Cf. Abel und Simson, op. cit., I, p
L OI-riCE LITURGIQUE ET I. HISTOIRE POETIQUE DE GIRONE 7
sion et il en a encore moins fait le siège. La question de date a donc plus d'importance que ne le pensait M. Rocher. Il n'est pas indifférent de savoir, que la reddition de Gironc a eu lieu non en 778, mais en 785, puisque cela mcnic exclut la possibilité, que Charlemagne y ait pris part.
Il n'y a pas eu de prise de Girone par Charlemagne et tous les textes, qui, à l'exemple de l'Office liturgique, nous montrent la ville assiégée et emportée d'assaut par l'empereur, puisent manifestement à une source autre que l'histoire réelle. C'est ainsi, que le Pseudo-Tiirpin, énumérant les villes prises par Charlemagne, à la suite du miracle qui mit Pampelune en son pouvoic, mentionne expressément Girone '. Il est vrai, que la quantité des villes ainsi énumérées enlève à son témoignage une grande partie de sa valeur. L'auteur, manifestement, par cette longue liste, a voulu grossir l'importance des succès de Charles et nous le représenter comme ayant, en réalité, conquis la plus grande partie de l'Espagne. Son énumération est un procédé tout littéraire, qui atteste uniquement ses connaissances géographiques. On n'en doit pas conclure, que chacune des villes citées avait été vraiment prise par Charlemagne, ni surtout que chacune avait sa légende propre, où se conservait le souvenir d'un événement si glorieux. Pour Girone en particulier, l'auteur a pu la mentionner, sans se référer à une tradition existante, sans peut-être même se douter, qu'une telle tradition existait, en effet, par ailleurs.
A ce point de vue, le témoignage du Pseudo-Philomeiia est beaucoup plus probant. L'auteur, qui a pour unique but de composer une histoire glorieuse à son abbaye de La Gra.sse, rattache sa fondation à la venue de Charlemagne dans le Narbonnais, lors de son expédition contre les Sarrasins. Hlle forme un épisode pieux, au milieu des événements guerriers, qui, par la prise de Carcassonne et de Narbonnc, piéparcnt l'entrée en Espagne. Ce
I. « Urhfs fl niiijoit's vilhic ijiuts lune Lnqiiiuvil in Giiliiiti ila ruli;o diciintni :
Fisnniii, Liinecitni, Duni'ui ; ;/; llisf^iinia : Auclhihu (lodi-lfitiur
Uii^elluni, Iilnit,(reruniUi . » 'lutpiiii liistoii.i Karoli M;i^nict Rotliol.mdi, cli.ip. m, édition Casiets, pp. 5-6.
moine a évidemment utilisé un récit antérieur ', qui racontait les événements ayant précédé le passage des Pyrénées par Charlemagne. Sa narration s'arrête, elle aussi, après la prise de Narbonne et la poursuite des Sarrasins jusqu'aux défilés des Pyrénées. C'est sans doute, parce que l'objet spécial, que se proposait l'auteur, est atteint, mais c'est aussi, parce que le texte, dont il s'inspirait, ne lui en apprenait pas davantage. Il déclare expressément, qu'il ignore les événements qui ont suivi et qu'il ne saurait rien rapporter de l'expédition d'Espagne proprement dite -. Or, de façon très curieuse, par une sorte d'anticipation, qui ne va pas sans quelque invraisemblance, alors que Narbonne n'est pas encore prise, il nous raconte deux expéditions, faites par certains compagnons de Charlemagne, et qui ont, plus ou moins, pour objectif Girone \ C'est, à n'en pas douter, une façon de faire prévoir, que, dès que les Français auront franchi les Pyrénées, ils prendront Girone. Quelle que soit l'ignorance de l'auteur touchant l'expédition d'Espagne, et malgré le silence de sa source principale, il savait, que, d'après certaines traditions, Girone avait été prise par Charlemagne.
1. Son imposture consiste à attribuer la rédaction de ce récit à un secrétaire de Charlemagne et appeler celui-ci « Philoiiiena ». Mais, quand il affirme, qu'il a eu sous les yeux un manuscrit trouvé dans la bibliothèque du couvent, qu'il s'en est inspiré et qu'il l'a traduit en latin, il n'y a aucune raison de douter, qu'il ait en effet emprunté le fond de sa narration à un texte antérieur, écrit en langue vulgaire. Cf. Gesta Karoli Magtii ad Carcassonain et Niirhonam, édition Schneegans, 22-30 et 2134-3138. L'on trouvera la confirmation de cette façon de voir dans une étude que nous publierons prochainement sur la composition du Pseiido- Philomena.
2. « Onaliter aideiii Karoliis Yspaniavi et alias provincias acquisierit, prelia, torneanienla, et omiiia que fecit postea, nescireni in script is redif;ere iiec veniciter enarrare ». Edition Schneegans, 3 1 30-3 132.
3. Une première fois, c'est Augier le Danois et le duc de Normandie, qui, au sortir de Carcassonne, s'aventurent en pays ennemi, traversent les Pyrénées et vont jusqu'à Girone, d'où ils reviennent avec un riche butin. Cf. édition Schneegans, 388-391. Plus tard, c'est Roland lui-même, que Charles envoie faire du butin, outre les monts, jusqu'à Barcelone et Girone. Cf. édition Schneegans, 503. Le succès de cette seconde expédition est en l'apport avec l'importance de son chef. Quand Roland rejoint l'empereur, il a conquis toute la Cerdagne, la moitié de Girone, Lérida et Balaguer. Cf. édition Schneegans, 594.