‹ Étude sur l'office de Girone et l'honneur de saint Charlemagne [microform]Chapitre 113 sur 114 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

En même temps, le silence de l'Office au sujet du roi Mahomet nous fournit un nouvel argument à la fois contre l'hypothèse de M. Schneegans, touchant l'utilisation par l'Office de la source du Pscudo-Philomcïuu et contre sa façon de concevoir ce récit poétique. Si l'auteur de TOffice ne s'était pas inspiré directement du Philomena, il n'avait aucune raison de passer sous silence le personnage, que mentionnait la tradition locale. Et si la source commune, que l'on attribuait à ces deux récits, avait contenu une Prise de Girone, puisque c'est à elle que le Pseiido-Philomena aurait emprunté le nom du roi Mahomet, on ne s'expliquerait pas, comment l'auteur de l'Office, utilisant à son tour et plus exclusivement cette narration de la prise de Girone, aurait ainsi éliminé ce personnage. Tout s'explique, au contraire, si l'on admet avec nous, qu'il n'a connu et utilisé que le Pseiido-Pbilomcna.

Ainsi, cette histoire, si peu véridique, de l'abbaye de La Grasse est bien la source, à laquelle a puisé. l'auteur de l'Office de Girone. On s'en était, certes, douté \ mais on ne s'en était jamais rendu compte, comme nous venons de le faire, et jamais, surtout, on n'avait eu l'idée, qu'elle était la seule source écrite utilisée par ce clerc.

On voit maintenant, comment il a procédé, et que, dans son récit, destiné à commémorer un fait imaginaire, la part de l'invention se réduit à presque rien. Si l'on excepte certains détails très secondaires, qu'il a pu imaginer ou du nu^ins modifier à son gré, il n'a rien raconté, que l'on ne racontât avant lui. Il a d'abord répété ce que tous ses contemporains croyaient, touchant cette prétendue prise de Girone. Il n'est intervenu, peut-être, que pour éliminer une donnée, qui pouvait sembler suspecte, afin de rendre son récit plus vraisemblable. Puis, pour dater autant que possible l'événement et aussi

r. CÂ. De Marca, \iaicahhpa)iicd, p. 2vO,.L't Dcniaison, Ayiueri ifc Xarhonne, I,

LES SOURCES DE L OFFICE LITURGIQUE

pour l'encadrer, il l'a rattaché à des événements sans doute légendaires, mais auxquels un long passé poétique avait donné comme un air de réalité. Seulement^ il n'a pas puisé à la légende même. Il a mis à contribution un texte, qui jouissait à ses yeux d'une grande autorité, et, comme avait fait pour le Pseitdo-Turpin l'auteur de l'office d'Halberstadt *, mais avec plus d'art, il a résumé dans ses leçons les données du Pseiido-PbiJowena. A part la prière adressée par Charlemagne à la Vierge et l'apparition de celle-ci, il n'y a guère que la manœuvre attribuée ci l'empereur, au col de Panissas, et où l'on reconnaît un auteur au courant de la situation réelle des lieux, qui soit vraiment de son iiivention. C'est le lien, qu'il imagine pour rattacher la poursuite des Sarrasins à la prise de Girone, les données du Pseiido-Phihmeua à celles des traditions locales. Entre ces deux sources, il n'y a pas de place pour une troisième, puisque aussi bien on ne voit pas ce qu'il aurait pu lui emprunter. Par suite, au point de vue de l'histoire poétique de Girone, l'Office liturgique n'a de valeur traditionnelle, que celle qu'on reconnaîtra à la léijende locale, dont nous avons essayé de déterminer les traits essentiels, et celle surtout, que l'on accordera aux traditions poétiques mises en œuvre, utilisées et, peut-être aussi, altérées par le Pscudo-Philomena.

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