CHAPITRE V
LES SOURCES DE L OFFICE LITURGIQUE
cerne la seconde partie de l'Office, la prise elle-même de Girone. L'autre lui a fourni la matière de la première partie. Pour les événements racontés dans les cinq premières leçons, il n'y arien, qui ne s'explique par l'imitation du Pscudo-Phihmicua. L'imitation a été si fidèle et la foi accordée à ce récit par l'auteur de l'Office a été telle, que, pour se conformer à ses données, il n'a pas hésité à corriger en un point essentiel ce que la légende locale racontait de la prise même de Girone.
Cependant, à certains indices, l'on pourrait être tenté de croire, qu'il a utilisé non le Psciido-PhiloDicua lui-même, mais le récit original, dont celui-ci s'était inspiré. Le récit des événements, qui vont de la prise de Narbonne au passage des Pyrénées, se présente dans rOtfice avec un air de simplicité plus grande et aussi de vraisemblance, qu'il n'a pas dans le Phihvncna. Or, comme la complication et les invraisemblances qui en résultent sont le fait de l'auteur de celui-ci, on peut se demander, si la forme plus simple, que le récit revêt dans l'Office, ne s'explique pas par l'imitation directe du modèle.
On sait, en effet, que l'épisode de la poursuite des Sarrasins de Narbonne aux Pyrénées ne figure pas une fois mais deux dans le Pscudo-Philomcna. De façon fort curieuse, deux expéditions tentées parMarsile, l'une, qui a pour objet d'arrêter la marche des Français ', l'autre de reprendre Narbonne % y sont relatées comme ayant eu le même dénouement. Pris de peur ou vaincus à la suite d'un combat, les Sarrasins prennent la fuite. Rejoints par les Français, ils sont de nouveau battus, poursuivis et n'atteignent qu'àgrand'peine les défilés des Pyrénées. Dans les deux cas ils semblent devoir être complètement exterminés, quand, contre toute vraisemblance, le vainqueur renonce à pousser plus avant son succès et abandonne sa poursuite pour revenir à La Grasse ou à Narbonne vaquer à d'autres soins.
1 . a. Gi'stii Kdroli Milieu! ad CarcLissoiiani et Xiirhoiiiuii, cd"" Schnccgans, 1190, sq.
2. Cf. Gcslii Kaivli Mitoni ad Ctircassoiiani et Wirhoiiiiiu^ cd"" Schnccgans, 2860 sq.
L'identité des deux épisodes se marque dans les noms des personnages, dans la similitude des circonstances et presque des moindres détails. Aussi M. Schneegans a-t-il eu raison de considérer ces deux récits parallèles comme provenant par dédoublement d'un épisode unique, raconté parla source du Fseiido-Philomena V Le procédé est en effet constant chez son auteur ; il lui sert à masquer la pauvreté de son imagination et, aussi, l'absence presque complète de traditions anciennes, relatives à la fondation de son abbaye.
Entre les deux récits du Pseiido-Philomena il n'y a vraiment qu'une différence dans le développement. L'un est plus court que l'autre, et, si l'on remarque que le plus court, dans les circonstances qu'il nous expose, est aussi le moins vraisemblable, on pressent, qu'il n'est qu'un abrégédu récit plus développé, qui estaussi plus vraisemblable. Peut-on admettre, que Marsile provoque une coalition de tous les rois Sarrasins uniquement pour venir empêcher la construction d'un cloître? La chose est, au contraire, toute naturelle dans le second cas, quand il s'agit pour lui de venger la perte de Narbonne et de tenter de la reprendre. On s'explique, que pour le premier épisode, l'auteur, aêné en quelque sorte par la disproportion de l'entreprise supposée et de son but réel, ait moins insisté sur le dénouement de cette expédition. Il a beaucoup résumé le récit delà poursuite des Sarrasins, afin de ménager l'intérêt du second épisode, où cette poursuite, plus en rapport avec l'importance de l'entreprise, est aussi plus dramatique. Toutefois, la première poursuite des Sarrasins est marquée par deux combats, que ne mentionne pas le récit de la seconde, et qui semblent avoir été un des éléments constitutifs de l'épisode, tel qu'il était dans le modèle utilisé par l'auteur du Pseiido-Philomena. Tout d'abord, avant même que dans leur fuite ils aient pu franchir la Nielle, affluent de l'Orbieu, les Sarrasins sont rejoints par Charlemagne : un premier combat s'engage, où périssent seize mille Sarrasins, et où • Roland tue un roi païen du nom de Baldrac. Les païens épouvantés reprennent la fuite, pourchassés par les Français, jusqu'à la nuit. Il
I. Cf. Schnccgans, D/V (2//t'//tv/ Jt'i 5()<v«c//////t'// Fseiido-Philoiiiciut, etc., pp. 71-