‹ Étude sur l'office de Girone et l'honneur de saint Charlemagne [microform]Chapitre 93 sur 114 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Sans doute, c'est le Pseiido-Tiirpiu, qui raconte, comme Ton sait, la chute des murs de Pampelune ' et c'est une autre chronique monacale, qui rapporte que la prise de Carcassonne par Charlemagne fut due à un miracle analogue. Mais le peuple lui-même était, dès longtemps, accoutumé à se représenter l'empereur comme un saint, qui opérait des prodiges et le Roland nous le montrait renouvelant le miracle de Josué et arrêtant le soleil dans sa course^ afin de pouvoir, à loisir, compléter sa victoire sur les Sarrasins. Il se pourrait donc que d'eux-mêmes, les Gironais aient imaginé la délivrance de leur ville comme ayant été marquée par une intervention divine.

Mais l'influence strictement cléricale se marque dans la forme particulière attribuée à ces prodiges. La croix de feu n'apparaît dans les airs que pour indiquer la place de la future cathédrale et pour expliquer son transfert, c'est-à-dire pour rendre compte d'une circonstance curieuse de l'histoire de l'église de Girone. En efl^et, si, aux yeux des Gironais, Charlemagne était le sauveur de la ville, pour les clercs de Girone, il était celui, qui avait sinon bâti, du moins installé la cathédrale, et qui avait fiit la plupart des fondations pieuses du diocèse. La légende du bienfaiteur de l'église devait être, aux yeux du clergé, aussi chère que celle du conquérant, et ce sont peut-être ces mérites particuliers, que voulut surtout commémorer Arnaud de Montredon. L'intérêt clérical collabora avec l'amourpropre et l'orgueil des Gironais pour conserver pieusement la légende de Charlemagne à Girone. C'est une tradition, cléricale autant que populaire, que l'auteur de l'Office liturgique avait à fixer.

Il lui emprunta naturellement tout ce qu'il pouvait. Il releva soigneusement les lieux, par lesquels cette tradition locale faisait passer Charlemagne et ceux, auxquels son nom restait attaché, pour les relier ensuite par un itinéraire vraisemblable. C'est ainsi, que venant du Nord, Charlemagne arrive d'abord au Mont de Ramis. La vraisemblance n'est sacrifiée, que quand un intérêt supérieur l'exige.

I. Cf. Gesla Karoîi Magui ad Caicassouam et Naihonaniy édition Schneegans, 1, 55.

LES SOURCES DE L OmCE LrPURGiaUE

Comme il faut rattacher à l'expédition de Charlemagne la fondation du couvent de Amer, l'empereur s'engage à l'ouest dans le Val d'AstoU, passeàSen Madi, pour de là gagner Amer, où il aurait, dit-on, battu les Sarrasins. Il revient ensuite vers Girone et campe sur la Bariifa, où se trouvait la fontaine, qui, depuis, porta son nom '. C'est de là qu'il dirige le siège, qui, avec l'aide divine, eut pour etfet la prise de la ville. Toute cette topographie exacte et précise atteste, que nous avons affaire à un Gironais, comme l'énumération de tous les couvents, églises, chapelles et autels soi-disant fondés par Charlemagne nous montre, que ce clerc était au courant de la plupart des traditions monastiques du pays. Mais il se pourrait, que, sur ce point, l'auteur ait développé les indications de la légende, et qu'il ait, pour servir certains intérêts, grossi la liste des fondations de Charlemagne. Il répondait, du reste, en cela à la pensée de l'évêque Arnaud de Montredon, qui considérait Charlemagne comme ayant fondé presque toutes les églises et couvents de son diocèse ^ Sur la prise elle-même de la ville, il se conforme strictement à la tradition locale. Il rapporte, comme elle, qu'elle fut marquée de différents prodiges et qu'elle fut l'effet d'une intervention de la toutepuissance divine. Tout au plus, essaie-t-il d'expliquer et de justifier cette intervention, en supposant qu'elle ne s'est produite, qu'après que les efforts personnels de Charlemagne furent longtemps restés vains. On peut, en effet, considérer, que, comme la bataille livrée à Amer, les combats et les assauts prétendus, qui précédèrent la chute de la ville, sont de l'invention de l'auteur. Il les mentionne, du reste, aussi brièvement que possible, et c'est tout ce qu'il ajoute de lui-même à la tradition. Pour le détail des prodiges, il s'en tient aussi à ce qui se racontait autour de lui. Le plus important, au point de vue local, est l'apparition de la croix de feu, et, quant aux gouttes de sang, si elles paraissent rappeler la pluie de sang, qui est relatée à la fois par la Chronique de Ripoll et par les autres annales, il est cependant inutile de supposer, que l'auteur en a emprunté

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