Cf. siipni, p. i4cS
4. Cf. Lectio I. « Cupit'ns Siinctiis Karolm Mdi^niis heati Jacohi tuonitis obedire disposuit ire versus Ispauiain et eani catholice Jidei subjugare. Capta vero civitate Narboua et niuuita in qua Ispauia iuchoatur »
LES SOURCES DE l'oFFICE LITURGIQUE
porte de l'Espagne », et, quand il exposait, qu'après la prise de Carcassonne l'empereur conçut le dessein de conquérir l'Espagne, il expliquait, que la prise de Narbonne devait d'abord lui en ouvrir la route \ Dira-t-on, que c'est le récit épique, dont s'est inspiré le Philoniena, qui, avait le premier, manifesté ce souci de justifier et d'expliquer jusque dans ses détails le plan de campagne attribué à Charlemagne, et que l'Office, après le Philoniena, lui aurait emprunté les raisons imaginées par son auteur? Autant une pareille préoccupation est naturelle de la part de clercs, qui écrivent des récits du genre de l'Office et du Philoniena, autant elle aurait lieu de nous surprendre de la part d'un simple trouvère.
Et, de même, il n'est pas possible d'expliquer par l'imitation d'une même source la mention, commune au Philoniena et cà l'Office, du couvent de Saint-André de Sorrède. L'un nous raconte, à propos de la première fuite des Sarrasins, qu'après sa victoire in piano Rosselionis, Charlemagne fit ensevelir avec honneur tous les chrétiens morts dans le monastère de Saint-André ^ Dans l'autre \ le même couvent est mentionné à propos de la même victoire de Charlemagne, encore que dans des termes un peu différents. L'empereur n'y aurait pas fliit ensevelir ses morts, mais il aurait fliit bâtir l'église de Saint-André. Dans les deux cas, il s'agit d'un épisode édifiant et pieux qui aurait difficilement trouvé sa place dans le récit épique qu'on considère comme ayant été utilisé par le Philomena et par l'Office liturgique.
On voit, au contraire, comment et pourquoi la mention de ce couvent a été insérée dans le récit de la poursuite des Sarrasins par
1. « Modo est ita quod ipso adjuvaule proponiwus intrare Yspaniatu: sed tanien est hicprope quidam uolnlis civitas que Xarlxma nuucupatur et alie quaui plures citrn Yspaniaw que nos iufestaut quam phirimuni ; et si possewus dictani Xarlwiam caper? tntroitus Yspauie aperiretur et alie civitates ipsa devicta defacili vincereutur. » Édit. Schneegans, 88-93.
2. « EtJecitKaroluspostea omîtes milites Christiauos in monasterio Sancti Andreae honorifice sepeliri. » Édition Schneegans, 121 3.
3. Lectio IV. « ... Final iier obtenta Victoria in campo qui dicitur Milet, edificavit ecclesîam stib invocatione beati Andrée apostoli, in qua nwic religiosorum monasterium est constructum. »
vif irai—»
CHAPITRK V
l'auteur du Philomena. Il ne s'agit pas, en effet, d'un couvent quelconque, mais d'une abbaye, qui appartenait à ce monastère de La Grasse dont, avant tout, le Philomena se proposait de retracer l'histoire \ Il était naturel, qu'il fît passer Charlemagne dans cette dépendance de La Grasse, et qu'il la prît pour cadre de l'épisode édifiant de l'ensevelissement des morts. Il était non moins naturel, que Tauteur de l'Office, utilisant cet épisode, retînt ce nom de Saint- André et qu'éliminant la mention de la sépulture des chrétiens, il supposât que, pour les ensevelir, Charlemagne avait fiiit bâtir le couvent. La variante légère, introduite par lui, n'était pas pour choquer les Gironais, pour qui était écrit l'Office.
Ainsi, dans les cinq premières leçons de l'Office, ou du moins du début de ce texte à la mention de la manœuvre opérée au col de Panissas, il n'y a rien, si l'on excepte la prière à la Vierge et l'apparition de celle-ci, pas une indication topographique, pas une explication, pas un détail narratif, qui ne se retrouve dans le Philomena. Leur présence dans l'un comme dans l'autre s'explique tout naturellement par le caractère assez semblable de ces deux récits. Pour que l'hypothèse de M. Schneegans pût subsister, pour admettre l'existence d'une source commune, à laquelle chacun d'eux eût puisé directement, il faudrait supposer, que cette source n'était pas le récit épique, que M. Schneegans croyait pouvoir reconnaître, mais un récit d'un caractère tout différent et de tous points analogue à celui de l'Office et du Philomena. C'est à cette seule condition, que l'on pourrait expliquer toutes les ressemblances de ces deux textes et surtout leur nature.
Ht cela même ne suffirait pas à rendre compte d'une particula-
I. Le fait que le Philomena place ce cou\eiU de Saint-André en Roussillon prouve, qu'il n'a rien de commun avec un autre Saint-André, dont il est souvent question dans le récit, et qui n'est autre que Saint-André de Roquelongue, village situé à 20 kilomètres à l'est de La Grasse. Cl. Kempe, Die Orlsmimen ilcs Philomena, p. 59. Le couvent de Saint-André de Sorède était célèbre par son ancienneté et aussi par la qualité de ses vignobles. Cf. De Marca, Marca hispanica, p. 1 1. Une tradition rapportait, qu'il avait été fondé par un certain Miron sous le règne de Louis le Pieux. En tout cas, nous savons, qu'en 1 109 il avait été réuni à l'abbaye de La Grasse. Cf. Histoire de Laturueiioc. IV, pp. 342, 4)2, 479» 5^^ 779-
LES SOURCES DE L OFFICE LITURGIQUE
rite du texte de l'Office, que peut seule expliquer l'imitation directe, par le clerc de Girone, du récit du Philomena. Il y est dit, en effet, qu'en arrivant à Sa Clnsa, Charlemagne apprit, que Marsile « pour la seconde fois » s'y était enfermé, itenim fuisse inclusmn '. Or, dans les leçons précédentes, il n'est pas fiiit la moindre allusion à une tentative du même genre foite par Marsile. Dans ces conditions, il paraît difficile d'entendre le mot ilerum et M. Schneegans y a, en effet renoncé \ Sans doute, la copie de l'Office, que nous a laissée Villanueva offre ici une variante, mais nous croyons qu'il fout maintenir iternm donné par VEspana Sa^^rada et le considérer comme étant la bonne leçon ^
Or, des deux récits de la poursuite des Sarrasins contenus dans le Philomena, celui qu'a surtout suivi l'auteur de l'Office est le second. Auparavant, s'il n'a pas été dit, que, poursuivi une première fois par les Français, Marsile se fût déjà, et de même façon, enfermé à La Clnsa, du moins est-ce à La Clusa que s'arrêtait l'élan des Français ^ et est-ce de là qu'ils regagnaient La Grasse. S'ils reculaient ainsi, c'est sans doute qu'ils avaient rencontré là une résistance, et que Marsile avait profité de la position pour s'y enfermer, c'est-à-dire pour s'y fortifier. D'une façon assez naïve, l'auteur emploie du reste, pour désigner l'endroit, le nom, qui, la seconde fois, lui sera donné par Charlemagne en raison du fait que Marsile s'y était enfermé '. Un lecteur pouvait donc supposer, en voyant, lors de la seconde poursuite, que le roi sarrasin s'enferma à La Clnsa, que c'était la deuxième fois, qu'il usait du procédé pour arrêter la marche des Français. Viieiiim de l'Office paraît donc être une allusion directe à la poursuite des Sarrasins, qui a précédé celle que lui-même raconte. Or, le dédoublement de l'épisode a toujours été considéré comme
1 . Lectio IV. « El cum ad locutn qui dicitur Sa Clusa Sanctiis Karolus deveuis-
set, scivit reireni Marciliuni ilerum fuisse iuclu'sum. »