‹ Étude sur l'opération de PorroChapitre 17 sur 17 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Observation 1.

Tumeur fibreuse opposant un obstacle absolu à l’accouchement. Opération césarienne, suivie de l’ablation de l'utérus et des ovaires, d’après a méthode de Porro, Mort. (Observation publiée dans les Annales de gynécologie, août 1879.)

M'"® X..., primipare, âgée de 33 ans, de bonne constitution, habituellement bien portante, a quelquefois ressenti un peu de lassitude dans le bas-ventre ; depuis deux ans elle est atteinte d’une hernie inguinale gauche, qui est maintenue par un bandage.

Les règles apparues pour la première fois à 12 ans sont, depuis cette époque, venues rgulièrement tous les vingt-sept jours. La première menstruation a eu lieu du 17 au 21 avril 1878. Rapprochements sexuels le 22 avril, le 30 avril et le 19 mai.

A partir de la fin de mai, M™® X... éprouve tous les symptômes d’une grbssesse.

Le D'' Reinvillier, médecin de Mme X..., après avoir constaté l’existence d’une tumeur fibreuse, occupant l’excavation pelvienne, demande l’avis de son confrère M. Tarnierqui, le 16 janvier 1879, examine la malade pour la première fois, et exprime de grandes craintes sur l’issue probable de l’accouchement.

Le 18 janvier, les D’’» Depaul, Reinvillier, Tarnier, réunis en consultation, constatent les faits suivants : le ventre est volumineux; le fond de l’utérus remonte jusqu’à la région épigastrique. Par le palper, on sent facilement le fœtus qui se présente par l’extrémité cœphalique ; sa tête est située dans une espèce de loge saillante, que l’utérus forme au-dessus et un peu en avant du pubis. Les battements du cœur fœtal sont nettement perçus.

En pratiquant le toucher, on trouve une énorme tumeur fibreuse qui remplit toute l’excavation pelvienne et refoule le col de l’utérus en haut et en avant, derrière le corps du pubis où il est difficilement accessible au doigt. Cette tumeur est peu mobile.

Une autre tumeur fibreuse, moins volumineuse que celle dont

nous venons de parler, occupe la paroi latérale gauche de l’utérus où elle est sentie par le toucher abdominal.

D’un commun accord, il fut convenu qu’il fallait attendre et que, peut-être, pendant le travail de l’accouchement, les contractions utérines déplaceraient la tumeur, ainsi que MM. Depaul et Tarnier l’avaient vu plusieurs fois dans d’autres circonstances. Si ces espérances ne se réalisent pas, on devra pratiquer l’opération césarienne.

Au sortir de cette consultation, M. Tarnier, pour parer à toute éventualité, prit toutes les dispositions nécessaires pour une opération de Porro, et prévint les aides dont il avait besoin.

Mme X... fut placée à Neuillj, dans une maison de santé où elle continua à recevoir les soins du D‘‘ Reinvillier.

Le 17 février 1879, la malade étant arrivée au terme de sa grossesse, ayant peut-être dépassé ce terme de quelques jours, les membranes de l’œuf se rompirent et du liquide amniotique, teinté de méconium, s’écoula en abondance. Quelques contractions utérines apparurent pour disparaître bientôt.

Même état les trois jours suivants.

Le 21. Des mouvements de l’enfant cessèrent et la disparition des battements du cœur fœtal ne laissa aucun doute sur la mort de l’enfant.

Le 22 et le 23, il y eut du malaise, quelques petits frissons, des vomissements, et le liquide qui s’écoulait par le vagin devint progressivement fétide.

Le 23. Le pouls s’éleva à 120.

Le 24. Même état. De plus, la langue est sèche ; des gaz se sont développés dans la cavité utérine où ils rendent un son tympanique quand on percute. L’utérus ne se contracte pas, le col reste fermé et la tumeur fibreuse occupe toujours l’excavation pelvienne où elle est immobile, mais il est évident que la malade présente tous les symptômes de l’infection putride et que sa vie est en danger.

Le même jour, à deux heures de l’après-midi, on pratique l’opér ration césarienne en présence de MM. Reinvillier, Dumont-Pallier, Guéniot, Duplay, Léon Labbé, Polaillon , Lucas-Championnière, Pinard, Budin, Champetier de Ribes, Maygrier.

Le chirurgien et ses aides se lavent les mains dans de j’eau phé-

niquée. La paroi abdominale et les parties génitales de la malade sont lotionnées avec une solution d’acide phénique et, pendant toute la durée de l’opération, un appareil de pulvérisation lance sur tout le champ opératoire un nuage d’eau phéniquée ; chloroformisation.

Après avoir incisé largement la pai’oi abdominale sur la ligne médiane, M, Tarnier engage ses aides à presser le ventre sur les parties latérales, pour faire sortir hors de l’abdomen l'utérus et ses annexes, suivant la modification apportée par Rein et Millier à l’opération dePorro. Ce résultat est bientôt obtenu, et tous les assistants remarquent le volume énorme des vaisseaux qui des ligaments larges se rendent à l’utérus, et l’existence d’un cordon de la grosseur d’une plume de corbeau, libre de toute adhérence sur un trajet de 8 centimètres, s’insérant par une de ses extrémités sur l’utérus, et par l’autre sur le ligament large.

Ce cordon, de couleur rouge, et ressemblant d’une manière frappante à un ver de terre, est constitué par une veine turgescente. Ce cordon vasculaire dont la ruptui’e eut pu donner lieu aune hémorrhagie considérable, est excisé entre deux ligatures préalables.

Pour plus de sécurité, une ligature est jetée de chaque côté sur le ligament large qu’elle traverse, de manière à étreindre les gros vaisseaux utérins dont il a été parlé plus haut.

L’utérus est alors incisé ; au moment de cette incision des gaz fétides s’échappent en abondance de la matrice, et M. Tarnier fait l’extraction d’un fœtus et d’un placenta déjà putréfiés. Le tissu conjonctif de l’utérus est verdâtre et infiltré.

La surface interne de l’organe est manifestement en putréfaction.

L’enfant, de sexe masculin, pèse 4 kil. 500 gr. Malgré les ligatures préalables, du sang, eu notable quantité, s’écoule par la plaie utérine; il est arrêté par des pinces hémostatiques.

Par des tractions modérées, on essaye de faire sortir de l’excavation pelvienne la tumeur fibreuse qui y est engagée, mais ces ti’actions sont inutiles. En glissant la main à côté de cette tumeur, ôn reconnaît qu’elle est fixée au fond du petit bassin par des adhérences si puissantes qu’il est impossible de les rompi’e.

RestaiPà enlever l’utérus ; mais la tumeur, qui plongeait assez

liant sur la face postérieure de la matrice, mit un p;rand obstacle à ce temps de l’opération. Fallait-il placer un fil de ter constricteui au-de.ssus de la tumeur? Après avoir posé la question et consulté ses aides, M. Tarnier prit le parti d’éviter la partie centrale de la tumeur et de n’eu laisser subsister que lacoque extérieure. Fn incisant la tumeur ou on trouva le tissu ramolli et parsemé de cavités contenant un liquide putride. Un fil de fer serré à 1 aide du constricteur de Cintrât fut fixé à l’union du corps et du col de l’utérus, et une broche fut placée au-dessous de ce fil de fer. Le pédicule comprenant, non-seulement l’utérus, mais l’enveloppe de la tumeur fibreuse, fut maintenu au dehors. Le coi’ps de l’utérus et les ovaires furent ensuite excisés à un centimètre au-dessus de l’anse formée par le fil de fer.

La paroi abdominale fut suturée avec des fils d’argent, au-dessus et au-dessous du pédicule; on fit le pansement de Lister et on reporta la femme dans son lit. Trois jours après, elle succombait avec les symptômes d’un empoisonnement septique.

Observation II.

Opération césarienne, suivie de l’ablation de l’utérus et des ovaires, d’après la méthode de Porro, faite à la Maternité, le 20 mars 1879, par M. Tarnier. Pansement de Lister. Guérison (Observation personnelle).

Marie Condat, couturière, âgée de 36 ans, entre à la salle d’accouchements de la Maternité, le 10 mars 1879, à 11 h. 45 minutes du matin.

Cette femme présente toutes les traces du rachitisme. Sa taille est de 1 m. 23 cent. Les membres supérieurs sont courts, les avantbras incurvés, les mains petites, les doigts courts. Les membres inférieurs sont très déformés; les tibias sont incurvés et décrivent une double courbure, l’une a convexité antérieure, l’autre à convexité externe ; cette dernière est surtout prononcée à la partie inférieure de l’os, en sorte que les pieds ne peuvent être rapprochés l’un de l’autre, et sont déjetés en dehors. Le thorax est bien conformé, la colonne vertébrale n’est pas déviée.

On retrouve des traces de rachitisme dans la face, dont le front Maygrier. 5

6st laige, bombé, Sciillant on avant. Los dents maiif|uont presc|ue toutes ; celles qui restent sont cariées. '

Voici les renseignements que nous obtenons sur les antécédents i

de la malade : '

Elle a marché d assez bonne heure, vers l’âge d’un an, mais elle ;

est tombée malade à deux ans et a dû garder le lit deux années.

Elle n a pu recommencer à marcher qu’à l’àge de sept ans et avec des béquilles. Depuis, elle marche toujours avec ses béquilles, mais elle peut s’en passer pour aller et venir dans sa I chambre. » :

A l’âge de 18 ans, elle dit avoir eu une fièvre qui l’a retenue trois ? j mois au lit.

Elle est d’une santé chétive et est sujette à de fréquents accès ^ j d’hystérie. v|

Elle a été réglée pour la première fois à l’âge de 14 ans ; depuis elle a eu des époques menstruelles très l’égulières, durant chacune deux jours environ.

Elle affirme n’avoir eu qu’un seul rapport sexuel dans les dernière jours du mois de mai 1878, mais elle ne peut préciser le moment où elle a senti remuer son enfant pour la première fois; bien plus, elle ne se croyait même pas enceinte, car elle a eu ses règles comme d’habitude en juin, juillet, août, septembre 1878; elles ont vi

cependant disparu en octobre, et, inquiète, elle a consulté un mé* ,

decin qui a méconnu la grossesse.

Le dimanche, 16 mars, elle a ressenti des douleurs lombaires excessivement vives; ces douleurs devinrent telles qu’elle envoya chercher le médecin du bureau de bienfaisance qui lui ordonna le repos au lit; les douleurs de reins continuèrent le lundi 17; puis le 18, vei’s 8 heures du matin, elle se sentit subitement mouillée et perdit une notable quantité d’eaux; les douleurs diminuèrent un peu. Le même fait se renouvela le lendemain, mais en même temps les douleurs lombaires reparurent très violentes.

Un autre médecin fut alors appelé ; il constata la grossesse et envoya la malade à l’hêpital Beaujon, d’où on la dirigea immédiatement sur la Maternité, où elle arriva le 20 mars, à 11 h. 45 m. du matin.

Examen à l’entrée : le ventre est volumineux, la paroi abdomi

nale assez épaisse ; l’utérus se contracte fréquemment sous la main, ce qui rend presque impossible le diagnostic de la présentation par le palper; on croit cependant reconnaître une présentation du sommet en O. I. Gr. A, L’auscultation ne dénote l’existence d’aucun bruit fœtal. Au toucher on sent le col ramolli, mais ayarft encore une certaine longueur ; l’orifice externe est un peu entrouvert. Le doigt sort teint de méconium.

Le bassin mesure 6 centim. dans son diamètre sacro-sous-pubien; de plus, les parois antérolatérales de l’excavation pelvienne sont fortement déprimées et font saillie en dedans; 1 enfoncement antéro-latéral est plus considérable à gauche qu’à droite.

Il s’agit d’un bassin rachitique pseudo-ostéomalacique, frappé d’arrêt de développement, rétréci dans tous ses diamètres.

Après cet examen, M. Tarnier conclut à l’impossibilité de pratiquer une opération à travers un canal pelvien aussi étroit et se décide à faire l’opération césarienne.

L’opération a lieu le 20 mars à 3 heures et demie de l’aprèsmidi. Elle est faite dans l’amphithéâtre ordinaire des opérations, en présence des élèves, parM. Tarnier, assisté de MM. Polaillon, Lucas-Championnière, Berger etBudin.

Après avoir vidé le rectum et la vessie, on fait dans le vagin Une injection avec une solution phéniquée au vingtième ; on lave avec la même solution la paroi abdominale et les parties génitales externes, sur lesquelles on applique une compresse phéniquée. Un pulvérisateur à vapeur projette une pluie fine d’eau phéniquée pendant toute la durée de l’opération.

La malade est chloroformée, et, à 3 heures et demie, M. Tarnier incise la paroi abdominale sur la ligne médiane. Cette incision aune longueur de 15 à 16 centimètres environ; elle s’arrête à trois travers de doigt au-dessus du pubis et remonte à deux travers de doigt au-dessus de l’ombilic, qui est contourné avec le bistouri.

Pendant cette incision, des pinces à pression sont placées immédiatement sur les vaisseaux de la paroi qui donnent du sang.

L’utérus, qu’on laisse dans l’abdomen sans l’attirer au dehors, est ensuite ouverte par sa face antérieure sur la ligne'médiane. Quand cette incision est terminée, ou. voit apparaître un bras au

dehors; M. Tarnier introduit alors la main dans la plaie utérine, va chercher les pieds et fait assez facilement l’extraction d’un enfant mort, du sexe féminin, du poids de 3,320 grammes, d’une longueur de 0,51 centimètres. La mort paraît remonter à deux ou trois jours ; le foetus exhale déjà une odeur fétide.

Le placenta est ensuite décollé ; il pèse 600 grammes. A ce moment, on fait une injection d’ergotine Yvon dans la paroi abdominale, et M. Tarnier se demande alors s’il doit se borner à l’opération césarienne ou s’il doit enlever l’utérus. Il se décide à faire l’opération de Porro, à cause de l’écoulement sanguin (400 gr.) cpii se fait par la surface interne de l’utérus ; le chirurgien attire hors de l’abdomen l’utérus et ses annexes. Une anse en fil de fer est appliquée avec le constricteur de Cintrât autour de l’utérus, à l’union du col et du corps ; une broche en acier est enfoncée transversalement dans le tissu utérin, juste au-dessus de cette anse, et un second fil est placé de la même façon que le premier, immédiatement au-dessus de la broche. 11 y a’ ainsi deux ligatures métalliques superposées et séparées l’une de l’autre par une broche métallique qui se trouve solidement assujettie entre les deux fils de fer.

Puis l’utérus est sectionné avec le bistouri au-dessus de la dernière anse placée. Le pédicule est maintenu au dehors et on suture la paroi abdominale avec des fils d’argent ; il y a quatre sutures profondes et deux superficielles.

Le pansement est fait suivant la méthode de Lister.

La partie qui a été enlevée pèse 650 grammes ; elle contient le corps de l’utérus, la trompe et l’ovaire droit, la trompe et une partie de l’ovaire gauche ; l’autre partie de cet ovaire est restée adhérente au pédicule au-dessus du fil de fer le plus superficiel.

L’opérée est transportée dans l’annexe de la salle Sainte-Elisabeth, où elle est isolée des autres malades.

Le 20 mars. Jour de l’opération.

A 5 heures du soir, 136 pulsations ; la température est de 36,5. La malade a recouvré ses sens, mais est encore sous l’infiuence du chloroforme et délire un peu.

A 8 heures, elle est prise d’une envie d’uriner qu’elle ne peut

satisfaire ; on la sonde et on retire de la vessie 60 grammes d’urine claire.

A 8 heures et demie, visite de M. Tarnier ; la malade est très calme ; son pouls est à 120 ; la température à 37.

Vers 9 heures, elle s’endort d’un profond sommeil.

Prescription. Repos absolu dans le décubitus dorsal, la tête légèrement élevée ; toutes les heures, une cuillerée de vin de Champagne. La température de la salle est maintenue à 16®

A 11 heures du soir, le sommeil est calme ; il y a un peu de sudation.Le pouls s’est encore abaissé: 116 pulsations ; la température s’est élevée d’un dizième de degré : 37,5.

Le 21. A deux heures du matin, la malade urine seule. A ce moment, le pouls est à 116 ; la température est à 37,1.

A 3 heures un quart, elle urine de nouveau assez abondamment, puis elle se rendort jusqu’à 6 heures du matin. Prise à son réveil, la température est encore de 37,1 ; le pouls est tombé à 104.

La nuit qui a suivi l’opération, et pendant laquelle l’interne du service est resté auprès de la malade peut se résumer ainsi : calme parfait ; sommeil interrompu de temps en temps par quelques minutes de réveil, dont on profite pour faire prendre du vin de Champagne ; deux mictions naturelles. Pas la moindre douleur abdominale ; pas une nausée. Deux ou trois fois seulement, un peu de toux et un léger retentissement dans le ventre.

A 8 heures du matin, la malade ressent quelques coliques et essaie d’aller à la garde-robe, mais elle ne peut y parvenir. P., 112 ; T., 37.

Le pansement est fait par MM. Tarnier etLucas-Ghampionnière; on touche le pédicule avec un pinceau imbibé de perchlorure de fer ; tout autour, la peau est d'un rouge brun, coloration due à l’acide phénique.

On prescrit de laver deux fois par jour les parties génitales avec de l’eau phéniquée ; il s’écoule par le vagin un peu de mucus transparent.

La journée du 21 mars est un peu agitée ; la malade sommeille, mais elle rêve et elle a des cauchemars. Elle se plaint de soufirir un peu du ventre.

Vers 3 heures de l’après-midi, miction spontanée, émission de

gaz par l’anus. Quelques éructations surviennent et se terminent par la régurgitation de plusieurs cuillerées de vin de Champagne,

A 6 heures du soir, visite de M, Tarnier : T., 37,1; P., 120; R., 48, 11 attribue l’agitation de la journée à la diète prolongée, et prescrit : lait, bouillon, champagne. Le ventre est à peine douloureux et parfaitement souple,

A 9 heures du soir, la malade est très calme ; sommeil tranquille ,

A minuit, miction spontanée, émission de gaz intestinaux.

L’urine a pris une coloration foncée, noirâtre, due à l’absorption de l’acide phéniqué.

A cette heure, on fait une injection de morphine de 0,01 centigramme pour empêcher le retour de l’agitation de la journée ; sommeil profond jusqu’à 5 heures du matin.

Le 22, A 5 heures du matin, la malade se réveille et est prise d’une attaque d’hystérie assez violente qui dure environ une demiheure.

A 6 heures, seconde crise, moins forte que la première, qui ne dure que dix minutes,

A 7 heures, le calme est revenu ; la malade ne souffre pas, n’a pas de nausées ni de régurgitations, P., 132 ; T., 37,9; R., 40.

A 11 heures, pansement ; le pouls est irrégulier entre 130 et 160. La température est montée à 38,8.

La journée est excellente.

Le soir à 7 heures et demie, 'M. Tarnier vient voir la malade. T., 38,6; R., 40.

A 10 heures et demie du soir, la température est à 38® ; P ., 108; R., 36,

Nuit très calme ; sommeil, miction facile ; pas de douleurs de ventre. L’urine est toujours foncée, chargée de quelques mucosités.

Le 23. La figure est reposée, la langue est humide, le ventre souple non ballonné.

On doit sonder la malade, qui ne peut pas uriner.

A 9 heures du matin : P., 96 ; T., 36,5 ; R., 34.

On refait complètement le pansement ; on touche de nouveau

avec le perclorure de fer le pédicule, qui est noirâtre et desséclié >

Le soir à 6 heures : P., 90; T., 36,2; R., 38. Il y a un peu de toux et de retentissement douloureux dans l’abdomen. On prescrit du sirop de morphine. On est encore obligé de pratiquer le catéthérisme vésical; l’urine est redevenue claire.

A 11 heures du soir : P., 108; T., 37; R,, 40. Un peu d’efforts de toux très douloureux. On refait le pansement en partie ; il n’a pas d’odeur; le moignon est sec ; pas de suppuration.

Le 24. La nuit a été bonne, sauf un peu de toux qu’on a calmé avec le sirop de morphine.

Matin: P. 112; T., 37,3; R., 40. Miction artificielle; on ne touche pas au pansement.

Soir : P., 120; T. 37,8 ; R. 40. La journée a été excellente ; la malade prend volontiers du lait et du champagne. On est obligé de refaire le pansement, et on trouve le ventre très souple et un peu de suppuration autour du moignon. Miction artificielle.

Le 25. La nuit a été très bonne. La figure est très reposée.

Matin : P., 116 : T., 37,3 ; R., 36. Pansement. On coupe et on retire le fil d’argent d’une suture profonde qui était un peu tendu.

Vers midi, la malade se plaint de souffrir de ses seins, et dans la soirée on trouve les deux glandes mammaires tuméfiées, un peu douloureuses ; le mamelon laisse sourdre par la pression quelques gouttes de liquide lactescent.

On doit toujours continuer le catétbérisme vésical. Lorsque la .malade a envie d’uriner, elle ressent comme une sorte d’aura, une douleur irradiée dans la cuisse et la jambe droites, et demande immédiatement à être sondée.

Elle n’a pas eu de garde-robe depuis l’opération, mais elle continue à rendre des gaz.

Soir : P., 116; T., 37,4; R., 36. On refait le pansement; suppuration assez abondante tout-autour du pédicule.

Le 26. La nuit a été parfaite.

Matin : P ., 100 ; T., 37,4; R., 34. Miction artificielle,

Pansement. En pressant un peu tout autour du pédicule, on fait sourdre du pus crémeux ; la peau de la paroi abdominale s’est couverte de phlyctènes.

On retire un second fil de suture profonde. Montée laiteuse bien nette. Mêmes prescriptions.

Soir, même état: P., 116; T,, 37,4; R , 36. Catéthérisme vésical.

Le 27. La nuit a été calme ; on a dû pratiquer deux fois le catéthérisme.

Matin : P., 128; T., 38,2; R., 44.

Les seins sont plus souples, moins tendus, moins douloureux.

En faisant le pansement, on retire les autres fils ; l’état du pédicule est le même ; il est sec et raccorni, et tout autour de lui est un sillon d’élimination rempli de pus.

On prescrit pour la première fois un lavement à la glycérine, qui amène immédiatement plusieurs selles abondantes et faciles.

Soir : P., 112; T., 38,4; R., 40.

Le 28. Nuit calme. Deux fois on a dû sonder la malade ; elle a eu plusieurs garde-robes.

Matin : P., 100; T., 38; R., 40.

La plaie a un très bon aspect ; état général excellent.

Soir : P., 120; T., 38,2; R., 38.

Le 29. Même état; la douleur de cuisse persiste toutes les fois que la malade a envie d’uriner, et on est obligé de la sonder.

Matin : P., 112; T., 38,1 ; R,, 33. Même aspect delà plaie.

Soir : P., 124; T. 38,2; R., 40,

Le 30. Nuit assez bonne. Miction spontanée à 4 heures du matin.

Matin. P. 128; T. 37,3; R. 38.

Pansement : La paroi abdominale présente une petite perte de substance au-dessus du pédicule, en ce point il existait un pont cutané qui est rompu, il y a ainsi une petite cavité anfractueuse, bourgeonnante et rosée, du volume d’une noisette au-dessus du pédicule.

Soir. P. 128; T. 38,2; R. 34. Miction spontanée.

Le 31. Nuit très bonne. Langue humide, ventre endolori, seins revenus à leur volume normal. La malade continue à uriner seule.

Matin. P. 118; T. 37,9; R. 36. Aux bouillons etaulait on ajoute des potages, de la soupe.

Soir. P. 100; T. 37,6; R. 34.

l" avril, matin. P. 112; T. 37,4 ; R. 40.

Le pédicule est noirâtre, mortifié dans toute son épaisseur; on en excisç une partie.

Prescription : Poulet, côtelette à sucer ; vins de Bagnols et de Bordeaux.

Soir. P. 128; T. 38°; R. 36.

Le 2. Etat général excellent.

Matin. P. 112; T. 37; R. 32.

Pansement : L’anse métallique la plus superficielle et la broche tombent d’elles-mêmes.

On excise encore quelques lambeaux du pédicule ; le fond de la place est bourgeonnant et rosé, sauf en un petit point qui est plus profond et qui a un aspect grisâtre.

Soir. P. 108; T. 37,3; R. 32.

Le 3. La nuit a été un peu agitée; sirop de morphine; la douleur dans la cuisse droite est revenue et on a dû sonder la malade une fois; depuis elle a uriné seule.

Matin. Pouls. 104; T. 37,2; R. 26.

Pansement. On retire la dernière anse métallique ; la plaie est profonde ; elle bourgeonne bien , un seul point grisâtre se voit au fond. Tout autour la peau se desquame sous l’action de l’acide phénique.

Eruption de gros sudamina sur tout le tronc.

Soir P. 108 ; T. 37,2; R. 28.

Le 4, matin. P . 184 ; T. 37, 1 ; R. 24.

La plaie a toujours très bon aspect.

Soir. P. 104; T. 37,2; R. 28.

Le 5. Même état.

Le 6 et jours suivants. La malade est en très bon état, elle a un appétit excellent et dort très bien.

La cicatrisation de la plaie marche rapidement, et le 15 avril elle n est plus que comme une pièce de 1 fr. Mais à partir de ce moment la cicatrisation a été très lente ; on a successivement pansé la petite plaie avec de la gaze phéniquée, du diachylon, de

l’acide citrique, de la baudruche collodionnée, enfin avec une solution d acide borique. Sous l’influence de ce dernier pansement combiné avec des cautérisations au nitrate d’argent, on a pu faire disparaître un petit bourgeon blanchâtre qui était probablement du tissu utérin; mais la cautérisation n’est absolument complète que le 20 juillet.

La malade a commencé à se lever le le*' mai. Elle marche sans souffrances, engraisse à vue d’œil. Elle a eu pendant quelques jours, du 12 au 17 juin, un écoulement vaginal qui a cessé sousTinfluence de quelques lotions. Enfin elle est restée hystérique, et le 13 juin elle a eu dans la soirée cinq attaques d’hystérie.

Vers la fin du mois de juin, cette femme se plaignit de souffrir de douleurs dans le bas-ventre et dans les reins, lorsqu’elle se tenai debout, et surtout lorsqu’elle marchait. 11 lui semblait en outre qu’elle allait tomber, et elle était obligée de s’asseoir après avoir fait quelques pas.

L’ayant examinée à la visite du soir, nous constatâmes très nettement chez elle le signe étudié par M. Budin comme caractéristique de la disjonction de la symphyse pubienne.

M. Tarnier prescrivit aussitôt l’application d’une ceinture de Martin, et à peine la malade eut-elle cette ceinture qu’elle se sentit plus solide sur ses jambes et qu’elle put marcher sans douleurs.

Elle a dû garder cette ceinture plusieurs mois ; nous avons revu cette femme longtemps après, elle se portait bien et n’avait plus aucun trouble dans la marche.

Cette femme fut présentée à l’Accadémie de médecine, le 29 juillet, par M. Tarnier, qui fit à son sujet une trèsremarquable communication sur la méthode de Porro.

Observation III.

Grossesse à terme; Bassin rachitique. Diamètre sacro-sous-pubien

0,073““. Opération de Porro, faite à la Maternhé par M. Lucas-

Championnière. Enfant vivant. Guérison de la mère (Observation

personnelle).

Al. Elisa couturière, âgée de 26 ans, entre à la Maternité le

27 octobre 1879 dans le service de M. Tarnier, suppléé par M Lu-

cas-Championnière. .

Cette femme a marché de bonne heure, puis elle est tombée malade, dit-elle, sans pouvoir exactement préciser à quel âge, et elle n’a remarché qu’à six ans.

Elle a été réglée à 13 ans, et, depuis, chaque mois pendant trois jours, abondamment; bonne santé habituelle.

La taille est petite, et mesure 1 m. 25.

Le thorax et les membres supérieurs sont bien conformés, mais les cuisses sont grosses et courtes, les jambes courtes aussi, à peine incurvées. Les genoux sont gros, et l’extrémité inférieure des fémurs, volumineux, est déjetée en dehors. Le membre gauche est plus déformé qiie le droit, et la cuisse gauche est un peu plus courte que l’autre. La démarche a lieu en inclinant alternativement le tronc à droite et à gauche.

Les dents présentent des cannelures et des stries transversales ; il y a un peu d’asymétrie dans le regard.

Les règles ont apparii pour la dernière fois du 16 au 19 février. Bien portante pendant sa grossesse, cette femme vient à la Maternité parcequ’une sage-femme de Meudon, où elle habite, lui a conseillé d’y aller avant la fin de sa grossesse.

On constate les signes d’une grossesse de huit mois. Par le palper on diagnostique une présentation du siège en SI O P. Le maximum des battements du cœur s’entendent en haut et à gauche au-dessus de l’ombilic.

Le col, ramolli, mais mais nullement effacé, a encore une certaine longueur.

On arrive facilement sur l’angle sacro-vertébral, et la mensuration digitale donne un diamètre sacro-sous-pubien de 73 mm. De plus l’excavation est plus étroite et plus resserrée à droite qu’à gauche.

M. Tarnier, appelé par M, Lucas-Championnière, examine la femme le 29 octobre. Puis une délibération a lieu sur la conduite à tenir. Faut-il provoquer l’accouchement et faire la céphalotripsie immédiate, ou bien attendre le terme de la grossesse pour pratiquer. 1 opération de Porro? C’est vers ce dernier parti que penche Mj Tarnier, et c est celui qu’adopte M. Lucas-Championnière.

Le 16 novembre, la malade se plaint de souffrir un peu des reins et du bas-ventre ; mais le travail ne se déclare pas ; le col garde sa longueur.

Le 17 et le 18. Même état ; écoulement d’un peu de sang le soir du 18.

Le 19, au matin, les douleurs sont un peu plus fortes ; nouvelle perte d’une petite quantité de sang.

A l’examen, on trouve le col elfacé, le travail commençant; la poche des eaux est intacte.

Le foetus est maintenant placé en O. I. D. P ; la tête estau-dessus du détroit supérieur.

Ce début de travail s’arrête ; mais l’opération est décidée pour le jour même, et les préparatifs sont faits immédiatement,

La température axillaire, prise à 2 heures de l’après-midi, est de 37,4 ; le pouls est à 76. On administre un grand lavement pour vider le rectum.

L’opération a lieu à 3 heures, dans une des salles de la Maternité. Elle est faite parM. Lucas-Championnière, assisté de MM. Périer et Terrier, en présence de M. Tarnier. Les deux aides se placent à droite et à gauche de la malade, couchée sur le lit de Mariaud; l’opérateur s’asseoit entre les cuisses de la temme ; anesthésie chloroformique ; pulvérisation phéoiquée, faite avec un appareil à vapeur, tout le temps de l'opération.

On commence parle cathétérisme vésical ; puis, on injecte dans le vagin une solution phéniquée au vingtième, et on lave la paro abdominale avec la même solution.

A 3 heures 1/4, la paroi abdominale est incisée sur la ligne médiane, couche par couche. L’incision a environ 16 centimètres elle s’étend depuis un point situé à 2 ou 3 travers de doigt du bord supérieur de la symphyse pubienne, jusqu à 2 ou 3 centimètres audessus de l’ombilic, qui est contourné avec le bistouri.

Des pinces à pression sont placées aussitôt par les aides sur les

petites artères cutanées ouvertes.

Le péritoine, mis à découvert, est incisé sur la sonde cannelée, et la face antérieure de l’utérus apparaît. Cet organe est ramené sur la ligne médiane, puis il est incisé m situ, lentement. Immédiatement, un flot de sang noir s’échappe ; le placenta, inséré sur

ia. paroi antérieure, est reconnu aussitôt, et l’opérateur se hâte de terminer la section de la paroi antérieure de l’utérus avec des ciseaux ; puis il introduit la main dans la cavité uterine et extrait par les pieds un enfant vivant ; le cordon est sectionné immédiatement.

L’utérus est alors attiré au dehors ave les trompes et les ovaires, à l’aide de deux grandes pinces à kyste qui avaient été placées sur les lèvres de l’ouverture utérine ; le placenta est extrait facilement.

L’un des aides maintient fortement comprimé l’utérus à sa partie inférieure : deux broches d’acier sont enfoncées dans le tissu utérin, tout près du col, l’une transversalement, l’autre d’avant en arrière, et un fil constricteur est placé au-dessous d’elles, et serré à l’aide du constricteur dë Cintrât. Un deuxième fil est placé de même entre les deux broches.

Puis l’utérus est sectionné au bistouri, un peu au delà des broches. Une partie de l’ovaire gauche a été prise entre les deux liga> tures. On fait ensuite la toilette du péritoine, à l’aide de petites éponges montées.

Ace moment, la malade a la face pâle, elle fait quelques efforts de vomissements ; mais sa respiration reste facile.

On fait la suture de la paroi abdominale ; six sutures profondes et une superficielle ; une seule est placée au-dessous du pédicule, qu’on a attiré à l’angle inférieur de la plaie ; un des fils s’étant cassé, on le remplace à l’aide d’un fil de soie.

On touche le pédicule avec un pinceau imbibé de perchlorure de fer, et l’on fait le pansement de Lister.

A 4 heures, le pansement est terminé ; l’opération a duré en tout trois quarts d’heure.

L’enfant extrait est une fille du poids de 2,700 grammes.

Les diamètres de la tête, pris avec le pelvimètre de M. Budin, sont :

Bi P. 0,090 Bi T. 0,079 O.M. 0,128 O. M.max. 0,131 S. O. Br. 0,095

La partie de l’utérus, f[ui a été enlevée, comprend tout le corps, avec les deux trompes, l’ovaire droit et une partie de l’ovaire gauche; elle pèse 620 grammes.

L’opérée est transportée dans son lit, qui est dans la salle même où elle a été opérée ; cette salle est isolée des autres accouchées ; la température y est constamment maintenue à 18°.

A 5 heures, la malade se réveille ; elle se plaint de souffrir du ventre, et pousse des gémissements ; elle a quelques hoquets, et semble par moments sur le point d’avoir une syncope.

La température prise à 5 heures et demie est de 37,3 ; le pouls est à 72.

Les coliques, auxquelles se joignent des envies d’uriner, se continuent avec moins d’intensité jusqu’à 7 heures du soir. On administre quelques cuillerées de grog et de petits morceaux de glace.

A 7 heures, la malade s’endort d’un sommeil assez calme.

A 8 heures, P. 68; T. 37,2; R. 28; quelquefois douleurs de ventre.

A 9 heures, une régurgitation.

De 9 à 10 heures, pas de douleurs, sommeil tranquille.

A 11 heures, visite de M. Lucas-Championnière ; il fait une injection de 1/2 centigr. de chlorhydrate de morphine; puis il pratique le catéthérisme vésical, et retire de la vessie une petite quantité d’urine claire.

La nuit a été excellente, la malade a cessé de se plaindre, elle a dormi. La température, prise à diverses reprises, a toujours été de 38°. Le pouls a oscillé entre 80 et 96 pulsations ; le nombre des respirations à varié de 24 à 32.

20 novembre. La figure est calme, reposée; la langue humide, le malade ne souffre pas.

Matin. P. 100; T. 38; R. 28.

On lui prescrit du Champagne, du lait, des grogs, de la glace. Plusieurs fois dans la journée, on la sonde.

Soir. P. 84; T.; 38,2; R. 36.

A 9 heures du soir, M. Lucas-Champi'onnière fait le premier pansement. Le ventre n’est pas ballonné; le pédicule est sec; on change seulement quelques compresses de gaze phéniquée, l’appareil n’étant qu’à peine taché. Nuit calme, sauf quelques nausées. Emission de gaz par l’anus. Miction spontanée.

Lo 21. La face est reposée, mais la langue est un peu sèche; mêmes prescriptions.

Matin. P. 100; T. 37,4; R. 32.

On constate une mobilité assez grande dans les pulsations de l’artère radiale, qui oscillent entre 100 et 120 par minute.

Les urines sont devenues noires, sans dépôt; bien que cette coloration, qui s’observe dans les urines de presque tous les malades opérés par la méthode de Lister, semble due à l’absorption d’une certaine quantité d’acide phénique, l’analyse de M. Prunier n’a pu dénoter la moindre tracide de cet acide dans l’urine.

On a dû revenir au catéthérisme vésical. Dans l’après-midi, le malade se plaint de violentes douleurs dans le ventre, la température s’élève à 38,3

Le soir, la langue est sèche, la soif vive : P. 120; T. 38,9; R. 49.

Mais vers 11 heures du soir, il survient une amélioration notable; la température tombe à 38,3, et le nombre des respirations à 38; le pouls reste à 120.

La nuit est calme, le malade dort; il y a émission de gaz intestinaux, miction spontanée, et la température varie entre 38,3 et 38,5.

Le 22. Matin, P. 112 ; T. 38,2.

Etat général satisfaisant: la malade urine encore seule; elle transpire abondamment pendant son sommeil.

Durant la nuit, les seins ont gonflé; ils contiennent une notable quantité de colostrum.

Pansement a 10 heures du matin. Le ventre est souple, indolore; il y a un peu de vésication de la peau autour des points de suture. Le moignon est ferme, bien sec; il n’y a pas trace de liquides exsudés.

Soir, P. 116; T. 38; R. 34. Même état, peau moite, langue humide.

^ Pendant la nuit, sommeil calme, transpirations abondantes, plusieurs mictions artificielles. La température reste à 38. Le pouls oscille entre 108 et 126, la respiration entre 32 et 38.

Le 23. Matin. P. 100; T. 38,2; R. 40.

Meme état. Seins plein de lait; un peu d’engorgement axillaire. La malade prend toujours du lait, du champagne.

Soir. P. 100; T. 38,5; R. 40.

Sueurs pi’ofuses; sécrétion de mucus vaginal assez abondante.

Le 24. Matiij. P. 100; I. 38; R. 32.

Etat toujours excellent. 3“ pansement : le ventre est souple, non douloureux; il y a un peu d’odeur du pédicule

On desserre un point de suture.

On doit continuer fréquemment le catéthérisme vésical.

Soir. P. 96 à 120 ; T. 38,7; R. 40.

La peau est toujours moite, sudorale; il y a un peu de fièvre de lait.

Pendant la nuit, la malade urine seule et aune première selle.

Le 25. Matin. P. 100; T. 37,8, R. 34.

Pansement à 11 heures : très bel aspect de la plaie ; il y a un peu de suppuration autour du pédicule; on excise quelques lambeaux sphacélés. Trois points de suture sont coupés.

On donne pendant quelques instants l’enfant à sa mère, pour qu’elle le mette au sein qu’il prend très bien.

Ou prescrit du potage, du chocolat.

Soir. P. 116; T. 38,5; R. 28.

Nuit bonne, garde-robes spontanées.

Le 26. Matin. P. 96; I. 37,9; R. 30.

Les pièces du pansement sont à peine souillées; il n’y a presque plus de suppuration autour du pédicule, qu’on touche avec le perchlorure de fer.

Soir. P. 96; I. 38,4; R. 32.

Pansement: il y a de nouveau suppuration autour du moignon, dont on excise quelques parties noires, et on badigeonne avec le perchlorure de fer; en enlevant un peu du moignon lui-même avec les ciseaux, on en voit sourdre un peu de pus, et on voitmanifestetement au centre la trace de la cavité utérine .

Alimentation : potages, côtelettes.

Soir. P., 100 ; T., 38,5 ; R., 36; nuit bonne.

Le 28, matin. P., 104 ; T., 38,3 ; R., 32 ; langue humide ; appétit bon.

Pansement à 11 heures ; ventre toujours souple et indolore. La plaie est légèrement fétide.

Comme les jours précédents, on fait sourdre, par la pression, un peu de pus autour du pédicule.

On enlève tous les fils qui restent. Le fil de soie, une broche,

sont aussi retirés. On badigeonne avec du perchlorure de fer. On recouvre de protective les parties atteintes d’une légère rougeur.

Soir. T., 38,8; P., 124; R., 32 ; miction facile ; garde-robes naturelles.

Le 29. Nuit bonne.

Matin. T., 38; P., 104 ; R., 32.

Pansement comme la veille ; odeur et suppuration ; éruption de sudamina ; état général excellent.

Soir. T., 38,8; P., 112; R., 32.

Le 30. Nuit bonne.

Matin. T., 38,2 ; P., 104 ; R., 34.

Pansement : On enlève la 2° broche ; l-e pédicule grisâtre, répan dant une mauvaise odeur, est excisé ; le fil constricteur tient encore par un point.

Soir. T., 38 ; P., 96 ; R., 40 ; le 13° jour, il ne reste plus trace du pédicule.

Malgré l’avis du médecin, l’enfant de la malade, qui était très vivace, ayant été transporté par un froid intense d’une atmosphère de 23°, dans une église froide pour y être baptisé, s’affaiblit peu à peu et fut pris de convulsions qui l’emportèrent le 13° jour de sa naissance.

1°° décembre. lia mort de son enfant a produit sur la malade un très mauvais effet.

Matin. T., 37,8; P., 96; R., 28.

Pansement : On enlève le fil constricteur qui offre une anse circulaire de 0 m. 023 de diamètre.

Soir. T., 37,9; P., 92; R., 32.

Le 2. La plaie bourgeonne; elle a déjà diminué de moitié. 11 existe encore un petit trajet fistuleux avec un point sphacèlé.

Matin. T., 37,9; P., 88; R., 32.

Soir. T., 37,8 ; P., 92 ; R., 36.

Le 3. Matin. T., 37,8 ; P., 80 ; R., 28 ; même état de la plaie.

Soir. T., 38,2; P., 94; R., 30.

Le 4. Matin. T., 37,8 ; P., 92 ; R., 32.

Soir. T., 38,1; P., 96; R., 32.

Le 5. Matin. T., 37,5; P., 92; R., 32.

Un petit foyer vient de s’ouvrir ; le pansement, en effet, est Maygrier, g

souillé de pus, et on peut remarquer autour de la plaie une suppuration assez abondante.

Soir. T., 37,8; P., 88; R., 26.

Le 6. Matin. T., 37,3 ; P., 72 ; R., 26 ; la plaie est toute petite et présente un aspect rosé.

Soir. T., 37,8; P., 80; R., 28.

Le 7. La plaie va très bien ; simple fistule rosée.

Matin. T., 37,7; P., 72; R., 26.

Soir. T., 37,8; P., 80; R., 28.

Le 8. Matin. T., 37,4 ; P., 72; R., 26.

Soir. T., 37,8; P., 64; R., 24.

Le 9. Matin. T.. 37,2; P. .80; R., 24.

Soir. T., 37,5; P., 80; R., 24.

Le 10. L’état général est excellent ; l'appétit est bon ; les garderobes faciles.

Le pansement ii’est plus nécessaire que tous les deux jours.

Le 20. La cicatrisation est complète.

Dans les derniers jours du mois, la malade, guérie, se lève.

Vers la fin du mois de janvier, on examine la malade. La cicatrice est rouge foncée et ne remonte pas au dessus de l’ombilic, le ventre est souple ; on peut constater une légère éventration.

Le diamètre sacro-sous-pubien, mesuré de nouveau, est trouvé de 0,07 centimètres 3 ; ce qui donne comme diamètre sacro-pubien minimum environ, 5 centimètres 8.

Le col est mobile, un peu gros, mais son ouverture est petite, comme celle du col de la femme qui n’aurait pas eu d’enfants.

En mesurant le bassin à l’extérieur, on trouve :

Distance entre l’épine iliaque antérieure et supérieure : Om.235.

Entre les deux crêtes iliaques, 0 m. 220 millimètres.

Diamètre sacro-pubien, 0 m. 165.

Distance prise du milieu de la crête, chaque droite à l’ischion correspondant :0 m. 170.

Même distance mesurée du côté gauche, 0 m. 150.

Cette malade a été présentée à l’Académie de médecine dans la séance du 9 mars 1880. Elle est en parfaite santé ; deux mois et demi après l’opération, elle a eu des rapports sexuels sans accidents.

Observation IV.

Grossesse de 8 mois 1/2 environ. Bassin rachitique. Diamètre sacro-

sous-pubien 0,065'?““‘. Opération de Porro, par M. }l.ucas-Champion-

nière. Fille vivante, mère morte le 2« jour. (Observation personnelle),

Dupin (Alexandrine), 28 ans, ouvrière passenientière, primipare, entre à la Maternité, le 6 décembre 1879, à 9 heures du matin.

Elle n’a marché qu’à l’âge de 3 ans et dit avoir été nouée. Elle a eu une adolescence maladive de 7 à 16 ans.

A 16 ans, établissement des règles, qui, depuis ont été irrégulières; chaque mois, deux jours durant, peu abondantes. Elle est d’une santé délicate, chloro-anémique. Elle a eu quelques crampes d’estomac; a toussé longtemps. La toux a disparu depuis un an environ .

Les premières règles ont apparu du 18 au 20 mars 1879. Pendant sa grossesse elle a été bien portante.

Le 5 décembre, elle ressentit les premières douleurs, d’abord très espacées elles donnent plus fortes dans la matinée du 6.

Le col çomplètenient ramolli commence à s’effacer ; le travail commence.

Examen de la femme.

Taille 1 m. 31 cent

Tibias très incurvés surtout à leur pai’tie inférieure. Genoux très rapprochés. Cuisses courtes; la droite est plus courte, plus incurvée à concavité en dedans. Cependant il n’y a pas de claudication.

Le thocax est légèrement bombé en avant, mais la colonne cei*viçale et dorsale ne sont pas déviées,

La colonne lombaire est saillante en avant, on constate une forte ensellure.

Le diamètre saçro-sous-pubien mesure 0,065 millimètres. L’angle sacrp -vertébral est déjeté à droite et le côté droit du bassin est aussi bien plus étroit que l’autre ; la ligne innominée touche l’angle.

La symphyse pubienne est normale, mais la branche ischiopubienne droite est très rapprochée du centre de l’excavation.

Distance, entre les deux épines iliaques antérieures et supérieures, 0, 23 centimètres. Du bord supérieur de la symphyse à l’apopbyse épineuse de la première vertèbre sacrée 175 millimètres.

Les dents sont cannelées et les incisives présentent des stries noirâtres transversales.

Examen du ventre. Paroi assez mince, palper assez facile. Par la palpation on trouve Futérus à sept travers de doigt au-dessus de l’ombilic. La tête est dans la fosse iliaque gauche. Le siège est en haut et à droite, le dos en avant. Le maximum des battements du cœur est pour la région ombilicale un peu à droite.

L’opération de Porro est résolue pour le jour même.

La malade ayant à midi des douleurs qui se renouvellent toutes les minutes, on lui donne immédiatement du chloroforme.

Avant Fopéi’ation : 4 heures. T. 37,6, P. 68, R. 20.

L’opération est faite par M. Lucas-Championnière assisté de MM. Terrier et Périer et en présence de M. Tarnier.

La vessie et le rectum ont été vidés préalablement. On enveloppe les membres de la malade de ouate et de flanelle. Avec une solution phéniquée on lave la vulve et la paroi abdominale de la malade. Une injection phéniquée est poussée dans le vagin et après avoir rasé le pubis on applique sur la vulve une compresse imbibée d’eau phéniquée.

Pendant toute la durée de l’opération un pulvérisateur puissant enveloppe l’opérateur et ses assistants de vapeurs phéniquées.

A 5 heures 35, la paroi abdominale est incisée sur la ligne blanche pour une étendue de 15 centimètre au-dessous de l’ombilic; l’ombilic est contourné à gauche et l’incision le dépasse un peu. Pendant que les aides appliquent fortement les mains sur les côtés de l’utérus, l’opérateur fait l’incision de l’utérus in situ sur sur la ligne médiane.

Le placenta est inséré] sur la face antérieure et én haut; il s’échappe un flot de sang. On achève rapidement la section avec les ciseaux. La poche est ouverte et le cordon sort aussitôt.

La main est introduite dans la plaie et l’enfant est extrait à 5 heures 40.

L’utérus, les ovaii’es et les trompes sont attirés au dehors ;

à pleines mains. Des pinces en T sont placés sur la paroi uterine. Puis une broche est enfoncee dans le tissu utérin d avant en arrière à l’union du col avec le corps et un fil de fer est serré audessous à l’aide du constricteur de Cintrât; un second fil est appliqué au-dessous du premier.

Avec un bistouri large et plat, l’utérus est divisé à 2 centimètres au-dessus de la broche.

La toilette est faite à l’aide d’éponges montées. On fait sept sutures au-dessus 'de l’ombilic et deux au-dessous. A 6 heures on excise une portion du pédicule ; on le touche au perchlorure de fer. Pansement de Lister; bandage de corps. [La toilette étantfaite, la femme est rapportée dans son lit à 6 heures 10.

L’opération a duré trente-cinq minutes.

Après l’opération : T., 37°; P., 64; R., 24.

L’enfant extrait est une fille vivante qui a crié aussitôt; elle pèse 2,800 gr. environ.

Voici les dimensions de la tête que nous avons prises avec le concours de notre excellent ami, M. le D'^Ribemont :

Diam. = OM, 0,118 - O, max. 0,123. — O. F., 0,107 — Ss, O, Br., 0,096 — Bi, P., 0,090 — Bi, T. 0,075 — Bi. Mast, 0,075. — Ss, O, Fr, 0,105 — Grande circonférence, 0,32 = — Cir. Ss. Oc. Fr, 0.315 ~ Cir. Ss. O. Br. 0,305. —

Le poids de l’utérus et des ovaires est de 600 gr. Le placenta est normal.

Dans la soirée qui suit l’opération, la malade se réveille, de 7 à 9 h., elle est très agitée et se plaint de douleurs violentes dans le ventre .

8 h soir. T., 37,8; P., 92; R., 28.

Elle dort d’un sommeil assez calme de dix A douze licures. Elle passe le reste do la mut sans agitation.

Grog, glace. Vin de champagne.

2 h. du matin. T., 38,7; P., 92. R., 32.

7 décembre. La figure paraît reposée, la langue est humide .; quelques douleurs de ventre.

Elle a des nausées ; pas de vomissements.

^ Miction artificielle ; on retire de la vessie quelques gouttes d’urine. Injection avec 2 centigr. de morphine.

On refait le pansement. Le pédicule est séc, on n’enlève. pas les pièces qui le soütienhent, on change seulement quelques compresses phéniquées; on appliqué une grande pièce et de la ouate,

Quèlques minutes après, sommeil calme et profond : P. j 140; R., 20.

A 5 h. Une nourrice donne pour là première fois à téter à l’enfant.

5 h. 55. Réveil, agitation très vive. T., 41,1. Sommeil.

6 h. 45. Agitation éxtrêmé; là malade a une attaque d’hystérie.

Elle rejette la glace et le chàmpàgne qu’on lui donne.

7 h. 10. La malade tombe dans un coma profond, la respiration est lente et se suspend fréquemment,

9 h. Visite de M. Lucas-Champiônnière. La face est bouffie, les paupières tuméfiées, les pupilles sont contractées; les paupières écartées, l’œil éntr’ouvert. T., 41,5; P., 130; R., 12.

Le pouls tantôt faible, tantôt fort, reste toujours égal. Pas de vomissements, ni de régurgitations, le ventre est légèrement ballonné. Cet état düre jusqu’à minuit.

I h. du mâtin. Mort. Quelques minutes avant la mort, larespiràration était de 24, le thermomètre accusait toujours 42,8.

Ne'cropsie. L’ouverture de la càVité abdominale ne montre paS de traces de péritonite^

II existe seulement à la face postérieure de la paroi abdominale des suffusions sanguines àu niveau des pouls de suture.

Le pédicule est bien solide et n’a subi aucun tiraillement.

Les ovaires ont été bien enlevés.

Il n’y a pas de compression des uretèrès.

Tous les viscères sont sains.

Observation V.

Grossesse â terme. Rachitisme. Bassin de 0,067™® diathêtte sacro-

sous-pubien. Opération de Porro pratiquée â l’hôpital Necker, par

M. Luces-Championnière. Guérison de la mère. Enfant vivant.

Adèle L.,., âgée de 23 ans, lingère, entre à l’hôpital Necker le 30 décembre, à 8 h. 15, dâns le service de M. Potain,

Rachitique, elle n’a marché qu’à 9 ans. Ses règles, apparues pour la première fois à 16 ans, revenaient très irrégulièrement depuis : tous les deux ou trois mois. La dernière apparition de ses règles remonte à six mois environ avant le début de la grossesse.

Taille 1™,30. Thorax bien conformé. Pas de déviation de la colonne vertébrale. Jambes en cerceau.

Dents incisives cannelées présentant des stries noirâtres transversales.

Regard légèrement asymétrique.

Le 29. A 5 heures du matin, elle ressentait les premières douleurs; une sage-femme appelée l’accompagne, le 30 décembre, à l’hôpital Necker.

La poche des eaux est rompue ; la femme est en travail.

A 5 heures du soir, M. Lucas-Championnière arrive et constate que le ventre présente le développement normal de la grossesse à terme, que l’enfant est vivant et que le col est largement dilaté.

Les douleurs étant très vives et se renouvelant toutes les minutes, on met la malade sous l’influence du chloroforme.

A 9 heures du soir, M. Lucas-Championnière, aidé de MM. les internes de Necker, pratique l’opération de Porro.

Pendant toute la durée de i’opéi’ation, la méthode antiseptique est rigoureusement observée.

L’opérateur fait une incision de 16 centimètres, très élevée audessus du pubis, de telle sorte que l'ombilic se trouve à 8 centimètres de ses deux extrémités.

Après l’ouverture de l’utérus, il se produit une hémorrhagie assez considérable. Une épaule se présentant, on la repousse et on extrait par les pieds un enfant vivace qui respire bien et pèse 3,000 grammes.

Deux broches sont enfoncées dans le tissu utérin au-dessus du col ; deux fils de fer sont serrés ; l’un au-dessus des broches, l’autre dans leur intervalle. L’utérus et les ovaires sont sectionnés; le pédicule long est attiré à l’angle inférieur de la plaie.

On suture la paroi abdominale. Pansement de Lister.

Avant l’opération : T., 37,2; P., 120.

Après l’opération : T., 37,2; P., 130.

La nuit qui a suivi l’opération a été assez bonne, sans douleur; la malade a été cependantlégèrement agitée etaeu quelques efforts de vomissements.

Prescriiption. Glace, champagne, piqûre de morphine.

Le 31 décembre. Journée calme; sommeil paisible.

Nuit très agitée ; la respiration a atteint 55. Piqûre de morphine.

Le le'’ janvier. Va très bien dès ce moment.

Le 3. Première garde-robe.

4 janvier, lee pansement. Ventre souple, légère rubéfaction de la peau ; pédicule sec.

Gonflement à peine douloureux des seins.

Le 2° pansement a eu lieu le 8 janvier, il y avait un peu de putréfaction ; les compresses étaient noircies par les débris du pédicule, mais le ventre restait souple indolore. Dès ce second pansement le pédicule s’est éliminé seul avec les broches et les fils de fer.

Puis on coupe les huit sutures profondes et superficielles. 11 y a un peu de boursoufflement de la plaie cutanée qui laisse sourdre du pus à la pression.

Au 3® pansement on trouve une place rosée, bourgeonnante en voie de guérison.

Pendant ce temps la température n’a jamais dépassé 38°.

Au 9b pansement, fin janvier, il ne reste plus qu’une petite ulcération superficielle.

Le malade commence à se lever dès les premiers jours de février.

L’enfant, confié aux soins d’une nourrice est bien portant

Cette malade est présentée àl’Académie de médecine le 9 mars 1880, par M. Lucas-Championnière ; il a fait remarquer que la réunion des lèvres de la plaie est si parfaite qu’il ne reste que bien peu de traces de l’opération, bien qu’elle soit toute récente.

Observation VI,

Bassin vicié par le rachitisme. Opération de Porro faite le 14 janvier 1880 par M. Lucas-Championnière à l'hôpital Cochin. (Observation recueillie et communiquée par M. Caraffi, interne du service.)

Femme âgée de 43 ans, primipare, entre à la Maternité de Cochin le 14 janvier 1880.

Elle présente un des types extrêmes des déformations dues au rachitisme.

Sa taille est de 113 centimètres ; sa colonne vertébrale présente des déviations très accusées. Elle offre des courbures scoliotiques très prononcées, l’une au niveau de la région lombaire, laseconde dont la concavité est inverse de la précédente, siège au niveau de la région dorsale et regarde à gauche.

Les membres inférieurs sont très courts et c’est sur eux que le rachitisme a laissé son empreinte à un degré considérabk.

Les tibias sont convexes en avant et en dehors ; les fémurs sont plus courts que les tibias et leur concavité regarde en dedans et en

avant.

Le ventre est en besace ; il descend dans sa partie la plus déclive à 10 centimètres au-dessous des pubis. Cette position de l’utérus tient incontestablement à l’étroitesse du bassin et à sa déformation.

Le tronc de la malade est raccourci, mais les déformations y sont peu marquées, relativement à celle des membres inférieurs.

La taille de la malade est de 113 centimètres.

Les dernières règles datent du mois de mai 1879.

Le volume de l’utérus est relativement petit; c’est, approximativement, celui d’un utérus à 8 mois.

Le toucher permet de reconnaître la saillie considérable de la première pièce du sacrum, l’aplatissement anormal de celui-ci, la déviation à gauche du promontoire et le rétrécissement du diamètre promonto-pubien.

La mensuration de ce diamètre avec le doigt a donné des résultats qui peuvent varier entre 7 cent. 1/2 et 8 cent. 1/2; mais il paraissait certain qu’à l’angustie pelvienne s’ajoutaient la déformation, l’irrégularité du bassin.

La femme était en travail depuis le lundi 12 janvier. Malgré l’intensité et la fréquence des contractions, le col est seulement effacé, il n’y a point de dilatation. La palpation quoique difficile permet de diagnostiquer la présentation céphalique; l’auscultation confirme ce diagnostic. Le toucher ne permet de sentir aucune partie fœtale. Les contractions sont très douloureuses ; la parturiente est très fatiguée et très agitée. Sa température est de 38"; le pouls bat plus de 100 fois par minutes.

fut qu’api’ès l’insufiatioii pratiquée pendant quinze ou vingt minutes qu’on put établir la respiration.

Voici les diamètres de la tête qui ont été pris à l’aide du pelvi-

mètre de M. Budin :

O. Fr. 0,108"’"'

O. Ment. 0,125

Ss. O. Breg, 0,086

Bi P. 0,089

Bi T. 0,078

Ss. Ment. Breg. 0,085

A partir de 10 heures, on commença à donner à l’opérée du champagne glacé par cuillerées à café.

Vers 11 heures, elle se plaignait de douleurs intenses du côté du ventre, et il était difficile de la faire rester tranquille sur son lit.

Injection sous-cutanée de 1/2 centigramme de morphine.

A 11 h. 30, la douleur, ne diminuant pas, on fait une seconde injection de 1 centigramme de chlorhydrate de morphine. Un quart d’heure après, elle était soulagée.

Vers 4 heures, l’agitation recommença, et quelques minutes après elle eut un accès d’hystérie convulsive dé très courte durée. Après l’accès, elle se plaignit de douleurs dans le ventre, et l’on constata que les pièces du pansement étaient souillées d’une assez grande quantité de sang ; mais l’hémorrhagie paraissant arrêtée , on a laissé le pansement en place.

Injection sous-cutanée de 1 centigramme de morphine. Après cette injection, l’opérée dormit pendant deux heures.

A 8 heures, la malade accusait un appétit très grand et demandait une tasse de lait. On continue à lui donner du champagne frappé,

A 9 h. 30, elle demandait qu’on lui haussât un peu la tête. On lui plaça Un petit oreiller ; elle se trouva mal et faillit avoir une syncope. Elle souffrait un peu du ventre. Injection souS-cutanée de 5 milligrammes de morphine. T., 88,5; P., 128.

A 2 heures, un premier vomissement peu abondant; plusieurs autres vomissements se succèdent.

A 6 heures, on lui donne, après un vomissement muqueux abondant, un morceau de sucre imbibé de 5 à 4 gouttes d’éther.

Les vomissements s’arrêtent.

M. Lucas-Championnière examine la malade à 0 lieui’es; il pratique le toucher après anesthésie chloroformique, examine minutieusement le bassin et essaie d’introduire le doigt dans le col pour en faciliter la dilatation. Une petite hémorrhagie suivit cette exploration.

Les douleurs ont continué avec la même fréquence et intensité, avec rémission après administration d’un lavement de 2 grammes de chloral qui détermina ün sommeil de dôux heures.

La dilatation était nulle; M. Championnière décida d’attendre au lendemain matin pour faire la céphalotripsie si l’état du col permettait de pratiquer cette opération sans avoir besoin de recourir au préalable au débridement du col. Le lendemain matin, l’état du col ne s’était point modifié. En face de cette dificulté ajoutée à l’état du bassin, M. Championnière décida d’attendre jusqu’à 4 heures de l’après-midi, et si la dilatation ne se produisait pas, de pratiquer alors l’opération césarienne ou celle de Porro, T. 38°, P. 100.

A 6 heures de l’après-midi, l’état du col n’a pas changé; la malade a perdu ses eaux à 2 heures. Le méconium s’écoule par le petit orifice du col. La femme est extrêmement fatiguée ; elle demande qu’on lui ouvre le ventre, car elle ne pourrait pas, dit-ellej accoucher autrement. T. 37°, 9; P. 100.

Le soir, à 6 heures 50, M. L. Championnière pratiqua l’opération de Porro, assisté de MM. Maygrier, Lâbat ét Caraffi. Elle fut terminée complètement à 7 heures, sans qu’aucun incident particulier mérite d’être cité, si ce n’est cependant que le fil de la ligature du pédicule cassa une première fois et qu’il fallut en placer un second, ce qui fut la cause d’une hémorrhagie peu abondante, puisque toute l’opération ne détermina qu’une perte de 250 à SOO grammes de sang approximativement. L’opération faite, la malade étant complètement anesthésiée, et sous la vapeur phéniquée, Sept points de suture profonde et trois points de suture superficielle suffirent pour affronter les lèvres de la plaie.

La malade fut transportée à son lit et on lui fit prendre le décubitus horizontal le plus parfait, la tête étant sur le même plan que le bassin.

Au bout de trois quarts d’heure, la malade revenue à elle-même demanda à boire.

L enfant était asphyxié au moment de son extraction, et ce ne

A 4 h. 40, l’agonie commence.

Nous n’avons eu que peu de renseignements sur l’autopsie.

Il n’y aurait pas eu trace de péritonite, et les viscères ne présentaient aucune lésion appréciable.

Le pédicule, bien fixé dans l’ouverture de la paroi abdominale, n’avait subi aucun déplacement.

Le bassin était très déformé et frappé d’arrêt de développement. La symphyse pubienne, déjetée du côté gauche, n’était distante du promontoire que de 5 centimètres à peine. La première pièce du sacrum faisait, en avant, une saillie qui pouvait en imposer au toucher pour l’angle sacro-vertébral.

Au moment de mettre sous presse nous recevons avis d’un travail de R. Harris, de Philadelphie, sur « l’ovarohystérectomie césarienne » (American Journal of the science for July, 1880). Le temps ne nous permet pas de l’analyser : l’auteur y rapporte 50 cas d’opération de Porro, et déclare que les deux opérations attribuées par M. Pinard et nous-même sur la foi d’un confrère étranger, à Prévôt, de Moscou et à un autre opérateur russe n’ont jamais existé. Il faut donc rayer ces deux faits de notre statistique, qui reste absolument la même, quant au chiffre de la mortalité.

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