria et salute. \\. Qui nie anifessus.
Lectio III. — Sed cum montes transieris Pirencos obsidebis civitatem Gerundae et eam licet cum laboribus obtinebis. In qua ad mei honorem et reverentiam edificabis ecclesiam cathedralem. Benedicam tibi et dirigam te super omnes milites hujus mundi et habebis Sanctum Jacobum nepotem meum directorem et tocius Ispaniae protectorem. Quibus dictis disparuit visio premonstrata. k\ Saiictc Karole.
Lectio IV. — Tune Sanctus Karolus in Domino confortatus suum exercitum animavit et cum in fervore spiritus exercitum Infidelium invasisset, ceperunt terga vertere et totis viribus fugere non valentes resistere Christianis. Finaliter obtênta Victoria in campo qui dicitur Milet edificavit ecclesiam sub invocatione Beati Andreae apostoli, in qua nunc religiosorum monasterium est constructum. Captis insuper castris et villis Vallispirii et cum ad locum qui dicitur Sa Clusa Sanctus Karolus devenisset scivit regem Marcilium iterum fuisse inclusum. Ideoque ex tune Sa Clusa vocatur qui Mons Acutus antea vocabatur. \\. Sanctus Karolus.
Lectio V. — Infidelibus tandem inde fugatis pervenit ad montis verticem qui vocatur Albarras (postea nominatus est Malpartus) ubi invenit resistentiam ne transiret. Tune Sanctus Karolus aciem divisit per partes ; unam per Collum de Panissas ubi ad honorem Sancti Martini ecclesiam fabricavit, aliam vero partem per abrupta montium destinavit. Sarraceni vero divisam aciem intuentes ceperunt fugere versus civitatem Gerundae timentes ne capti in medio remanerent inclusi. û. Sanctisshne Coufessor Christi Karole.