‹ Étude sur l'office de Girone et l'honneur de saint CharlemagneChapitre 37 sur 88 · LK TEXTE DE LOI FICE LITURGIQUE · texte numérisé non relu

LK TEXTE DE LOI FICE LITURGIQUE

l'hypothèse de leçons ou de fragments de leçons perdus. Xous n'avons pas affaire à un texte tronqué. Le récit, auquel nous avons restitué sa forme liturgique traditionnelle, forme un tout sullisamment explicite et parfaitement complet.

La prétendue prise de Girone nous y est présentée comme la suite naturelle de la campagne, qui a mis au pouvoir de Charlemagne Carcassonne et Narbonne. Celle-ci ayant pour but de préparer son entrée en Espagne, la prise de Girone est le premier acte de la conquête de ce pays. C'est saint Jacques, qui a poussé l'empereur a délivrer son pays du joug sarrasin et, au lendemain de la prise de Narbonne, la Vierge Marie apparaissant à Charles pour lui promettre son concours, lui fixe, comme sa première tâche, la conquête de Girone et l'établissement dans la ville conquise d'une cathédrale en son honneur.

Il se met donc, sans plus tarder, à la poursuite des Sarrasins, les bat une fois encore dans une plaine, en souvenir de quoi il élève un cloître, qu'il place sous l'invocation de saint André. Traversant ensuite le Roussillon en vainqueur, il arrive à un passage des Pyrénées, où le roi Marsile s'est fortifié pour essayer de lui barrer la route. Mais bientôt les Sarrasins, craignant de voir leur position tournée par les Français, reprennent leur fuite en se dirigeant sur Girone. Ht Charlemagne les poursuit toujours avec l'intention d'aller faire le siège de la ville, qu'il lui est ordonné de prendre.

Ici seulement, commence, à proprement parler,.le récit de la prise de Girone. Dans sa marche sur Girone, Charlemagne s'empare d'abord d'une position, que l'auteur appelle le Mont des Kameaux et que l'on n'a pas identifiée avec certitude '.Là, pour marquer son passage, l'empereur élève une église en l'honneur de saint Julien et, à son exemple, Roland bâtit une chapelle à sainte 'l'ècle, tandis que l'archevêque de Keims, Turpin, dédie un autel à saint \'incent.C)n est un

I . D'après Rocher, elle serait située au nord-oucsl de Girone et sur les bords du Ter, d'après d'autres, elle serait au nord même de la ville, sur la route qui va de Girone à Ampurias. Cf. Schneegans, ()/>. r//., p. 70, uote 1.

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peu surpris de voir ensuite Charles, oubliant, semble-t-il, son dessein, s'engager à l'ouest dans le val d'Astoll '. Sans doute, c'est toujours pour y battre les Sarrasins, mais comme on ne sait d'où sortent les ennemis qu'il combat, il est naturel de penser, qu'il ne fait ce crochet que pour authentiquer les prétentions d'un couvent voisin, qui affirmait avoir été fondé par Charlemagne. En effet, après avoir traversé San Medi % il remporte un peu plus loin une victoire sur les Sarrasins, en souvenir de quoi il fait construire le couvent de Sainte-Marie de An-ier. Il revient alors sur Girone et, s'établissant sur une des collines avoisinantes, le mont de Barufa, commence le siège de la ville, qui, pendant longtemps, reste vain. Enfin, il réussit à la prendre, grâce à l'intervention de la toute-puissance divine. Et le récit s'achève par une allusion à la fondation de la cathédrale sur l'emplacement de la mosquée sarrasine et par la mention des prodiges, opérés par Dieu, pour manifester la part prise par lui à ce succès des armes de Charlemagne.

Ce qui caractérise ce récit, c'est l'importance considérable accordée aux détails et aux motifs cléricaux. Non seulement c'est une pensée de piété, qui conduit Charlemagne en Espagne, mais encore saint Jacques et la Vierge Marie elle-même interviennent pour le guider et pour lui indiquer le but à atteindre. Surtout, l'auteur n'a garde d'omettre aucune des fondations pieuses faites par l'empereur ■ sur sa route d'abord et ensuite à Girone même. Aussi bien, s'agissait-il pour le rédacteur de l'Office de mettre en lumière les mérites pieux du saint, de l'associer à l'histoire du diocèse de Girone et de montrer, comme l'affirmait l'évêque Arnaud de Montredon dans l'acte d'institution de sa fête, qu'outre la cathédrale même de Girone, il avait fondé et richement doté la plupart des églises et couvents de la région. Le souci de l'auteur est de rattacher à la venue de Charlemagne en Catalogne le plus grand nombre des fondations pieuses,

1. C'est, dit Rocher, le chemin le plus court pour aller soit d'Urgel soit de Vich à Girone. Cf. Schneegans, op. cit., p. 70.

2. Cette localité est située à 6 kilomètres environ à l'ouest de Girone.

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qui, de son temps, existent à Girone, et c'est lui qui, explique la légère invraisemblance, que nous avons signalée plus haut dans l'itinéraire de l'empereur, lors de sa marche sur la ville. On en relève bien d'autres et de bien plus fortes dans le récit du Vseudo- Philomena, quand l'auteur veut, de gré ou de force, rattachera la prise de Carcassonne et au siège de Narbonne par Charlemagne la fondation, non seulement du monastère de La Grasse, mais de toutes les églises et chapelles de la région.

Un second trait caractéristique de ce récit est la part relativement restreinte, qu'il accorde à la prise de Girone proprement dite, laquelle est pourtant son véritable sujet. Trois leçons seulement sont consacrées à rapporter les événements, qui suivent le passage des Pyrénées : encore ne contiennent-elles surtout que la mention des fondations pieuses, dont l'empereur jalonne sa route ; quant à l'élément guerrier, aux combats livrés contre les Sarrasins, il n'y est fait que de vagues allusions. La prise elle-même de la ville n'y est mentionnée qu'avec la plus grande concision. Si l'auteur, pour cette partie de son récit, utilisait des traditions quelconques, il faut, ou que celles-ci aient été très pauvres ou que, consciemment ou non, il ait supprimé tous les traits particuliers ou poétiques, qu'elles pouvaient offrir. Au contraire, toute la première partie du récit, celle qui concerne la marche de Charlemagne depuis Narbonne jusqu'aux Pyrénées, parait plus largement traitée, et avec plus de détails précis et dramatiques.

Comment expliquer cette disproportion et cette différence ? Comment se peut-il, que l'auteur paraisse plus renseigné sur les événements ayant précédé l'entrée en Espagne et qu'il ait, en quelque sorte, sacrifié le récit de la prise de Girone ? Nous ne pourrons répondre à ces questions, que lorsque nous aurons déterminé les traditions utilisées par lui. Nous n'apprécierons bien son récit, tel qu'il est, qu'après que nous aurons reconnu ses sources.

LE TRACT ATUS DE CAPTIOKE GERUNDE

On expliquait, jusqu'ici, la plupart des particularités de l'Office liturgique et sa composition elle-même par l'hypothèse d'un récit très antérieur de la prise de Girone, dont il ne serait que l'abrégé. Les obscurités ou les invraisemblances, qu'on y croyait relever, ne seraient qu'un effet de l'extrême concision, apportée par l'auteur dans son travail de rédaction. C'était l'opinion de Rocher ', que guidait, il est vrai, surtout le désir de vieiUir la légende de la prise de Girone pour en faire une réalité historique, mais c'est celle aussi, à laquelle se sont arrêtés, après une étude plus sérieuse, Gaston Paris ^ et M. Schneegans '.

On n'a certes pas retrouvé cette forme antérieure de la légende de Girone, et personne n'a pu produire ce récit primitif, qu'en 1345, l'auteur de l'Office liturgique aurait résumé pour lui imposer la forme rituelle et traditionnelle. Mais, pour affirmer son existence, on s'est appuyé sur le fait, que l'on a une autre version de cette prise de Girone, identique pour le fond au récit de l'Office, et qui, plus largement développée, reproduirait plus fidèlement les dimensions et les détails de l'original, auxquels tous deux auraient puisé.

Ce récit, auquel nous avons déjà fait plusieurs fois allusion, se présente à nous sous une forme différente de celle de l'Office. Toute

1. Cf. Rocher, op. cit., pp. 49-50. Il ne faisait du reste en cela que suivre l'opinion du P. Fita, qui considérait en effet la ritnal legenda, c'est-à-dire l'Office liturgique, comme calcada sobre una ultra mes ampla y mes antiga. Cf. Renaxensa, III, p. 224.

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