CHAPITRE
Il est probable, que, de son temps déjà, \'illanueva n'était pas seul à penser ainsi. Selon les tempéraments, certains s'indignaient sans doute, tandis que d'autres souriaient du culte, que (]irone continuait à rendre à Charlemagne. Le panégyrique annuel dut à beaucoup sembler excessif. Nous avons la preuve, que, peu d'années après la visite de \'illanueva, si l'habitude se conserve encore de prononcer un sermon, le deuxième dimanche de Carême, en l'honneur de saint Charlemagne, le caractère de ce discours est tout différent. Le nom du saint est sans doute prononcé, mais le panégvrique est devenu un sermon moral. C'est l'auteur de Vlispaiia Sai^nuia, qui nous atteste cette transiormation, et qui, publiaiu son ouvrage en 1819, nous donne la chose connue récente. C'est une transformation qu'il a vu s'accomplir sous ses yeux, par les soins, dit-il, du chapitre « actuel » ',
L'existence du culte de Charlemagne à Girone paraît désormais bien précaire*. Cette transformation, destinée, sans doute, à apaiser des scrupules, qui s'étaient manifestés, ne réussit pas à sauver d'une disparition complète l'usage de prononcer ce sermon. Un jour vint, où celui-ci disparut complètement du rituel de la cathédrale. Nous ne savons pas la date de cette diminution nouvelle du culte de (Charlemagne, mais il y a des raisons de croire, qu'elle est antérieure, au moins, à 1873. Aucun des chanoines du chapitre de Ciironenese rappelle avoir entendu prêcher le sermon en question. Mais déplus, d'un passage curieux de l'ouvrage déjà cité du P. Fidel Lita, on peut tirer la conclusion, qu'en 1873, année de la publication de son ouvrage, l'usage de le prêcher n'existe plus. Il se montre trois^é de ce qu'avait dit \'illanueva du culte excessif, voué par Girone à Charlemagne. A cet étranger il répond, en protestant de la fidélité de tous les Catalans à conserver le souvenir des services
de Ciimnc par Charlemagne lui-niènie doit être mise au nombre des tables. Ci', op. lit., XI 1, p. 1^7 et pp. 160- 161.
I. II constate la décadence du culte de Cliarlemagiie, qui ne subsiste plus que dans rOttice liturgique, tombé en désuétude, mais conservé par les Bréviaires, et dans l'usage de prononcer un sermon « ijiw ht ihislracion del ùihihlo uilihil convierte en M'niioii iiioni/ w. Hsjhiihi Siii^'iiiilii, XLIII, p. 77. Cf. Rocher, op. cit., p. 49.
la: CUI.TK DK SAINT CHARLEMAGNE A GTROXE
rendus par le saint empereur. Le culte, qu'ils lui ont voué, est si peu suspect au Saint-Siège qu'il permet que sa statue reste en bonne place, à la cathédrale, dans la chapelle même des Martyrs de Gii-one. « Il l'a toujours permis, dit le P. Fita, il n'a jamais songé à l'interdire, et ne l'interdira jamais '. » Il est intéressant de noter que, pour démontrer la persistance du culte de Charlemagne, il n'invoque que la présence delastatue du saint, sans parler du sermon moral prononcé, sinon en l'honneur, du moins en commémoration du saint. De son silence on peut légitimement conclure, qu'en 1873 et, selon toute vraisemblance, depuis longtemps déjà, ce sermon n'était plus prêché.
Une suprême désillusion, dut frapper le P. Fita, le jour, où, contre son espon* et malgré sa confiance dans la perpétuité du culte de Charlemagne, la statue de l'empereur, dont la présence était le seul vestige de ce culte, fut bannie de la place, qu'elle occupait dans la cathédrale. La mesure fut prise non par le Saint-Siège, mais par le propre évêque de Girone. Nous avons, en effet trouvé dans l'/^rr/j/ro de la cathédrale, un « liccrelo » de Don Tomas Sevilla y Gêner, évèque de Girone depuis 1878, et qui occupait encore le siège épiscopal, lors de notre visite en 1902, par lequel il enjoint au chapitre de faire enlever ladite statue de la chapelle des SS. Martyrs et de la placer en un endroit décent, mais non plus sur un autel \
Cet ordre fut donné à la suite d'une visite de la cathédrale, au cours de laquelle l'évêque avait remarqué la présence de ce dernier téinoin du culte. Les raisons invoquées sont le fait que Charlemagne n'a pas été régulièrement canonisé et que le culte, que lui avait voué Girone, avait été déjà condanuiépar l'interdiction de l'Office édictée par Sixte IV '. Le « decrclo ^) est du 2 mars 1883.
1. a Fins lira y en lo csdeveniiior. nicnlres aUra cosa no mani lu Scdc Roniaua {que no ni.uidrd) la eslafiia de Carloniagno ocnpant lo hell cini de la capella dcls quatre Sanis Martin, reh y rehra ivneracio légitima, lo inaleix que en ultras sens de la cristiandad catolica.» P. Fidel Fita, op. (•//., l^enaxensa, III, 224.
2. Nous avons vu, en etfet, cette statue dans une armoire d'une salle située entre VAula Capitnlaris et le secrétariat du chapitre. C'est une statue de bois peint, d'un art assez naïf et gauche, mais sans grand intérêt.
3. Voici les termes mêmes de ce document : « Xon constando la canonisai ion de
CHAPITRH II
Cette date marque la fin du culte de saint Charlemagne à Girone. Aujourd'hui, les chanoines de la cathédrale sourient un peu, quand ils parlent de ce saint et de la dévotion, qu'eurent pour lui leurs prédécesseurs. Mais ils continuent à croire, que Charlemagne a vraiment pris Girone ou qu'il l'a défendue contre les Sarrasins. Les mêmes, qui s'étonnaient devant moi, qu'on ait pu, dans leur église, célébrer un Office liturgique en l'honneur de lui, m'ont montré avec orgueil la tour de Charlemagne, et m'ont expliqué, à leur façon, la stratégie de l'empereur, lors du siège de la ville. La légende populaire et locale, qui était antérieure à l'établissement du culte, survit encore à sa disparition.
Tel fut le sort de la fête, établie au xiv' siècle par Tévêque Arnaud de Montredon. Sa destinée ne serait pas le chapitre le moins curieux de l'histoire de la canonisation et du culte de Charlemagne. Au point de vue particulier qui nous occupe, trois dates sont surtout à retenir, celle de l'institution de la fête en 1345, celle de la suppression de l'Office liturgique en 1484, celle enfin de la disparition complète du culte, condanmé définitivement en 1883 par Tévêque de Girone. Chacune d'elles a son importance pour l'étude du texte de l'Office et de sa tradition.
Carlo \îiior,n\ iiiiles ,// contrario rcsiiltauilo de documenlos fcJhicieatci que fue prohihiiio por t'I Papa Sixto IV cl cullo que por al^uu lieuipo se le tribulara eu uueslro catedral, se relirara la iinairen de aquel liniperador que existe en el altar de los cualie SS. Mart ires y y sedepositara en otro lu^^ar décente pero no en altar ali^nnio.»
CHAPLFRE III
LE TKXTE DE l'oFEICE LITURGIQUE
Le texte de l'Office liturgique, qui, en raison de son usage, pendant cent quarante ans, dans tout le diocèse de Girone, dut être répandu à de nombreux exemplaires, et figurer dans tous les bréviaires, ne nous a été cependant conservé que par l'un d'eux, lequel même, aujourd'hui, semble avoir disparu.
Nous avons déjà vu, qu'il se trouve dans le Bréviaire de 1339, et que, n'appartenant pas à sa rédaction primitive, antérieure à l'établissement de la fête de Charlemagne, il y avait été ajouté, probablement dès l'année 1345. Mais, on prétend qu'il figure dans plusieurs autres bréviaires, et la chose mérite d'être vérifiée, en raison de l'intérêt, qu'elle offre pour l'établissement du texte.
Le P. Fidel Fita, qui est l'un de ceux, qui connaissent le mieux les archives ecclésiastiques de Girone, et auquel M. Rocher, comme M. Schneegans, ont, de façon plus ou moins directe, emprunté les documents qu'ils citent, mentionne surtout, à propos de la tradition de notre texte, deux manuscrits. L'un est le précieux Bréviaire de 1339, contenant la « légende rituelle », c'est-à-dire l'Office liturgique proprement dit; l'autre est un manuscrit contenant « une autre légende plus développée et aussi plus ancienne \ »
lin réalité, ce dernier doit être, dès à présent, écarté. Il contient bien un récit de la prise de Girone par Charlemagne, mais la forme en est toute difierente de celle de l'Office. Il n'est pas rédigé en leçons, et était destiné non pas à être récité, mais à être lu. Il est, comme nous le dit le P. Fita, beaucoup plus développé que la rédaction de l'autre récit mais nous aurons à voir s'il lui est vraiment antérieur. En tout cas, il ne concerne en rien la tradition du texte de l'Office liturgique.