‹ Étude sur l'office de Girone et l'honneur de saint Charlemagne [microform]Chapitre 15 sur 114 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

saint' et la fcte, qu'elle institua en son honneur, date de 1345. Nous avons en effet l'acte authentique ', par lequel, cette année-là, un cvêque de Girone, nommé Arnaud de Montredon, ou de Montrond \ fonda dans sa ville épiscopale et dans tout son diocèse une fête annuelle, qui devait se célébrer le 28 janvier en l'honneur de saint Charlemagne. Ce document, pour nous infiniment précieux, nous donne les raisons, pour lesquelles cet évèque a voulu associer son diocèse au culte rendu un peu partout à Charlemagne. C'est qu'il était pour l'Espagne une sorte de héros national; ses luttes contre les Sarrasins avaient libéré, en partie, ce pays du joug musulman. Et, quant à Girone, elle lui devait, outre sa délivrance, sa dignité de ville épiscopale, puisque, d'après une tradition que nous examinerons plus loin, c'est Charlemagne, qui lui aurait donné son pre-

t't notamment les plus connus, ceux d'Halberstadt et de /iirich, dans Mij^ne, Ptilroloi^n'e latine, (^.LXIII, pp. 1 566, sq.

1. Gaston Paris n'avait aucune raison d'affirmer, comme il l'avait fait d'abord, que rOttice liturgique était chanté à (iirone dès le xiie siècle. (>!". Bibliofhcijui' de riiioleiies Chartes, 1864, pp. 92-95.

2. Ce texte a été publié intégralement par Rocher d'après le P. Fita, qui, le premier, l'a découvert dans un Liber Notiihuiini des archives de la cathédrale de Girone. Ci\ Rocher, op. cit., pp. 104 et 261, sq. Le P. Fita Ta établi en le comparant à une autre copie du même acte contenue dans une délibération du chapitre du 4 octobre 1546. Auparavant, on en connaissait une partie publiée par les Aetii Siiuctoriiw II, p. 59. Les passages les plus importants en sont reproJuits par M. Schneegans, op. cit., p. 54.

3. Cet évéque paraît avoir joué un assez grand rôle dans l'histoire de son diocèse. Il était, d'après Zurita, natif de la vicomte de Cardona (Cf. X'illanueva, Viaje literario, \\\\ 3), mais sa vie presque tout entière appartient à Girone. Il avait été chanoine de la cathédrale pendant 38 ans, de 1297 à 1335, et fut évéque de Girone de 1335 à 1348, date de sa mort. Non seulement pendant les années de son épiscopat, mais même durant son canonicat, il ne se passa pas dans l'église de Girone de fait important, où il n'ait eu la main (Cf. ihiiL, XIV, pp. 3-14). Sur son épiscopat le Martyrologe de l'église de Girone s'exprime en ces termes : k A7. Kal. Decemb. obiit probus vir Donipiiiis Arnaldus de Monleriwdo episcopns Gerutidensis anno Domini MCCCXLVlll. Qui iiiiuni presbiteruni instituit in Ecclesia Gerundensi et altenim Rupiani, item duos cereos ardere in praesentia crucifixi : et alios dnos ante

chuistri imai^inein ijnando processio fiel ibi Item fcstum corone

Domini ob reveroitiam ejnsdem Sanctiie Spinae in praesenti Ecclesia honorijice perma-

fientis Item Sancti Karoli qui banc ecclesiam dotavit : et pro ejus

festo omnibus de capitulo unum solidum.n Cité par Villanueva, Viaje literario, etc., XII, p. 300.

LE CULTE DE SAINT CHARLEMAGNE A GIRONE

mier évèque '. A vrai dire, si quelque chose surprend, quand on sait ce que racontait la légende de ses rapports iwi^c Girone, c est que cette ville ait attendu jusqu'en i M). P^ur payer à Charlemagne, devenu saint, la dette de reconnaissance, qu'elle s'était créée à ellemême en lui attribuant sa délivrance.

Villanueva explique l'initiative prise par Arnaud de xMontredon comme l'effet de sa trop grande crédulité \ Mais il n'était pas le seul à croire à la prise de Girone par Charlemagne. La tradition était, à cette date, établie depuis longtemps parmi ses concitoyens et plus d'un Gironais, aujourd'hui encore, la considère comme l'expression même de la vérité. L'évèque Arnaud pensait ce que tout le monde pensait autour de lui. Mais, de plus, il avait le désir d'enrichir le bréviaire de son église \ pourtant célèbre déjà par le nombre de ses offices particuliers ^. Il devait, par suite, tout naturellement, songer à saint Charlemagne, qui était, en un sens, un héros et un

1 C'est à cette tradition que fait allusion Arnaud de Montredon, quand il rappelle, entre autres mérites de Charlemagne, qu'il a fondé Téglise de Girone, son épouse : « Gerundensem ecclesiam sponsam nostram, necnon fere onnua mouachoriim cenobia nostre diocesis fundavit. »

2 « La fiesta que aqni se ln\o a este Rev como sanlo tiene un origen moderno y conocido que es la credulidad del obispo Arnaldo de Monrodo, el cual la instituyo en 1^4) como se dira otro dia » Villanueva, Viaje lite.rario, etc., XI, p. 162.

3. Déjà, en 1330, n'étant encore que chanoine de Girone, il avait été le pnncipal promoteur d'une léte nouvelle en l'honneur de la conception de la \ lerge. Cf. Lspana Sagrada, XLIV, pp. 54 et 58, et Villanueva, Viaje literario, etc^,XIII, p. 214. Devenu évéque, il institua deux nouvelles fêtes, celle de samt Charlemagne et une autre en l'honneur de la couronne d'épines. Cf. l'extrait publié p. 2''o,note 3,duMartvrologe deTéglisede Girone. L'institution de nouveaux offices était pour un évéque un titre de gloire, dont ses successeurs gardaient le souvenir. C'est ainsi que le même Martvrologe, à propos de la mort d'un évéque de Girone du nom de Béren-er, mentionne qu'on lui doit l'établissement de trois fêtes spéciales : « Vlll.ldus Fcbruarii anno Domini MCCLIIII apud Xeapolim ubi erat curia romana obiit Dompnus Berenaarius hujus sedis episcopus, de ordine Predicatorum qui tria /esta IXlectionum in bac Sede ordinavil et instituit solleniniter celebrari videlicet Festum Béate Katarine virginis, et bcati Dominici confessoris, ordinis Predicalorum primi institutoris^t S. Pétri Mart. ejnsdem ordinis ». Cité par Villanueva, F/fl;V //Vf ri/y/o, 'etc., XII, p. 295.

4. En eflet, pour l'importance de ses rites et de ses offices particuliers, la cathédrale de Girone avait, parait-il, mérité d'être appelée « madré de las ceremonias ». Cf. Villanueva. op. cit., XII, p. I9^

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