‹ Étude sur l'office de Girone et l'honneur de saint CharlemagneChapitre 61 sur 88 · Cf. Schneegans, op. cil., p · texte numérisé non relu

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pagnèrent la prise de Girone. Le Traclalus raconte, que la croix apparue dans le ciel, au-dessus de la mosquée sarrasinc, fut visible pendant trois heures, au lieu que, d'après l'Office liturgique, le phénomène dura quatre heures. De même, au lieu que celui-ci se borne à noter qu'il tomba une pluie de sang, dans l'autre récit le prodige se complique : chaque goutte de sang fait apparaître une croix. Si les deux textes avaient réellement puisé à une même source, on ne s'expliquerait pas ces variantes, et, en raisonnant comme M. Schneegans, si la leçon du Tractatus était celle même du modèle, on ne voit pas, pourquoi le rédacteur de l'Office s'en serait écarté. Il n'y a notamment aucune raison, pour que celui-ci eût fait durer quatre heures le prodige de la croix, si sa source avait seulement dit trois. Au contraire, on voit très bien les raisons, qu'a pu avoir l'auteur du Tractatus pour modifier les données de son modèle, et qu'il a voulu en tirer les explications, à la fois symboliques et historiques, qu'il imagine pour ces prodiges. S'il fait durer l'apparition de la croix non pas quatre heures, mais trois heures, c'est pour que le prodige rappelle les trois jours, qui séparèrent la mise du Christ au tombeau et sa résurrection, c'est surtout pour qu'il annonce qu'au bout de trois jours Girone tomberait au pouvoir des chrétiens. Quant à la complication subie par le prodige de la pluie de sang, elle a surtout pour but de confirmer le sens attribué à l'apparition de la croix et aussi à rendre compte de certaines particularités de l'histoire de la cathédrale de Girone, ou se rapportant à celle de la ville voisine de Barcelone. C'était un fait, que, dans la cathédrale gironaise, il y avait un autel spécial de la Sainte Croix, qui attestait pour elle une dévotion toute particulière de la part des habitants. C'était un fait aussi, que Barcelone était placée sous l'invocation de la Sainte Croix, et avait dans son étendard une croix rouge. L'auteur du Tractatus explique les deux foits par le double prodige, qu'il modifie, à son gré, pour lui faire signifier à l'avance ce qui, en effet, était de son temps '.

I. C'est pour la même raison, que, la ville prise, Charlemagne, d'après le Tractatus, fit célébrer deux messes d'actions de grâces, l'une en l'honneur de la Vierge, l'autre en l'honneur de la Sainte Croix, fondant ainsi, en quelque sorte, les deux principales dévotions particulières à la cathédrale de Girone.

LE TRACTATUS DE CAPTIOM- CRRfXDh 109

Il n'est donc pas douteux, qu'il a de parti pris modifié sa source, que celle-ci fût, comme le croyait M. Schncegans, un récit très ancien et perdu, ou, comme nous le croyons plutôt, le texte de l'Office liturgique. '

Si, pour les autres traits particuliers à ce récit, nous ne pouvons pas établir de Hiçon aussi certaine, qu'ils sont des additions de l'auteur, du moins aucun d'eux ne nous oblige-t-il à le considérer forcément comme original. En outre, tous paraissent n'avoir d'autre raison d'être, que d'améliorer, d'éclaircir et de compléter le récit de l'Office.

C'est ainsi, qu'en un endroit, le texte de l'Office, présentant un sens au premier abord difficile à admettre, le Traclatiis élimine le mot qui crée l'obscurité. Dans le premier, il était dit, que Charlemagne arrivant à La Cluse apprit que Marsile s'y était enfermé pour la seconde fois, « iientm fuisse inchisiiin ». Le mot ilcruin est si peu clair, que M. Schncegans a renoncé à lui trouver un sens '. Or, ne se retrouve pas dans le Tractatus, qui se borne à dire, que l'empereur trouva le roi sarrasin enfermé à La Cluse. C'est très probablement que l'auteur n'a pas ,lui non plus, compris Viterniii.

Nous avons déjà vu, que certains traits semblaient avoir été ajoutés pour remédier à l'obscurité relative, que la concision extrême de l'Office liturgique laisse subsister dans tout le récit \ D'autres encore procèdent de ce besoin d'apporter partout de la clarté et de la précision. A propos de la position appelée « mont de Rûiiiis » et qui est située au nord-ouest de Girone, sur la rive gauche du Ter ', le Tractatus a soin d'ajouter qu'elle est à une demi-lieue de Girone, « juxta Gerunduin ad diniidiani leucani ».

De même, à propos de la localité appelée Milet par les deux textes, et qu'on n'a pas pu identifier, le Tractatus ajoute qu'elle se trouve à proximité delà petite ville d'KIne « juxta quamdam livitnteni uiodicaiu que vocalur Hliia ». Mais cette fois, le renseignement.

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