‹ Étude sur l'office de Girone et l'honneur de saint CharlemagneChapitre 70 sur 88 · Cf. supra, p · texte numérisé non relu

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l'idée à l'une ni aux autres. Dans les croj'ances du moyen âge, ce prodige pouvait annoncer tout événement sanglant et guerrier. C'est un trait, en quelque sorte banal, dont la croyance populaire pouvait avoir orné la prise de Girone.

Une chose surprend au premier abord, c'est que l'auteur de l'Office n'ait pas utilisé toutes les données de la tradition locale. Si le personnage de Mahomet vivait vraiment, à cette date, dans la légende populaire, il est au moins curieux de constater, qu'il ne figure même pas dans l'Office. On peut cependant expliquer cette particularité par le caractère, que l'auteur a voulu donner à son récit. Comme il écrit la version, en quelque sorte officielle, de la prise de Girone, il a pu considérer le personnage de Mahomet comme trop légendaire pour avoir sa place dans un récit, qu'il veut que l'on tienne pour authentique. Nous verrons, du reste, qu'il y a une autre raison à son silence, et qu'il a probablement éliminé ce roi de Girone pour se conformer aux données d'un texte, qui semble avoir eu à ses yeux la plus grande autorité.

Ainsi l'état de développement de la légende locale explique déjà une des particularités que nous avons relevées dans le récit l'Office liturgique. C'était une assez» pauvre légende, que l'auteur a encore appauvrie, peut-être par souci de la vérité historique. Et de là vient, que son récit, si l'on en retranche la mention des fondations faites parCharlemagne, se réduit uniquement à ceci : l'empereur vint un jour faire le siège de Girone, qui lui résista longtemps et il ne réussit à la prendre, qu'avec l'aide de la toute-puissance divine. Dans l'ensemble des leçons qui constituent l'Office liturgique, la narration de la prise proprement dite de Girone n'occupe que la moindre part.

A-t-il cherché, comme on l'a cru parfois, à embellir les données de cette légende locale à l'aide de détails ou de motifs empruntés à l'épopée ? Outre que les traditions poétiques, relatives à Charlemagne, ne semblent pas avoir eu en Espagne la même difi'usion ni

LES SOURCFS DE L OmCH LITUKC,IQ.LF I33

la même popularité qu'ailleurs, la personnalité cléricale de l'auteur de l'Office et son souci apparent de donner un récit authentique devaient le détourner d'utiliser ce que racontaient nos poèmes héroïques, à supposer qu'il les ait connus. En fait, dans son récit de la prise de Girone, on ne trouve aucun trait, qui doive être nécessairement reporté à l'épopée comme à sa source véritable.

On a parfois considéré comme un emprunt à l'épopée la mention de la « Vallée ténébreuse », — Fallis Tenehrosa, — que l'auteur de l'Office place dans le voisinage immédiat de la colline de Barufa. On a voulu y retrouver un souvenir du Val-Ténèbre, où, d'après le Roland ', Charlemagne, dans sa poursuite, atteignit les Sarrasins \ Nous croyons, qu'il n'y a là qu'un rapport de mots purement accidentel. La précision, avec laquelle l'Office indique la situation de cette vallée, a permis de l'identifier avec celle, que creuse le torrent de Galliganset qui sépare Girone de la hauteur de Barufa '. Il faut entendre les mots de vnllis tenehrosa, non comme un nom propre, mais comme un nom commun, désignant un accident de terrain de la banlieue de Girone et qui n'avait peut-être pas de nom particulier. L'auteur se borne à noter que Barufa est voisine d'une « vallée sombre ». Sa topographie, par ailleurs si précise et si exacte, n'a pas eu sur ce point à empiunter un nom à des poèmes, que, sans doute, il ignorait.

On pourrait, de même, être tenté de considérer comme provenant de l'épopée la mention, du reste assez inattendue, de Roland et du Turpin, à propos des fondations pieuses, qui marquent le passage de Charlemagne à la montagne de Kaniis. Alors qu'il n'a été question d'eux nulle part auparavant, ni lors des préparatifs de l'expédition, ni lors des premiers combats en Roussillon, alors qu'ils ne seront pas non plus mentionnés à propos de la prise proprement dite de Girone, on est surpris de voir Roland dédier une chapelle à Sainte Tècleet l'archevêque Turpin un autel à saint \'incent. On en a conclu, que les personnages avaient été empruntés par l'auteur de

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