‹ Étude sur l'office de Girone et l'honneur de saint Charlemagne [microform]Chapitre 107 sur 114 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES SOURCES DE l'oEFICE LITURGiaUE

Les rapports entre l'Office et le Philomena sont tels, et telle surtout leur nature, qu'on ne conçoit pas, qu'ils puissent s'expliquer autrement que par l'imitation directe de l'un par l'autre, ni que les traits, qu'ils ont en commun, puissent provenir d'une source commune, qui serait un récit épique.

Sans doute, Tidentité de l'itinéraire, suivi par Charlemagne dans l'Office et dans le Philoincmu pourrait s'expliquer par le fiiir, que, dans la source qu'on attribue à tous deux, la marche des Français était, en effet, racontée ainsi. Mais il est peu probable, qu'un récit purement épique se fût préoccupé de marquer a\ec autant de précision les étapes de Charlemagne et que l'exactitude de sa topographie, si sensible dans le Philomena et dans l'Office, fût déjà une des caractéristiques de cette source. En fait, tous les noms de lieux figurant dans l'Office se retrouvent dans le Philomena, et exactement sous la même forme. Le Malpartns, auquel le Tracfaliis avait préféré le nom, moins pittoresque et sans doute plus usité, de Pertus ou Parlas, est dans le Philomena, qui nous l'explique en disant que ce Malus Perl usas se trouve, en eflet, /;/ pessimo passa- Un seul des noms cités par l'Office ne se retrouverait pas dans le Philomena, celui de la plaine appelée Milel, où Charlemagne bat les Sarrasins, s'il ne f-iUait, sans doute, considérer ce nom comme né de l'altération d'un autre nom, qui était fourni à l'auteur de l'Office par le Philomena.

Nous avons déjà vu, qu'il était impossible d'identifier ce .Milel avec une localité existante, ou dont l'existence nous serait anciennement attestée. La localisation de cette plaine aux environs d'Llne nous a paru être une invention de l'auteur du Traclalns, qui, du fait que sur le lieu de la victoire, Charlemagne aurait construit le couvent de Saint-André de Sorède, en avait conclu que Milel lui-même devait être dans le voisinage de la ville d'Elne. C'est M. Schneegans, qui, le premier, a eu l'idée de rapprocher ce nom de celui d'une rivière mentionnée par le Philomena, que d'après une mauvaise lecture il appelait Mella et qu'il faut, comme il l'a reconnu depuis, appeler Niella, la Nielle, afBuent de TOrbieu. Nous croyons, en effet, que l'identification est certaine.

Non seulement le Philomena dit expressément, que la bataille.

livrée par Charlemagne aux Sarrasins en fuite, s'engagea d'abord sur les bords de la Nielle, apnd rivum Nielle ', mais, en outre, dans toutes les allées et venues des Sarrasins et des Français, entre les Pvrénées et Narbonne, c'est toujours de la Nielle qu'il est question, pour situer les combats, ou comme d'un point de repère -. L'auteur de l'Office, après avoir lu le Philomena, et lui empruntant l'idée d'un combat livré aux Sarrasins, ne pouvait le placer que sur les bords ou dans le voisinage de la Nielle. On s'explique, qu'un étranger, peu f\uiiilier avec la topographie du Narbonnais et ne connaissant pas ce que c'était que Niella ait pu parler de la plaine appelée Milet, ce nom pouvant être la corruption d'une forme telle que

Nielle.

On s'expliquera d'autant plus aisément l'erreur de l'auteur de l'Office, que M. Schneegans a relevé lui-même les formes très divergentes, données pour ce nom par les divers manuscrits latins et provençaux K Nous avons vu de même, que Florez et Villanueva, transcrivant le texte du Bréviaire dit de 1339, n'ont pas lu de même la leçon de l'Office, et que là, où l'un a lu Milel, l'autre a lu Nulet\ L'erreur de Villanueva nous aide à comprendre, comment, inversement, l'auteur de l'Office a pu faire Milet de Niella ou Nielle, qui se trouvent dans le Pseudo-Philomena.

Il n'y a à cette identification de Milet avec la plaine de la Nielle

I. Cf. Schneegans, op. ci t., p. 75, "O^e i, et son édition des Gesla Karoli Magni iuJ Carcassomwi et Narbouain, 746, 788, 794, ii9)' ^'^^•

2 A propos d'une première attaque des Sarrasins, qui, du reste, échoue, le Philomena mentionne, qu'ils arrivèrent per ripariam de Niela (édit. Schneegans 746). Roland, de son côté, venant rejoindre Charlemagne, campe la nuit apud Kiehtm (ihid., 788). Il barre la route aux Sarrasins in loco illo uhi Xiela cadit in Urbionem (ihid., 794). Dans le récit de la première poursuite, la bataille s'engage apud rivum Nielle {ihid., 1195). Lors d'une nouvelle attaque dirigée spécialenîent contre La Grasse, les moines mettent les Sarrasins en fuite usque ad Nielam. L'abbe Helvas, par ce qu'il faisait nuh, noluit transire Nielam {ihid., 1688 et 1700) et retourna alors au couvent. Mais racontant le fait à l'empereur il n'a garde d'omettre, que la poursuite a duré usque ad rivum Niele {ihid., 1757)-

5. Cf. Schneegans, op. cit., p. 59, où se trouvent relevées la forme latine Melhie et les formes provençales Vila et Melha.

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