‹ Étude sur l'office de Girone et l'honneur de saint Charlemagne [microform]Chapitre 79 sur 114 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pagnèrent la prise de Girone. Le Tractatiis raconte, que la croix apparue dans le ciel, au-dessus de la mosquée sarrasine, fut visible pendant trois heures, au lieu que, d'après TOffice liturgique, le phénomène dura quatre heures. De même, au lieu que celui-ci se borne à noter qu'il tomba une pluie de sang, dans l'autre récit le prodige se complique : chaque goutte de sang fait apparaître une croix. Si les deux textes avaient réellement puisé à une même source, on ne s'expliquerait pas ces variantes, et, en raisonnant comme M.Schneegans, si la leçon du Tracta/us éiïn celle même du modèle, on ne voit pas, pourquoi le rédacteur de l'Office s'en serait écarté. Il n'y a notamment aucune raison, pour que celui-ci eût fait durer quatre heures le prodige de la croix, si sa source avait seulement dit trois. Au contraire, on voit très bien les raisons, qu'a pu avoir l'auteur du Tractatiis pour modifier les données de son modèle, et qu'il a voulu en tirer les explications, à la fois symboliques et historiques, qu'il imagine pour ces prodiges. S'il fait durer l'apparition de la croix non pas quatre heures, mais trois heures, c'est pour que le prodige rappelle les trois jours, qui séparèrent la mise du Christ au tombeau et sa résurrection, c'est surtout pour qu'il annonce qu'au bout de trois jours Girone tomberait au pouvoir des chrétiens. Quant à la complication subie par le prodige de la pluie de sang, elle a surtout pour but de confirmer le sens attribué à l'apparition de la croix et aussi à rendre compte de certaines particularités de l'histoire de la cathédrale de Girone, ou se rapportant à celle de la ville voisine de Barcelone. C'était un fait, que, dans la cathédrale gironaise, il y avait un autel spécial de la Sainte Croix, qui attestait pour elle une dévotion toute particulière de la part des habitants. C'était un fait aussi, que Barcelone était placée sous l'invocation de la Sainte Croix, et avait dans son étendard une croix rouge. L'auteur du Tractaîus explique les deux taits par le double prodige, qu'il modifie, à son gré, pour lui faire signifier à l'avance ce qui, en effet, était de son temps '.

I. C'est pour la même raison, que, la ville prise, Charlcmagne, d'après le Jracltitus, fit célébrer deux messes d'actions de grâces, Tune en l'honneur de la Vierge, l'autre en l'honneur delà Sainte Croix, fondant ainsi, en quelque sorte, les deux principales dévotions particulières à la cathédrale de Girone.

LE TRACTAIUS DE CAPTIOXE G E RUS DE

Il n'est donc pas douteux, qu'il a de parti pris modifié sa source, que celle-ci fût, comme le croyait M. Schneegans, un récit très ancien et perdu, ou, comme nous le croyons plutôt, le texte de l'Office liturgique.

Si, pour les autres traits particuliers à ce récit, nous ne pouvons pas établir de façon aussi certaine, qu'ils sont des additions de l'auteur, du moins aucun d'eux ne nous oblige-t-il à le considérer forcément comme original. En outre, tous paraissent n'avoir d'autre raison d'être, que d'améliorer, d'éclaircir et de compléter le récit de

l'Office.

C'est ainsi, qu'en un endroit, le texte de TOffice, présentant un sens au premier abord difficile à admettre, le Traclatus élimine le mot qui crée l'obscurité. Dans le premier, il était dit, que Charlemagne arrivant à La Cluse apprit que Marsile s'y était enfermé pour la seconde fois, « itcnim fuisse inchisiim ». Le mot iierum est si peu clair, que M. Schneegans a renoncé à lui trouver un sens ^ Or, ne se retrouve pas dans le Tracfatus, qui se borne à dire, que l'empereur trouva le roi sarrasin enfermé à La Cluse. C'est très probablement que l'auteur n'a pas ,lui non plus, compris Yitenim.

Nous avons déjà vu, que certains traits semblaient avoir été ajoutés pour remédier à l'obscurité relative, que la concision extrême de l'Office liturgique laisse subsister dans tout le récit \ D'autres encore procèdent de ce besoin d'apporter partout de la clarté et de la précision. A propos de la position appelée « mont de Ramis » et qui est située au nord-ouest de Girone, sur la rive gauche du Ter >, le Tractaîus a soin d'ajouter qu'elle est ci une demi-lieue de Girone, « JHxta Gerundum ad dimidiam leucaui ».

De même, à propos de la localité appelée MiJet par les deux textes, et qu'on n'a pas pu identifier, le Tractaîus ajoute qu'elle se trouve à proximité de la petite ville d'Elne « juxîa quamdam civitaîem inodicam que vocatur Elna ». Mais cette fois, le renseignement.

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