CHAPITRE ÏV
donne Bernard Cerda quand il parle des différentes Icctkmcs, usitées au jour de la fête de Charlemagne. Au lieu que dans ce dernier cas, il désigne expressément les leçons liturgiques, constituant les différents offices de saint Charlemaiine conservés dans le kuendariiim \ quand il appelle navaiii Icclionem le texte, qu'il reproduit en raison de sa nouveauté, le mot n\i pas d'autre sens que celui, plus général et plus étendu, de « texte » et de « récit ».
Il faut donc renoncer à cette dénomination de neuvième leçon, qui ne s'est jamais appliquée au texte transcrit par l'auteur du Vidimns. Quels que soient ses rapports avec l'Office liturgique, ce récit nous apparaît, dans la forme même où nous l'a transmis Bernard Cerda, comme un récit indépendant, ayant une destination différente et qui n'a jamais été un texte rituel.
Cette fliçon de comprendre ce récit se trouve confirmée par la découverte du texte complet, dont il n'est lui-même qu'un extrait. De tout ce qui avait été dit à son sujet, une seule chose subsiste, c'est qu'il est un fragment d'un récit qu'on croyait perdu. Il est d'autant plus curieux de le constater, qu'on ne s'était pas préoccupé beau-coup de le retrouver. Cependant Rocher, à propos de la fraternité des deux églises de Girone et du Puy, avait invoqué l'autorité du manuscrit, qui le contient, et vraisemblablement, sans l'avoir lu. Il citait en effet comme contenant les preuves authentiques de cette fraternité « un livre de la Confrérie contenu dans l'armoire n° 58 », et il renvoyait avec précision au folio 9 dudit manuscrit, où se trouve,
I. Si l'on se reporte en effet au texte de son Vidinius, on voit qu'il a trouvé dans le legemliirimn non seulement les leçons de Toffice, chanté pendant cent quarante ans à Girone, mais encore d'autres leçons, c'est-à-dire d'autres offices en l'honneur de saint Charlemagne. Aujourd'hui encore, au secrétariat du chapitre, on conserve un ancien bréviaire, où fiaiure la léle de saint Charlemagne, mais l'office est tout différent de l'office institué en 1 3.15 à Girone et sans aucun rapport avec la légende de la prise de la ville . Il se peut, que ce bréviaire et d'autres encore, aujourd'hui disparus, aient été rassemblés par l'évéque Arnaud de Montredon, alors qu'il se préoccupait d'instituer à Girone un culte analogue à celui, que d'autres églises avaient déjà voué à Chhrlemagne. Il aurait emprunté à ces bréviaires la forme générale de l'office, et aussi certaines antiennes ou certains hymnes chantés ailleurs. II n'y aurait eu de local et d'original que la légende dont il constitua les leçons. On trouvera à l'appendice le texte inédit de cet ot'lîce.
LE TRACTA TUS DE CAPTIOXE GERUKDE
en effet, le récit complet dont le Vidimns de 1561 nous a conservé l'extrait que l'on sait'. Comment a-t-il pu ne pas le reconnaître? C'est ce manuscrit, que nous avons retrouvé à-ànsV Archiva de la cathédrale, par hasard, le classement de ces archives étant beaucoup moins rigoureux, que ne le laisseraient supposer les indications si précises données par Rocher. C'est un beau manuscrit en parchemin, de o'" 37 de haut sur 0^25 de large, folioté de i à 33 et écrit en deux colonnes. L'exécution en est soignée et l'écriture paraît être du xv^ ou du xvi^ siècle, sans qu'il soit du reste possible de beaucoup préciser. Une note manuscrite, qui se trouve sur la reliure ne nous renseigne que très vaguement sur son âge. Elle se borne à dire : (( Liber istc aniiqiiissimus sed quia erat penc dirutiis rénovât us fuit anno Domini lyoS. » Il suffit d'examiner le corps du manuscrit pour constater, que la reliure seule est moderne et que c'est uniquement à elle, que s'est appliquée la restauration de 1708. Sur cette reliure en parchemin se trouvent en capitales le titre de deux des documents, vraisemblablement les plus importants, contenus dans le manuscrit.
INSTITUTIO COXFATRIAH (sic) BEATAE MARI AH ALMAE SEDIS (ÎERUXDENSIS. - TRACTATUS DE CAPTIONE GERUNDAE ET E'DIFICATIOXE IPSIUS CATHEDRALIS ECCLESIE COMODO KARO- LUS MAGXUS MAGXUS IMPERATOR EAM DOTA VIT ATQUE IN EA EPISCOPUM ORDIXAVIT.
La présence du Tractât us dans un même manuscrit, à côté de l'autre document, s'explique peut-être par le fliit, qu'il se rapporte, lui aussi, par certains côtés, au culte voué à la Vierge Marie par la cathédrale de Girone, et qu'il peut, dans une certaine mesure, passer pour un témoin de l'antiquité de ce culte. C'est Charlemagne lui-même, qui aurait dédié l'église à la Vierge ; c'est peut-être par là, que s'explique le choix, foit par lui comme évêque de Girone d'un chanoine du chapitre de Notre-Dame du Puy, et les relations certaines, qui, dès longtemps, ont existé entre ces deux églises. Nous verrons plus loin l'importance et le caractère, que les chanoines de Girone s'efforcèrent de donner à ces relations.