CONCLUSION I 6 I
En ce qui concerne l'autre légende, celle de la prise de Girone par Charlcmagne, le tait certain, c'est qu'elle a été l'objet d'une croyance populaire, à laquelle, de tout temps et aujourd'hui encore, les Gironais sont restés fidèles. A qucl'e époque s'est-ellc torniée ? Il serait assez malaisé de le dire, puisque le premier texte, où nous trouvons sa trace, est le Chronicoii Rivipulleusc, lequel est sans doute relativement récent. On peut cependant supposer, qu'elle prit corps à quelque distance du fait historique assez difierent, qui lui a donné naissance, postérieurement même au règne et à la mort de Charlemngne, au ix*^ ou x*-" siècle, au moment, oii se constitue la double légende du héros et du saint. Il semble, en effet, que si c'est la conscience populaire, qui, à Girone, attribua à l'empereur la délivrance de la ville, la forme première, sous laquelle nous apparaît la légende, attesve l'influence de l'esprit clérical et dévot. Charlcmagne prend Girone, mais avec l'aide de Dieu, et l'événement est marqué par des prodiges authentiques. C'est ce que raconte l'Office et ce que l'on croyait à Girone en I3-|).
Une autre question est celle de savoir, si cette légende purement locale eut accès dans la littérature, si les allusions, que la poésie ou des œuvres inspirées d'elle font à la prise de Girone par Charlemagne se rapportent bien à elle, ou bien, si, à côté de la légende locale, une autre légende, d'origine difierente et purement littéraire elle aussi, ne s'est pas développée et peut-être sans lui rien devoir. A cette question non plus notre étude de l'Office liturgique ne saurait fournir de réponse. Il n'a connu et utilisé pour son récit de la prise de Girone que les traditions et les croyances locales. Tout ce que l'on peut dire, c'est que la mention du roi Mahomet parle Psetido-Philoinena semble atti^ster, que, sinon l'auteur, du moins sa source connaissait la légende de Girone sous une forme inspirée des traditions primitives. Mais, si les allusions de la Kaisciclnonik à la prise de la ville par le moyen de la famine se réfèrent, elles aussi, à un poème, procédant plus ou moins directement de la légende locale, il faut avouer, que celle-ci s'est dépouillée de tous les traits particuliers qui la constituaient, et qu'elle a été tout entière translormée par l'influence littéraire.
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îél CONCLUSION'
La seule trace de cette influence littéraire sur la légende locale, telle que l'Office liturgique nous la montre constituée, pourrait être le rapport, qu'il établit entre le fait lui-même de la prise de Girone et les événements qu'il raconte comme l'ayant précédé. La légende est-elle, à cette date, incorporée à un cycle épique, racontant depuis le début l'expédition de Charlemagne à travers les Pyrénées orientales et la conquête de la Catalogne ? C'était la conclusion, que l'on pouvait tirer de l'étude de M. Sçhneegans et de sa façon de concevoir la composition de l'Office.
Nous savons maintenant, que, même sur ce point, le témoignage de l'Office est plutôt négatif. C'est l'auteur de l'Otfice lui-même, qui a créé le rapport, qu'il établit entre la prise de Girone et les événements antérieurs, et l'établissement de ce rapport ne saurait rien prouver de sa part, puisqu'il résulte de la mise bout à bout des données de la légende locale et de celles du Pseudo-Philomena. S'il y a eu un cycle de légendes, relatives à l'expédition de Charlemagne en Catalogne,^ et si la légende de Girone s'y est incorporée, ce n'est donc pas l'Office liturgique, qui peut nous l'attester, mais uniquement le Pseudo-Philomena.
Le résultat le plus net de notre étude est, sinon de renverser dès à présent, du moins de différer les conclusions, que l'on peut tirer de l'examen de l'Office liturgique. On avait cru pouvoir établir, qu'il supposait comme sa source, non pas une épopée, mais un groupe d'épopées embrassant la prise de Carcassonne par Charlemagne, celle de Narbonne et celle de Girone. On avait même pu se demander, si cette soiirce n'était pas un recueil de poèmes épiques, écrits en provençal. La conclusion, à laquelle nous sommes arrivés touchant la composition de l'Office, nous oblige à reculer l'examen de ces questions et la réponse qu'il y faut faire.
Tout ce que nous pouvons savoir par l'étude de l'Office, c'est que l'auteur, en dehors de la tradition locale, n'a connu que le Pseudo-Philomena. C'est donc à l'étude seule de ce texte, qu'il faut demander, si, réellement, il suppose l'existence de ce groupe d'épopées, et si ces poèmes étaient ou non des poèmes provençaux. En
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ce sens, l'érude du Philoinciia, qui, pourtant, n'atteste directement la prise de la \ille ni par Charlema^ne ni par Hrnaut, nous apparaît comme devant nécessairement constituer un autre chapitre de l'histoire poétique de Girone.