‹ Étude sur l'office de Girone et l'honneur de saint CharlemagneChapitre 58 sur 88 · I. Cf. Rocher, op. cit., p · texte numérisé non relu

I. Cf. Rocher, op. cit., p

LE TRACTATUS DE CAl'TIOSIi CHRL'SDH 103

motivée par des négociations engagées entre les deux chapitres, au sujet des intérêts financiers, qu'avait àGirone même et en Catalogne le chapitre de Notre-Dame du Puy. Sans que l'on puisse rien affirmer expressément, il semble bien, que, vers cette époque, le clergé gironais ait voulu se débarrasser, comme d'une charge trop lourde, du tribut, que cette église étrangère levait sur tout le pays, et qu'il ait invoqué pour cela la prétendue « fraternité » établie par Charleniagne, au nom de laquelle Girone, l'égale de Notre-Dame du Puy, aurait cessé d'être son éternelle débitrice. Il n'est pas douteux, non plus, qu'il se soit servi de la légende de Charlemagne et de ses prétendus rapports avee Girone pour appuyer et authentiquer ses prétentions.

Au point de vue particulier qui nous occupe, on peut considérer, que la transformation imposée dans ce dessein à cette légende, permet de dater, au moins relativement, les textes, qui nous l'ont rapportée. Des deux récits de la prise de Girone, que nous connaissons, de l'Office liturgique qui ignore la fraternité des deux églises ' et du Tractatiis qui l'atteste et qui la définit, il est certain que celui-ci est le plus récent.

Une autre question est celle de savoir, si le Tractatus existait déjà en 1479, et si c'est son texte, qu'on a mis sous les yeux de Pierre Bouvier pour le convaincre des droits de la cathédrale de Girone à être traitée en égale par Notre-Dame du Puy. Nous ne le croyons pas. La façon, dont l'official désigne le passage si intéressant comme étant la fin de la dernière leçon, fine))i idlimae Jccîionis, nous permet d'affirmer, que ce récit de la légende de Charlemagne ei de la prise de Girone était un texte divisé en leçons, par suite un texte liturgique, de forme analogue à celui, que nous a conservé le Bréviaire dit de 1339. Il faut donc admettre, que le texte de l'Office liturgique lui-même avait été remaniée pour permettre d'y intro-

I. C'est en vain t)uc Roclicr, ofi. cit., p. 265, alliiinc qu'un Bréviaire conserve à la cathédrale de (jirone contenait un OtVice en neuf levons, où il était lait mention de la fraternité des deux églises. C.e liréviairo, tel qu'il nous le décrit, n'est autre que le fameux Bréviaire de i>59, qu'il n'a pas su identitier avec le manuscrit utilisé par IMorez.

duire des allusions à la « fraternité » des deux églises et à son établissement par Charlemagne.

Au surplus, l'existence d'un récit tel que le Traclatus ne se comprendrait pas, si, à la même date, l'Office, qui se récitait solennellement, avait continué à ne pas raconter de même façon l'origine des rapports des deux églises de Girone et du Puy. Il était même naturel, qu'on modifiât d'abord le texte, qui, par son caractère, avait le plus d'autorité et qu'on fît attester, en premier lieu, par l'Office liturgique, la « fraternité » des deux églises.

Il y a donc eu de cet Office une rédaction diff"érente de celle que nous connaissons, et qui se distinguait de celle-ci, notamment par la mention de cette « fraternité ». C'est celle qui était récitée, en 1479, lors de la venue à Girone de Pierre Bouvier, et probablement depuis quelques années. C'est elle, que, tout naturellement, on lui présenta comme la preuve authentique des prétentions, qu'on voulait voir triompher. Le Tractattis, écrit probablement à une époque, où l'Office liturgique n'était plus récité, par conséquent après 1484, et, peut-être, pour le remplacer au moins en partie, serait postérieur à la rédaction de cette seconde forme de l'Office liturgique et aurait pu l'utiliser.

Un dernier point, que l'on voudrait pouvoir éclaircir est celui de l'influence, que cette altération de la légende primitive a pu avoir sur le développement du culte lui-même de Charlemagne à Girone. Si l'objet de la visite de Pierre Bouvier fut bien celui que nous croyons, et si le clergé de Girone put se flatter de lui avoir produit un témoignage convaincant, il nesemble cependant pas, qu'à ce moment il ait réussi à se libérer de la sujétion, dans laquelle il se trouvait, au point de vue financier, à l'égard de Notre-Dame du Puy. Le fordoyen emporta bien une copie du document allégué, mais il n'est pas douteux, que, de retour au Puy, il n'en ait, avec ses frères du chapitre examiné sérieusement la valeur. En tout cas, il ne semble pas, que les prétentions de Girone aient été admises de suite.

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