Cf. Roclicr, op. cil., p
y a peu de chance, qu'en 1484, il ait fiiit défense de réciter l'Office liturgique dans le seul dessein de venger la vérité outragée. On est ainsi amené à se demander, si l'interdiction n'aurait pas été provoquée par l'altération, sans doute récente, de l'Office liturgique pnmitif, et si le Saint-Siège n'aurait pas surtout voulu blâmer l'introduction dans ce texte de la mention, relative à l'origine prétendue de la « fraternité » des deux églises.
Nous savons, sans doute, qu'à l'égard d'autres supercheries de ce genre, la papauté avait usé d'une large tolérance. Mais, dans le cas présent, l'altération du texte liturgique et l'abus, qu'en pouvaient faire les clercs de Girone, tendaient à léser les intérêts d'une église toute-puissante et forte de la faveur pontificale. Si l'on rapproche les dates, si l'on remarque que l'interdiction du Saint-Siège intervint presque au lendemain des négociations conduites par Pierre Bouvier, on ne peut s'empêcher d'être frappé de la coïncidence. Après avoir pris connaissance du texte, produit comme décisif par le chapitre de Girone, les chanoines du Puy, qui avaient pu en apprécier la valeur, n'auraient-ils pas eu recours à Rome pour lui dénoncer la manœuvre, dressée contre leurs intérêts les [plus chers ? Le pape régnant alors était tout dévoué à Notre-Dame du Puy. Il venait, presque au même moment, en 1482, d'étendre à toute la chrétienté le droit qu'avait cette église de quêter pour son hôpital. Celui qui menaçait « de l'indignation de Dieu tout-puissant et de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul ' » tous ceux qui tenteraient de s'opposer ou de se soustraire à l'exercice de ce droit, devait être disposé à protéger les intérêts de l'église du Puy, toutes les fois qu'ils se trouvaient menacés.
Ainsi, le bref suspensif de Sixte IV pourrait bien être la réponse du chapitre du Puy aux entreprises des clercs de Girone. L'interdiction de réciter l'Office de saint Charlemagne serait un des moyens, dont le Saint-Siège se serait servi pour condamner leurs prétentions
I . Ce sont ies termes, mêmes employés dans sa bulle, qu'on trouvera traduite dans V Histoire admirable de Thglise Notre-Dame du Puy, de F. Théodose de Bcrgame, édition Rocher, pp. 181-186.
LE TRACTATUS DE C APHONE GERUNDE lOJ
à l'égard de Notre-Dame du Puy. Elle serait un effet indirect de l'altération, imposée au texte primitif de l'Office en vue d'authentiquer ces prétentions. Cette hypothèse a l'avantage de concorder avec l'explication ébauchée par le P. Fita, en même temps qu'elle permet de préciser les raisons ', qu'aurait eues Sixte I\' de montrer du mauvais vouloir et d'être désagréable au chapitre de Girone.
Quoi qu'il en soit, ce qui ressort de tout ce qui précède, c'est une probabilité nouvelle en faveur de la conception, qui nous a paru la plus naturelle, touchant les rapports de l'Office liturgique et du Tracthlus. Non seulement celui-ci a été rédigé très longtemps après l'Office mais il est postérieur à une forme altérée de cet Office et il a pour objet précis de suppléer à la disparition de cette dernière.
L'Office liturgique ayant été supprimé après l'altération subie, et sans doute à cause d'elle, il a été écrit pour retracer et attester ce que les clercs de Girone avaient surtout voulu faire dire à l'autre texte. Il est donc hors de doute, que l'auteur du Traclatiis a connu l'Office liturgique et, dans ces conditions, il paraît bien peu vraisemblable, que, pour la légende de Charlemagne et le récit de la prise de Girone, il ait puisé non à ce texte, mais à sa source, à ce texte antérieur dont rien n'atteste l'existence, mais dont on affirme, qu'il aurait, mieux que le rédacteur de l'Office, respecté les dimensions et le caractère original -. En outre, il n'est pas vrai, que le Traclaliis ait toujours fidèlement reproduit son modèle et, même dans l'hypothèse de M. Schneegans, il resterait à expliquer certaines variantes particulières à ce texte et qui ne pouvaient se trouver dans l'original.
A ce point de vue, il est intéressant de noter les divergences, que nos deux récits présentent au sujet des prodiges, qui accom-