‹ Étude sur l'office de Girone et l'honneur de saint CharlemagneChapitre 8 sur 88 · L OFFICE LITURGIQUE ET L HISTOIRE POETIQUE DE GIRONE · texte numérisé non relu

L OFFICE LITURGIQUE ET L HISTOIRE POETIQUE DE GIRONE

Nous retrouvons, en effet, la mention de ce prétendu événement, accompagnée de certains détails poétiques, dans un texte d'un tout autre caractère, la Kaiserchroiiik, vaste compilation, qui s'est inspirée de la légende aussi bien que de l'histoire '. La prise de Girone aurait eu lieu, d'après elle, dans les mêmes circonstances, qu'indiquait le Pseudo-Philomena, et lors de la même expédition de Charlemagne. Après avoir pris Arles, l'empereur aurait fait le siège de la ville et l'aurait réduite par la f;imine. Ses habitants auraient été forcés de se rendre et aussi de se faire chrétiens.

D'après une chronique du monastère de Ripoll, c'est en 7cS6 que Charles aurait pris Girone, après avoir vaincu dans un combat son roi Mahomet. L'événement aurait comporté une intervention de la toute-puissance divine, car plusieurs miracles l'auraient accompagné, qui auraient vivement frappé l'imagination populaire \ Par ce dernier détail et aussi par ce qui est dit du choix par Charlemagne de l'emplacement de la cathédrale, ce passage de la Chronique de Ripoll se rapproche singulièrement, ainsi que nous le verrons, de la fin de l'Office liturgique, qui cependant raconte tout autrement le fait lui-même.

Il y a donc eu une légende, qui attribuait à Charlemagne la prise

1. Le passage relatif à la prise de Girone est traduit par Gaston Paris, Histoire poiHiqiie de Charleiiiiii;iie, p. 278. Il est reproduit textuellement, d'après l'édition de Massmann, par M. Sclineegans, Dissertation de Strasbourg, 1891, p. 77.

« Datinen schiet (1er ![otis ilienistiiuin ilo er fla:^ liiit nnsereiii hcrreii i^H'ciii, :^uo eitiir hure, die hei~it (ierundo : die hvaiic er mit hinii^'er, uni •^"' "" ''"' ''""' ii'i^dbeu.

Sich toufteu idic die du ivnreii. »

2. Nous verrons plus loin comment l'auteur a été amené .1 dater ainsi la prétendue prise de Girone.

). « Hic Ciirolus d ictus \Jaguus aiiuo Doiuiiii jS^cefiit civitateiu (ierundue, viiiceus in prarlio Maclioinetuin, re^^eiu ipsius civitatis. El duiii cepit islam civittitein, luulti viderunl siim^'iiiuciu ()luerf et appurueruul acies in coelo, in vestimentis hominuni et sii^na crucis. l'.t uppuruil cru\ igneti in aère supr,i locum t{l>i nuncest altare H. rirt;inis. lit profiter hoc niuluvit Sedem quue eiat in ecclesia S. Felicis in loco uhi nuiu: est. » iVlon. Germ. liist. Script., I. 297, en note.

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de Girone, et c'est cette légende, qui, en raison de sa popularité, a réussi très souvent à passer pour une réalité. A l'exemple de la Chronique de Ripoll, des textes à prétentions historiques n'ont pas hésité à l'adopter. De façon très curieuse, la Cronica gênerai du roi Alphonse de Castille, qui met en garde ses lecteurs contre les récits poétiques relatifs aux conquêtes de Charlemagne en Espagne, atteste la réalité de la prise de Girone '. Un autre texte, qui paraît avoir puisé directement à la Chronique de Ripoll % la rapporte à peu près dans les mêmes termes et comme un fait certain. C'est une relation, faite par un moine du monastère de Saint-Félix de Guixols pour autoriser la légende de la fondation de ce monastère par Charlemagne '. La même mention se retrouve dans un mart3'rologe de l'église de Girone +, sans que l'on puisse discerner, s'il l'a empruntée spécialement à la Chronique de Ripoll ou à l'Office liturgique.

1 . Le passage S(j trouve dans l'édition de la Primera Cronica General, publiée par M. Menendez Pidal, tome I, pp. 355-556. Il est cité et traduit par Gaston Paris dans son Histoire poétique de Charlemagne, pp. 284-285 : « Et ores sachez, vous qui cette histoire oyez, que, quoique les jongleurs chantent en leurs chansons et disent en leurs fables que Charles l'empereur conquit en Espagne maints châteaux

et maintes cités et qu'il y eut maintes batailles avec les Mores, cela ne

peut être, si ce n'est qu'il conquit quelque chose en Cantabrie. Il y conquit Barcelone et Girone et Ausone et Urgel ; mais le reste qu'ils racontent n'est pas à croire et, comme vous entendez, cet empereur ne conquit en Espagne aucune autre ville,

sinon celles-là que nous avons dites On doit certainement plutôt croire

ce qui semble naturel et raisonnable, et ce qu'on trouve en livres et en écrit, que les fables de ceux qui content ce qu'ils ne savent pas. »

2. L'Espaiia Sagrada qui le cite croit qu'il s'est inspiré de l'Office de saint Charlemagne et des traditions populaires. Mais le rapport avec la chronique de Ripoll est beaucoup plus évident. Cf. Espana Sagrada, XLIII, p. 89.

5. « De Carolo Magno. Unde noveritis quod doniinus Pepinns rex Franciae qui fuit pater Caroli regnavit annis ]6 ; qui fuit consecratus in regem per papam Stephanum anno Incarnationis Doniini j20. Mater dicti Caroli vocahatur Berta. Carolus Magnns Imperator filins dicti Pepini cepit r'egnare anno Doinini j^j et regnavit annis 4-/ et mensïhus ]. Et anno 28 sui regni cepit civitatem Geruudae et viderunt sangninem pluere et apparuerunt acies in coelo et signum crucis in vestinientis honiiuuni ; et etiam apparuit eis crux ignea in aère super locum me\quitae uhi nunc est altare Beatae Mariae et propter hoc ipse Carolus mutavlt Sedem, quae tune erat in ecclesia S. Felicis, in locum uhi nunc est, et tune currehat annus Domini ySj et dictas Carolus imperator obiit anno 80]. » Cité par VEspana Sagrada, XLIII, p. 90.

4. « Post aliquod tempus Karolus magnus imperator et rex Franciae, cepit civitatem

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