CONCLUSION
L'étude qui précède nous a permis de préciser quelques points de rhistoire du culte de saint Charlemagne à Girone et aussi d'établir les rapports des deux textes, qui s'y rattachent le plus directement, l'Office liturgique en neuf leçons et le Tractatits de captionc Gerumie. A vrai dire, au point de vue, qui, surtout, nous intéresse ici, il n'y a que le premier qui soit important. L'autre n'en est qu'un remaniement, pour lequel on a utilisé différents éléments, mais non pas les traditions populaires ni les légendes poétiques.
L'Office liturgique seul concerne l'histoire poétique de Girone. L'étude, que nous venons d'en taire, ne résoud certes pas le problème, que celle-ci nous pose. Mais, si elle n'a pas établi le vrai rapport des deux légendes, qui constituent cette histoire, celle de Charlemagne et celle d'Hrnaut, du moins nous permet-elle d'athrmer que celle-ci, la plus récente, est toujours restée étrangère aux traditions locales. En 1315, malgré la célébrité conférée à Ernaut par l'immense popularité des chansons du cycle de Guillaume, et bien, que peut-être, ailleurs, le succès de sa légende ait rejeté dans l'ombre la tradition plus historique et plus ancienne qui attribuait à Charlemagne la prise de Girone, le personnage reste inconnu des Gironais. L'auteur de lOffice peut mettre en scène, à côté de l'empereur, des personnages secondaires comme Roland et comme Turpin, que ses compatriotes connaissent au moins de nom, il ne mentionne paslirnaut. Et cela au moins semble bien indiquer, que nous n'avons pas affaire à un héros local, dont la légende serait née au pays de Girone. C'est une forte présomption en fliveur de l'hypothèse, qui représenterait celle-ci comme d'origine française et surtout comme une légende purement littéraire.
En ce qui concerne l'autre légende, celle de la prise de Girone par Charlemagne, le fait certain, c'est qu'elle a été l'objet d'une croyance populaire, à laquelle, de tout temps et aujourd'hui encore, les Gironais sont restés fidèles. A quelle époque s'est-elle formée ? Il serait assez malaisé de le dire, puisque le premier texte, où nous trouvons sa trace, est le Chronicon RivipuUeusc, lequel est sans doute relativement récent. On peut cependant supposer, qu'elle prit corps à quelque distance du fliit historique assez différent, qui lui a donné naissance, postérieurement même au règne et à la mort de Charlemagne, au ix'^ ou x'^ siècle, au moment, où se constitue la double légende du héros et du saint. Il semble, en effet, que si c'est la conscience populaire, qui, à Girone, attribuai l'empereur la délivrance de la ville, la forme première, sous laquelle nous apparaît la légende, atteste l'influence de l'esprit clérical et dévot. Charlemagne prend Girone, mais avec l'aide de Dieu, et l'événement est marqué par des prodiges authentiques. C'est ce que raconte l'Office et ce que l'on croyait à Girone en 13-15.
Une autre question est celle de savoir, si cette légende purement locale eut accès dans la littérature, si les allusions, que la poésie ou des œuvres inspirées d'elle font à la prise de Girone par Charlemagne se rapportent bien à elle, ou bien, si, à côté de la légende locale, une autre légende, d'origine différente et purement littéraire elle aussi, ne s'est pas développée et peut-être sans lui rien devoir. A cette question non plus notre étude de l'Office liturgique ne saurait fournir de réponse. Il n'a connu et utilisé pour son récit de la prise de Girone que les traditions et les croyances locales. Tout ce que Ton peut dire, c'est que la mention du roi Mahomet par le Pseudo-Phi lomena semble attester, que, sinon l'auteur, du moins sa source connaissait la légende de Girone sous une forme inspirée des traditions primitives. Mais, si les allusions de la Kaiserchronik à la prise de la ville par le moyen de la famine se réfèrent, elles aussi, à un poème, procédant plus ou moins directement de la légende locale, il faut avouer, que celle-ci s'est dépouillée de tous les traits particuliers qui la constituaient, et qu'elle a été tout entière transformée par Tinfluence littéraire.
Coule r. — Olfice de Girone. lï
conc:lusio>c
La seule trace de cette influence littéraire sur la légende locale, telle que l'Office liturgique nous la montre constituée, pourrait être le rapport, qu'il établit entre le fait lui-même de la prise de Girone et les événements qu'il raconte comme l'ayant précédé. La légende est-elle, à cette date, incorporée à un cycle épique, racontant depuis le début l'expédition de Charlemagne à travers les Pyrénées orientales et la conquête de la Catalogne ? C'était la conclusion, que l'on pouvait tirer de l'étude de M. Schneegans et de sa façon de concevoir la composition de l'Office.
Nous savons maintenant, que, même sur ce point, le témoignage de l'Office est plutôt négatif. C'est l'auteur de l'Otfice lui-même, qui a créé le rapport, qu'il établit entre la prise de Girone et les événements antérieurs, et l'établissement de ce rapport ne saurait rien prouver de sa part, puisqu'il résulte de la mise bout à bout des données de la légende locale et de celles du Pscudo-Philomcua. S'il y a eu im cycle de légendes, relatives à l'expédition de Charlemagne en Catalogne, et si la légende de Girone s'y est incorporée, ce n'est donc pas l'Office liturgique, qui peut nous l'attester, mais uniquement le Pyriido-PhiloDicna.
Le résultat le plus net de notre étude est, sinon de renverser dès à présent, du moins de difiérer les conclusions, que l'on peut tirer de l'examen de FOffice liturgique. On avait cru pouvoir établir, qu'il supposait comme sa source, non pas une épopée, mais un groupe d'épopées embrassant la prise de Carcassonne par Charlemagne, celle de Narbonne et celle de Girone. On avait même pu se demander, si cette source n'était pas un recueil de poèmes épiques, écrits en provençal. La conclusion, à laquelle nous sommes arrivés touchant la composition de l'Office, nous oblige à reculer l'examen de ces questions et la réponse qu'il y faut faire.
Tout ce que nous pouvons savoir par l'étude de l'Office, c'est que l'auteur, en dehors de la tradition locale, n'a connu que le Pscudo-Philomoia. C'est donc à l'étude seule de ce texte, qu'il faut demander, si, réellement, il suppose l'existence de ce groupe d'épopées, et si ces poèmes étaient ou non des poèmes provençaux. En
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ce sens, l'érude dii Philomeua, qui, pourtant, n'atteste directement la prise de la \ille ni par Charlemagne ni par Ernaut, nous apparaît comme devant nécessairement constituer un autre chapitre de l'histoire poétique de Girone.
APPENDICE
APPENDICE
Nous croyons devoir reproduire le texte, jusqu'ici inconnu, d'un autre office de saint Charlemagne, découvert par nous dans un ancien bréviaire du secrétariat du Chapitre de Girone. On excusera les quelques lacunes, que nous laissons subsister, et qui tiennent, en partie, au mauvais état du manuscrit, et plus encore, aux conditions très défavorables, dans lesquelles nous avons pu en prendre connaissance. Tel quel, cependant, il nous permettra de reconnaître, qu'il était totalement étranger à la légende de Charlemagne a Girone et au diocèse lui-même de Girone. On remarquera seulement sa forme extérieure, identique à celle de notre Office : la VIP leçon en est absente, parce qu'elle était constituée par un fragment de TÉvangile, qui n'est pas indiqué.
rum ac Germaiiorum concurrit unde merito ad ipsum postea translatum est imperium.
Lectio V. — Hic ergo Karolus Pipini filius qui pro felicitatis magnitudinc ac nominatus est magnus.
Lectio VI. — [Coperito tune] fratre suo Karolo Magno regnavit post eum quadraginta septem annis. Karolus quidem nomen régis regalem accepit coronam.
Lectio VIL —
Lectio VIII. — Karolus Magnus vero in urbe Suesonica ergo Karo-
lus in solio regni Francorum gloriose sublimatus
de gente Francorum imperator magnificatus quoque est reges Francorum.
Lectio IX. — Qui fuerat diviciis, gloria et honore et nomine evocatus igitur Christi pugnator ad urbem Romam propter indignam Leonis
pape injuriam duodecimo ab urbe lapide et ab ipso Leone et
preclaris civitatis honeste suscipitur. r\ Te seculus.
3k if.
Lectio I. — Sanctus Arnulfus dum esset in juvcntute dux gcnuit Angisum ducem. Angisus dux genuit Philippum ducem seniorem qui genuit Karolum seniorem et ducem qui Karolus genuit Pipinum quem Stcphanus papa consecravit in regem. k\ Eugc serve.
Lectio IL — Pipinus igitur ex regali aula in regem pro-
motus qui in ecclesia Sancti Dionisii postea cum multa honorificencia luit tumulatus. i<. de conimuiii.
Lectio III. — Félix Victoria et successibus rcgumque Francorum eximius hujus filius extitit Karolus ex Berta filia Cesaris. n. O Sancte Karole.
Lectio IV. — Unde in imperio gentis Grccorum etiamque Romano-
Vu :
le 16 févriei' 1907,
Le doyen de la Faciillé des Lettres
de F Université de Paris,
A. Croiset.
Vu et permis d'imprimer :
Le vice-recteur de r Académie de Paris,