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pédition de Charlcniagne. Celle-ci, en effet, dans la pensée de l'auteur, avait pour seul objet de reconquérir la ville sur les Sarrasins et, comme symbole permanent de la conquête, de transformer en cathédrale leur mosquée. C'est le programme, que la Vierge Marie elle-même avait tracé à l'empereur, et ses paroles servent d'une préparation naïve, qui nous fait pressentir la suite des événements. La véritable conclusion du récit et de l'expédition, c'est la prise de la ville et c'est l'établissement de la cathédrale. En dehors de ces deux faits, tous les traits, qui se trouvent dans l'autre récit, et la mention elle-même des fondations pieuses faites par Charlemagne, pourraient bien n'être que des additions postérieures. Leur absence ne révèle pas forcément l'existence d'une lacune, et le récit forme un tout complet, s'il mentionne la prise de la ville et l'établissement de la cathédrale.
Or, quoique d'une fliçon en apparence assez indirecte, ce dernier fait est suffisamment exprimé dans le texte de l'Office, par cela seul, qu'à propos de la croix apparue dans les airs au-dessus de la mosquée sarrasine, l'auteur prend soin de préciser, que, de son temps, c'est là que s'élève la cathédrale. Il était inutile d'en dire plus long à des lecteurs ou à des auditeurs qui étaient au courant. Et à voir la concision, dont use l'auteur dans tout le reste du récit, on ne doit même pas supposer, qu'il ait pu revenir, une seconde fois, sur le même fait ni surtout pour donner plus de détails. Il faut donc résolument rejeter l'hypothèse, qu'il ait pu être question dans un fragment perdu de l'établissement de la cathédrale.
Mais, par contre, dans l'état actuel du texte, il est impossible de découvrir dans l'Office la mention expresse du fait, qui est la conclusion de tout le récit, à savoir de la prise de Girone. C'est là une lacune, qu'avait signalée dès longtemps Gaston Paris ', et c'est, à vrai dire, la seule, dont l'existence soit certaine. On devrait s'étonner, que M. Schneegans ne l'ait pas spécialement signalée, si l'on ne pouvait, avec raison, supposer, que, dans sa pensée, le fait
I. « Ce récit, pour être complet, devrait raconter la prise de la ville ». Gaston Paris, Histoire pocliqne de Charleiiiiigiie, p. 281.
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de la prise de Girone, comme ses diverses circonstances, dont il notait l'absence, formaient la matière de la leçon perdue, qui était la dernière de l'Office.
Quoi qu'il en soit, la lacune n'en est pas moins réelle. Si l'on accepte le texte du manuscrit, tel que l'ont reproduit Florez et Villanueva, la dernière phrase mentionne seulement les miracles survenus pendant le .siège, et on ignore si la ville fut prise ou non. Nous croyons cependant, que l'Office primitif contenait bien la mention de la victoire de Charlemagne, mais au lieu de supposer la perte d'une leçon tout entière, nous croyons que le silence du texte actuel tient uniquement à une altération partielle de la IX'= leçon, imputable au seul auteur du Bréviaire dit de 1339. Un membre de phrase assez court a dû être omis par lui après les mots, par lesquels commence la dernière phrase du texte de Florez et de Villanueva.
Ce qui, à notre avis révèle l'existence de la lacune, c'est la difficulté d'entendre d'une façon entièrement satisfaisante les mots : « coutigil tamen ». La construction de conligit avec une proposition infinitive, pour n'être pas conforme à l'usage classique, n'en est pas moins très admissible dans un texte tel que l'Office, et l'on en trouverait d'autres exemples dans la basse latinité aussi bien que dans le latin du moyen nge. Mais, au point de vue de la suite des idées, il est difficile d'entendre le mot lameii, qui accompagne conligit, si on ne le rapporte pas 'directement à ce qui précède. Auparavant l'auteur vient de dire, que, malgré plusieurs assauts répétés, Charlemagne n'avait pas pu prendre Girone. On reconnaîtra qu'il aurait assez mal écrit s'il eût continué en disant : « Il se produisit cependant diftérents prodiges ». Combien la suite des idées paraîtrait plus naturelle, si, au contraire, après avoir indiqué l'impossibilité pour Charlemagne de prendre la ville, le récit ajoutait : « Cela arriva cependant. » L'opposition très forte marquée par /(/;;/tv/ paraît se rapporter directement à ce qui vient d'être dit en dernier lieu. C'est là surtout ce qui autorise notre façon d'entendre le texte, lui l'adoptant, on retrouve dans l'Oflîce la mention de l.i prise de la ville, qu'il était surprenant de n'y pas relever. Sans doute, la construction de conligit avec un pronom sujet serait plus satisfaisante et
(^OLi.i.r. — Office df Gii OUI- . >
plus correcte, mais l'ellipse du pronom, sujet ou régime, n'est pas rare dans les textes de la même époque '.
Une conséquence de cette interprétation est de nous révéler, malgré tout, l'existence d'une lacune dans le texte transmis par le Bréviaire de 1339. Il est clair, qu'ainsi entendu, le \ erhe contigit ne peut servir à annoncer la proposition infinitive, où est consignée la manifestation des prodiges, laquelle a dès lors besoin qu'un autre verbe l'introduise. Mais la lacune est sans douto assez peu importante. C'est tout au plus une ligne, qui a été sautée par l'auteur du Bréviaire. Peut-être même, n'est-il pas impossible de suppléer, à peu près, à son omission. L'autre récit de la prise de Girone, en mentionnant l'événement, prend soin d'en marquer le caractère et qu'il se produisit avec l'aide divine, divina opérante virlute. Quel que soit le rapport des deux récits, étant donnée la similitude générale des expressions, on peut, non sans quelque vraisemblance, supposer, que les mêmes mots figuraient dans l'Office liturgique, amenant ainsi la mention des prodiges. Quant à la proposition infinitive, où celle-ci se trouve, il suffit de supposer, qu'elle était introduite par un verbe déclaratif quelconque fertiir, dicitiir, narratiir ou constat. Peut-être est-ce ce dernier qu'il faut rétablir de préférence ; sa ressemblance générale avec contigit expliquerait peut-être l'erreur et l'omission du copiste.
Celles-ci, au surplus, ne doivent pas nous*surprendre, après ce que nous avons vu de l'état déplorable des livres liturgiques des églises d'Espagne au moyen âge, et de l'ignorance comme des négligences de leurs auteurs ^. En tout cas, si l'on entend, comme nous, ce passage de l'Office liturgique, et si l'on est d'accord avec nous pour mesurer l'importance de la lacune, on voit, qu'il est inutile de recourir à
1. Nous relevons en effet une omission assez analogue du pronom régime dans l'autre récit, que nous étudierons plus loin de la prise de Girone : « Scd partent
exercitus tiUsit ut transiret per viam que vocatur Colltini Panissarii Et videntes
Sarraceni timuerunt tit Ijoc fieret » Régulièrement on aurait dû
exprimer le régime de videntes par l'un des pronoms l]oc ou illiul, mais l'omission
lie nuit en rien à la clarté de la phrase.