‹ Étude sur l'office de Girone et l'honneur de saint CharlemagneChapitre 62 sur 88 · J. supra, pp. 89, sq · texte numérisé non relu

J. supra, pp. 89, sq

j. Cf. Rocher, op. cil., p. 76, noie 6.

IIO CHAPITRE IV

faux en lui-même, se révèle comme une invention de l'auteur et qui repose sur une fausse interprétation du récit utilisé par lui. La précision du détail pourrait d'abord faire illusion. Mais pas plus dans les environs d'Elne, "^qu'ailleurs, dans le Narbonnais ou dans le RoLissillon, on n'a retrouvé la trace d'une localité appelée Milet. L'erreur de l'auteur du Traclalus provient sans doute de ce qu'il a mal entendu le texte de l'Office. Celui-ci s'était borné à mentionner, qu'après la victoire remportée à Milet, Charlemagne avait élevé une église, placée sous l'invocation de saint André, auprès de laquelle se trouvait un monastère. Il n'était pas dit, que la construction de l'église ait eu lieu à Milet, et tout de suite après la victoire. L'auteur du Tractatiis, au contraire, identifie le lieu de la victoire et l'emplacement du monastère. Charlemagne, dit-il, ayant été vainqueur à Milet, construisit sur le lieu même de sa victoire, — constrnxit ibi — , l'église et le couvent de Saint-André. Or, comme ce couvent ne peut être autre que le couvent de Saint-André de Sorède, lequel se trouve en effet non loin d'Elne, que l'auteur du Tractatus connaissait sans doute mieux encore que Sorède, il a naturellement placé Milet dans les environs d'Elne '. Nous verrons plus loin, que tout effort pour retrouver ce Milet devait être vain, si, en eifet, ce nom n'est qu'une faute de lecture de l'auteur, qui rédigea le texte primitif de l'Office de Girone.

Une autre addition, qui n'est guère plus heureuse, est celle de la fondation d'église, qui marque le passage de Charlemagne à Sent- Madir. D'après l'Office, l'empereur n'aurait fait qu'y passer pour aller plus loin rencontrer les Sarrasins : il les aurait battus à Amer, et aurait élevé Là un couvent dédié à Sainte-Marie. Dans le Tractatus, il nous est montré élevant, àSent-Madir au ssi,une église en l'honneur du saint local, et cela pourrait bien être, de la part de l'auteur, une maladresse assez grossière. Il nous représente, en effet, les deux fondations comme contemporaines. Or, ce que l'on sait du couvent de Sainte-Marie de Amer nous le fait voir comme n'étant à l'origine

I. Sorède est actuellement un village du département des Pyrénées-Orientales, arrondissement de Céret et canton d'Argelès.

LE TRACTATUS DE CAPTIOWE GERUXDE III

qu'une dépendance du cloître, plus ancien et plus célèbre, consacré à San Emcterio et à San Gines, dont le premier a donné son nom au village actuel de San Medi. Des deux monastères, c'était le premier, qui avait sans doute besoin qu'on lui créât une antiquité, et, c'est pourquoi le rédacteur de l'Office liturgique l'avait fait fonder par Charlemagne '. En rattachant aux mêmes circonstances la fondation de l'autre, l'auteur du Tracintiis semble ainsi avoir desservi ses véritables intérêts. Son erreur s'explique par le besoin qu'il a de renchérir sur les dires de l'Office liturgique et aussi, sans doute, par la date plus récente, où il a écrit. A ce moment, le cloître d'Amer, plus ancien et aussi plus important, pouvait à la rigueur passer pour l'égal de celui, dont longtemps il avait été le vassal \

Enfin une variante , pourtant très légère, nous fait entrevoir le véritable caractère du remaniement, que nous paraît être le récit du Tractalus. L'Office racontait, qu'au mont de Ramis diverses fondations pieuses avaient été faites successivement par Charlemagne, Roland et Turpin. Elles sont également mentionnées dans le Traclaliis, mais dans un ordre un peu difierent. C'est l'empereur, qui, le premier, sur l'emplacement de sa tente, élève une église à saint Julien, puis c'est saint Turpin, qui fonde un autel en l'honneur de saint Vincent et Roland vient seulement en troisième lieu, qui dédie un autel i sainte Tècle. L'ordre indiqué par l'Office observe, en quelque sorte, les usages épiques. Dans l'énumération des compagnons de Charlemagne, le premier rang est réservé à Roland, et Turpin ne vient qu'après. Il semble, que l'auteur du Tniclatus ait voulu réparer le tort, qui était fait ainsi au caractère sacré de l'archevêque, et qu'à ses yeux saint Turpin devait figurer tout auprès de saint Charlemagne, et avant le simple chevalier Roland. F.n ce sens, son récit d'esprit plus clérical serait plus éloigné de l'épopée et des récits

1. l.'nsptiùti S(ti;i\ula dit IbinicllcnK'nt, que, quoique très ancien, ce cloître ne remontait pas à l'époque de Cliarleniaf^ne. Hlle cite tout un récit du P. Donienec relatif A sa fondation, qu'elle crovait inspiré de la VIIK' le^on de l'Office liturgique, mais qui n'est en réalité qu'une traduction du passage correspondant du l'iuitiitus. Cf. HspiVhi Sai;;ratl(i XLIH, p. 559 et XLV, p. i<')2.

Page 1