CHAPITRE IV
LE TRACTATUS DE CAPTIO\E GERUXDE
duire des allusions à la « fraternité » des deux églises et à son établissement par Charlemagne.
Au surplus, l'existence d'un récit tel que le Tractatus ne se comprendrait pas, si, à la même date, TOflice, qui se récitait solennellement, avait continué à ne pas raconter de même fiiçon l'origine des rapports des deux églises de Girone et du Puy. Il était même naturel, qu'on modifiât d'abord le texte, qui, par son caractère, avait le plus d'autorité et qu'on fît attester, en premier lieu, par l'Office liturgique, la « fraternité » des deux églises.
Il y a donc eu de cet Office une rédaction différente de celle que nous connaissons, et qui se distinguait de celle-ci, notamment par la mention de cette « fraternité ». C'est celle qui était récitée, en 1479, lors de la venue à Girone de Pierre Bouvier, et probablement depuis quelques années. C'est elle, que, tout naturellement, on lui présenta comme la preuve authentique des prétentions, qu'on voulait voir triompher. Le Traclciliis, écrit probablement à une époque, où l'Office liturgique n'était plus récité, par conséquent après 1484, et, peut-être, pour le remplacer au moins en partie, serait postérieur à la rédaction de cette seconde forme de l'Office liturgique et aurait pu l'utiliser.
Un dernier point, que l'on voudrait pouvoir éclaircir est celui de l'influence, que cette altération de la légende primitive a pu avoir sur le développement du culte lui-même de Charlemagne à Girone. Si l'objet de la visite de Pierre Bouvier fut bien celui que nous croyons, et si le clergé de Girone put se flatter de lui avoir produit un témoignage convaincant, il nesemble cependant pas, qu'à ce moment il ait réussi à se libérer de la sujétion, dans laquelle il se trouvait, au point de vue financier, à l'égard de Notre-Dame du Puy. Le fordoyen emporta bien une copie du document allégué, mais il n'est pas douteux, que, de retour au Puy, il n'en ait, avec ses frères du chapitre examiné sérieusement la valeur. En tout cas, il ne semble pas, que les prétentions de Girone aient été admises de suite.
La discussion continua, et, deux ans plus tard, en 1481, le même Pierre Bouvier revient à Girone. Sur cette seconde visite, nous n'avons pas les mêmes renseignements que pour la première \ mais l'on admettra, sans doute, avec nous, qu'elle eut le même objet et que Pierre Bouvier était venu défendre les mêmes intérêts. L'afl'aire, cette fois encore, ne semble pas avoir été réglée au gré du chapitre de Girone. Le texte, auquel nous avons emprunté la mention des <( cens et redevances » perçus à Girone par Notre-Dame du Puy, est en efl'et de l'année 1303 ^ A cette date encore, et malgré les efl'orts du chapitre gironais, un agent du Puy venait recueillir les revenus, que tirait l'église Notre-Dame du diocèse de Girone.
Mais ce qui peut-être plus encore atteste l'insuccès des prétentions de Girone, c'est la suspension, dont fut frappée la célébration de l'Office liturgique. Cest, en efl'et, en 1483 ou 1484, deux ou trois ans à peine après la seconde visite de Pierre Bouvier, qu'intervint le bref de Sixte IV, qui, sans désavouer le culte voué à Charlemagne par Girone, et, tout en laissant subsister la fête du 28 janvier, interdit, et à tout jamais, la récitation de l'Office liturgique \ Aucune des raisons, que l'on a données jusqu'ici pour expliquer cette mesure de rigueur, n'est admissible. Le Saint-Siège ne se préoccupait pas, comme on l'a dit S de l'unité liturgique, puisque ailleurs il n'entravait nullement la célébration du culte de Charlemagne, et il n'entendit pas non plus alors contester la régularité de sa canonisation, puisqu'il a toléré presque jusqu à nos jours, et à Girone même, qu'on traitât Charlemagne comme un saint authentique. Dans ces conditions, on est en droit de penser, que la mesure qui interdit la seule récitation de l'Office, dut être motivée, parce qu'on trouvait dans cet Office même quelque chose à reprendre. Et, comme pendant cent quarante ans, le Saint-Siège avait trouvé bon que l'on commémot^it comme un fiiit historique la prise de Girone par Charl^iia^^^e, il