‹ Étude sur l'office de Girone et l'honneur de saint Charlemagne [microform]Chapitre 92 sur 114 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LHS SOURCES DE L OEEiCE LITURGIQUE

pas utilisé la Chronique de Ripoll, à laquelle, étant donné son objet propre, il n'avait rien à emprunter. Il fliut donc, que son auteur ait connu, directement ou non, peut-être par l'intermédiaire d'un récit mis par lui à contribution, une tradition, qui opposait à Charlemagne, comme défenseur de Girone, le roi Mahomet. Ainsi, le caractère miraculeux de la prise de Girone et le rcMe attribué au roi Mahomet semblent bien être les deux traits essentiels de la légende, que la Chronique de Ripoll a suivie de préférence aux données de l'histoire.

On ignore, quelle fut la fortune littéraire de cette forme particulière de la tradition, et si la poésie héroïque adopta vraiment la version de la prise miraculeuse de la ville et le personnage de Mahomet. Cependant, au moins pour ce dernier, la mention, qui en est faite par le Pscudo-Philoiiicna, pourrait nous faire croire, que l'auteur de cette chronique, l'emprunta aux récits poétiques, qu'il a certainement utilisés '.

Kn ce qui concerne les auteurs de deux, manuscrits de Ripoll, il est du reste inutile de recourir à l'hypothèse d'un récit poétique, consacré à l'histoire de la prise de Girone. Deux clercs de Ripoll pouvaient parfaitement savoir ce qui se racontait à Girone touchant ce prétendu événement. Les deux villes étaient trop voisines, pour que les clercs de chacune d'elles n'aient pas eu d'étroits et fréquents rapports. I^nfin, rien n'empêche d'admettre, qu'un clerc ou qu'un moine de Girone, sans composer à proprement parler un CJmmicon Genindcnse, avait pu remanier une Chronique déjà existante, en V insérant, très brièvement, la mention des croyances populaires touchant la prétendue délivrance de sa ville par Charlemagne. Comme rien, par ailleurs, n'atteste le développement littéraire de ces traditions, il est légitime de considérer, qu'au moment où les a connues l'auteur de la Chronique de Ripoll -, elles n'existent encore qu'à l'état de légendes locales.

1 . On n'a pas encore précisé l'étendue des emprunts faits par lui à Tépopée, et la valeur des récits utilisés, mais ce qui ressort de l'étude de M. Schneegans, c'est qu'il n'a certainement pas inventé tout ce qu'il raconte. Xous comptons reprendre la question dans une étude sur la composition du Pscudo-Philomeiia.

2. 11 est certain notanmient que le prodige particulier à Girone, ajouté par

Quels que soient l'âge et l'origine des traditions littéraires, relatives aux rapports de Charlemagne et de Girone, il est certain, qu'il a existé une légende locale et c'est elle, que nous retrouvons dans le récit du moine de Ripoll. Il est également certain, que la forme, sous laquelle elle nous y apparaît, représente un état déjà relativement ancien. Sans doute, c'est sans raison que Rocher date du xii^ siècle la Chronique de Ripoll '. On ignore, de même, l'âge véritable du second manuscrit de Ripoll qu'a transcrit \'illanueva, mais il n'est pas douteux, qu'ils étaient l'un et l'autre antérieurs au xiV' siècle, et par conséquent antérieurs à l'institution de la fête de saint Charlemagne à Girone et à la rédaction de l'Office liurgique.

On peut donc affirmer, qu'en 1345, à Girone, la légende de la prise de la ville par Charlemagne existait déjà, caractérisée par certains traits, et qu'elle constitue la principale source, à laquelle a tout d'abord puisé le clerc, qui, sur l'ordre de l'évêque Arnaud de Montredon, composa l'Office. Sa qualité même de clerc nous confirme, qu'il a dû la connaître, car si l'origine de ces traditions est certainement populaire, il n'est pas douteux non plus, qu'elle avait, dans son développement, subi l'influence cléricale.

Sans doute, on ne peut, à ce point de vue, rien conclure des deux traits, que nous avons dégagés comme caractérisant la forme la plus ancienne, où la légende nous apparaît. Le personnage du roi Mahomet nous apparaîtrait plutôt comme un produit de l'imagination populaire. Et, quant au caractère miraculeux attribué à la prise de la ville, il n'est pas nécessairement d'origine cléricale ^.

l'auteur de la Chronique de KipoU à la mention des prodiges généraux, que lui ont fournie les autres chroniques, provient d'une tradition purement gironaise. De même, le rapport établi entre cette croix de feu apparue dans les airs et le transfert de la cathédrale est essentiellement un trait de la tradition locale, qu'il n'a pu connaître qu'à Girone ou par un document émané de là.

1. Cf. Schneegans, op. cit., p. 76. Dans une note, M. Schneegans suppose que Rocher tient le renseignement du P. Fita, qui, en effet, lui en a fourni bien d'autres. Mais cette façon de dater la Chronique supposait une étude, que nous ne savons pas avoir été faite par le P. Fita. On ne sait rien de plus touchant ce manuscrit que ce qu'en a dit l'éditeur des Moiuinicnta Gcnminiae historien.

2. Cf. Turpiiii, Historia Karoli Mao ni, édition Castets, p. 4.

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