CHAPITRE V
LES SOURCES DE L OFMCH LITURGIOUE
rOffice à un récit plus étendu dont il s'était inspiré et ^dans- lequel ils jouaient, en effet, un plus grand rôle ^
C'est aussi ce que nous admettons, mais nous verrons, que cette source ne lui a rien fourni touchant la prise de Girone proprement dite, et que, d'autre part, si elle-même a dû beaucoup à l'épopée, elle ne saurait, à proprement parler, passer pour une source épique. L'auteur de FOfHce ne l'a même sans doute utilisée, que parce qu'il la considérait comme un texte non poétique, mais historique. En tout cas, il n'est pas besoin d'expliquer par une imitation de l'épopée la mention de deux personnages comme Roland et comme Turpin. Outre que leur popularité leur avait presque conféré une réalité historique, ils figuraient dans un certain nombre de récits, tels que le Pseiido-Turpiu, dont le caractère clérical suffit à expliquer qu'ils aient pu être mis à contribution par le clerc de Girone. Rien donc, dans les trois leçons VI, VIII et IX de l'Office, qui racontent spécialement la prise de la ville, ne nous oblige à supposer que l'auteur a eu recours aux traditions et aux récits poétiques. Pour cette partie de sa narration, sa seule source a été la légende locale. Il a raconté l'événenement, comme on croyait autour de lui, qu'il s'était en effet produit, et, à vrai dire, il ne pouvait le raconter autrement.
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Il est vrai, d'autre part, que ce récit de la prise de Girone n'occupe dans l'Office que la moindre partie. Au contraire cinq leçons sont consacrées tout entières à relater des événements, qui, sans doute, forment le prologue de la prise de Girone, mais qui, en fiiit, étaient étrangers à l'événement, et pour lesquels la légende locale n'avait pas établi le rapport, qui nous est attesté par l'Office.
Pourquoi, en effet, se serait-elle préoccupée de rattacher la prise de Girone à des f-iits, qui n'intéressaient pas directement l'histoire de la ville ? Il suffisait aux Gironais de savoir assez vaguement, que
jadis Charlemagne était venu délivrer l'Espagne des Sarrasins, et, sans chercher quelle place dans l'expédition avait occupé la conquête particulière de leur ville, ils affirmaient, qu'elle était au nombre de celles, que Charlemagne en personne avait libérées. Au contraire, si l'auteur de l'Office a vraiment voulu donner une version vraisemblable et, en un sens au moins, officielle de cet événement, il était naturel, qu'il cherchât à l'expliquer et, sinon à le dater de façon précise, du moins à le situer dans l'histoire, en le rattachant expressément au fait historique de l'expédition de Charlemagne en Espagne.
La chose, sans doute, eût pu être malaisée, s'il s'en était tenu aux données de l'histoire réelle. Celle-ci ne connaît, en efiet, que la très courte campagne de 778, qui eut pour épilogue Roncevaux, et dont le théâtre était trop éloigné de Girone, pour qu'on pût y rattacher avec vraisemblance la prise de cette ville. Mais la légende avait, de bonne heure, non seulement grossi démesurément l'importance de cette expédition, mais elle l'avait, en quelque sorte, dédoublée. Elle avait imaginé une seconde expédition, qui aurait conduit l'empereur à travers la partie orientale des Pyrénées, pour l'amener en Cerdagne et en Catalogne, dans le pays de Girone \ Et la légende, en raison de son extrême diffusion, passa bientôt pour de l'histoire.
Au surplus, de quelque autorité, dont, sur ce point, elle ait pu jouir, il est inutile de supposer, que l'auteur de l'Office liturgique ait eu recours à elle et qu'il lui ait emprunté la matière des cinq premières leçons et ce prologue de la prise de Girone. Il y avait des récits, auxquels tout le moyen âge accorda la plus grande autorité, et qui, n'ayant le plus souvent utilisé que des légendes, passèrent pour des textes historiques, en raison de leur origine et de la personnalité présumée ou réelle de leurs auteurs. Les scrupules, qui pouvaient empêcher l'auteur de l'Office de mettre à contribution les récits et les légendes poétiques, ne devaient pas lui interdire de se référer à un texte tel que le Pseiido-Turpin. '
L'a-t-il réellement fait, et cette chronique est-elle vraiment,