‹ Etude sur l'origine des Vierges NoiresChapitre 18 sur 45 · VIERGES NOIRES » PEINTES · texte numérisé non relu

VIERGES NOIRES » PEINTES

Pouvons-nous considérer comme faisant partie de notre étude les Vierges, dites de « saint Luc »? Il nous semble, pour deux raisons, pouvoir répondre par l’affirmative, au moins pour plusieurs d’entre elles. Beaucoup de Vierges ont été attribuées à saint Luc et parmi elles, plusieurs sont ou très brunes ou même noires (Czestochowa, Sainte-Marie Majeure, Notre- Dame d’Oropa, Cambrai, etc.) de plus, ces œuvres participent au caractère des « Vierges Noires » par les légendes qui les accompagnent, les miracles qu’elles ont opérés et le culte dont elles sont entourées.

Tous les auteurs qui se sont occupés d’iconographie mariale ont étudié les images de saint Luc tant par une légitime curiosité

(92) Mâle, Art du xII° siècle, page 287.

be à ces œuvres. Si saint Luc avait in un . d'a

et de l'ancienneté respectée trouveraient une base.

Qu’appelle-t-on « Vierge de saint Luc »? C’est un tableau : peint sur bois, généralement à fond d’or, présentant une femme

la Vierge vivante, les hypothèses de la recherche ethnique, ;

jeune, au visage allongé, aux longs yeux en amande, au teint

brun ou noir, tenant l'Enfant ou élevant la main droite, tandis = que l’autre demeure posée sur la poitrine. Elle est voilée d’une

étoffe bleue que timbre une étoile d’or et sa tunique est habi-

tuellement rouge. D’une manière générale, toutes les Vierges attribuées à saint Luc, possèdent ce teint brun caractéristique,

poussé souvent jusqu’au noir, ce qui les relie, par conséquent, au sujet que nous étudions. D’après cette description schéma- |

tique, nous pouvons donc établir qu'il existe, au moins, deux types d'images : l'un ne présentant qu'une femme et l’autre :

une mère et son enfant; de plus, à côté des œuvres peintes, il en est de sculptées, telles sont les trais statues qu'Eusèbe,

abbé de Verceil, aurait emportées et dont Notre-Dame d’Oropa est un exemplaire (93).

Il se trouve des images de saint Luc dans beaucoup de régions, elles sont même si nombreuses qu’il est impossible d'admettre qu’un seul homme ait pu en exécuter un aussi grand nombre : Ascoli, Bologne (deux), Brescia, Cambrai, Constantinople, Czestochowa, Farfa, Fermo, Grotta-Ferrata, Guadaluppe, Lorette, Mons Virginis, Naples, Padoue, Palerme, Rome (douze) (74). Constantinople, Mourom, Tichwinskaïa, Jérusalem (95), Ghélat, Kakouli, Khopi (96) etc. Il y a donc, d’après cette liste, une prédominance de ces œuvres en Italie et en Russie. On a soutenu la thèse d’une seule image réellement peinte par saint Luc (97), existant à Jérusalem et dont une

(93) I Santuari d’Italia, 1929, page 36. — Voir pour les vierges peintes, la planche IE, #, 2, 3.

(94) Rohault de Fleury, Sainte Vierge, IL, 35.

(95) L. Réault, Art russe, page 135.

(96) Diehl, Manuel d’Art byzantin, IX, 592.

(97) P. Berthier, Revue de l’Art chrétien, 1894, page 483 et suivantes.

Nous os celles-ci quelques-unes de nos plus célébré € Vierges Noires » sculptées, ce qui implique qu'à un certain moment, l'Évangéliste a été considéré comme sculpteur.

: Parmi ces Vierges figurent celles d’Orcival (99), du Puy (100),

d’Aurillac (101), de Boulogne-sur-Mer (102), de pe (103)

__ et d’Oropa (104).

= La question de la date des tableaux attribués à saint Luc

est loin d’être éclaircie puisque, actuellement, on retrouve des

images dues à ce saint (105). Il y a d’abord l’époque où ont été

exécutées les premières œuvres de l Évangéliste, œuvres dont i}

ne reste plus rien, et le moment auquel appartiennent les

tableaux ou sculptures que nous possédons.

Date des œuvres. — Aucune œuvre contemporaine de saint Luc

n’est parvenue jusqu’à nous, mais celles qui répondent à cette

dénomination ont été datées comme appartenant au vire ou

au xue siècle. Elles ont toutes été retouchées à différentes

reprises comme le portrait du Christ vénéré au Latran, attribué à l'Évangéliste. Il fut restauré en 911 et en 928 et sur le visage, on colla une autre figure, pendant le pontificat d’Innocent III (106). La célèbre Madone d’Iviron est datée par Kondakoff de Ia période

(98) Rohault de Fleury, Sainte Vierge, II, 35. (99) F. Branche, Vie des saints d’ Auvergne, I, 69.

(zoo) Hamon, Culte de la Sainte Vierge, II, 220.

(ror) Hamon, Culte de la Sainte Vierge, II, 330.

(xo2) Hamon, Culte de la Sainte Vierge, II, 399.

(103) Chronique du xvi® siècle citée par A. Morin, Düssertanion sur la légende Virgini parituræ, page 91.

(104) I Santuari d’Italia, 1929, page 36.

(105) En 1934, le moine grec Soumeliotis, avec la permission d’Ismet Pacha, aurait entrepris des fouilles dans la région de Trébizonde et aurait retrouvé Pune des trois icones de la Vierge peinte par saint Luc. Cette icone serait déposée au Musée byzantin d’Athènes.

(106) Fondation Piot, 1906, tome XV, page 23.

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des Iconoclastes (107), mais beaucoup des plus précieux tableaux russes ne furent exécutés qu'entre le xr® et le xrve siècles (108), plusieurs, même, furent copiés à des dates tardives et bien déterminées (109).

Ainsi donc parmi les œuvres peintes, il existe des « Vierges Noires » présentant des caractères semblables à ceux des ee tures que nous étudions.

Nous ajouterons dans notre description d’ autres œuvres faites d’émail, de verre ou représentées en gravure. La statue de la célèbre Vierge du Puy, vue par Gissey, au xvrie siècle, un vendredi saint (110), a été décrite comme mesurant une coudée, le visage était allongé et possédait des yeux d’une autre «estoffe », ce qui signifie d’une matière différente. L'auteur suppose que les yeux étaient d’agate ou de pierre peinte et remarque la vivacité surprenante du regard. La couronne (comme celle de la sculpture d’Aurillac) était fermée et surmontée d’un oiseau. La Vierge était assise sur un siège rappelant un tabouret et l'Enfant était tenu sur ses genoux. Il était vêtu d’une robe rouge « émaillée de menus cercles blancs encernant certaines croisettes blanches » (111). La Vierge portait deux robes superposées, l’une rouge et l’autre verte, le tout « orné de fleurons et rosettes entassés dans de petits ronds à la façon d'Orient et selon, qu’on voit aujourd’hui, certaines étoffes qui nous sont apportées de là ».

D’après cette description, Notre-Dame du Puy nous paraît être d’émail avec le visage en métal sans doute noirci. Les yeux devaient également être émaillés ou faits de pierres et rappeler la technique des figures d’appliques des ateliers limousins. Les statuettes-reliquaires exécutées suivant cette technique furent en honneur dès le 1x€ siècle et continuèrent à jouir d’une grande faveur jusqu’au début du xrv® siècle (112).

(107) Cité par Diehl, Manuel d’Art Byzantin, IL, page 590.

(108) Diehl, Manuel d’Art Byzantin, Il, page 867. L. Réau, Art Russe, page 207.

(109) Diehl, Manuel d’Art Byzantin, Il, page 592.

(z10) O. de Gissey, Discours historique, page 220.

(x11) O. de Gissey, Discours historique, page 230. — Faujas de Saint-Fond en a reproduit les caractéristiques.

(x12) A. Michel, Histoire de l’Art, II, 2, page 952.

— Fe. —.

Un émail de Te ean a Ler Pénicaud os une Vierge blanche, mais une inscription placée dans le champ de l’œuvre d’art reproduit le célèbre verset du Cantique « Nigra sum sed formosa (113) ». À Gisors, un vitrail du collatéral nord, représente, en noir, Notre-Dame de Liesse.

Enfin, les Vierges que nous étudions, surtout revêtues de leur costume d’apparat, ont été reproduites par les graveurs et, si la couleur foncée est rarement interprétée, le verset salomonique y figure presque toujours. Un livre xylographique du xve siècle, illustrant le Cantique des Cantiques, représente la Vierge tenant une banderole sur laquelle les paroles bibliques sont inscrites (114). Au xvire siècle, une gravure exécutée par Rousselet, une autre par Veyrenc, retracent, d’une manière un peu libre, la célèbre Vierge du Puy (Bibliothèque Nationale : Figures Mystiques de la Vierge, Cabinet des Estampes), une gravure, signée Huret, représente Notre-Dame de Liesse non noire (1655); une autre gravure, anonyme, tirée rue Saint-Jacques à l’enseigne du Séraphin (xvne siècle), montre une Notre-Dame de Liesse à Gisors, mais blanche; il en est de même dans les gravures de Moreau dédiées à Philippe de Brichanteau (xvrre), de Notre-Dame de Fourvières, éditées à Lyon» l’une chez Thibaudier au xvuie siècle, l’autre chez Ducreux en 1828. Un dessin, à l’encre de Chine, exécuté par Claude Chauveau, et une gravure, signée Barbier, montrent au xvire siècle, Notre-Dame de Chartres dont le visage est lavé d’une teinte noire (115).

Résultats. — Notre longue étude analytique nous a appris que, dans certains célèbres lieux de pèlerinage, il existait des statues ou des peintures représentant la Vierge caractérisée par la couleur noire des chairs.

Ces œuvres, sauf de très rares exceptions (116), représentent

(113) Marquet de Vasselot, Emaux limousins, page 351, N° 196.

(114) E. Mâle, Art de la fin du moyen âge, pages 221 et 223.

(115) Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale, Figures Mystiques de la Vierge (Liesse).

Rouillard, Parthéme, images publiées dans l’ouvrage.

(116) Notre-Dame la Brune au Barroux, près Orange. Hamon, Sainte Vierge, VII, page 21.

Marie Mère de Dieu, assise, … dans ses à. le Christ

enseignant ou bénissant. Deux grandes divisions parmi ces images sont à établir : celles où Marie est représentée assise : et =

celles où elle est figurée debout. ES.

Les Vierges assises sont les plus anciennes et servent … reliquaire, elles comportent, de ce fait, une sorte de petite armoire. Les reliques conservées, toutes relatives à Marie, Jeune Mère, et au Christ enfant étaient regardées comme provenant de Terre Sainte, souvent d’ailleurs par une voie détournée : Rome et surtout Byzance.

CARACTÈRES. — Les Vierges les plus anciennes que nous possédons appartiennent au xrie siècle, la plupart ne sont que des statues de remplacement exécutées au xvi® où même au xixe siècle. On les dit toujours faites d’après une autre image, plus ancienne, perdue au cours des siècles par les destructions des envahisseurs, des protestants ou des révolutionnaires, ce qui implique que ces œuvres étaient connues et réputées pour leur richesse ou pour la vénération dont elles étaient l’objet. Cette vénération a persisté.

Les Vierges les plus anciennes sont assises sur un trône affectant la forme d’une cathèdre ou d’un fauteuil, la figure est sérieuse et pleine de dignité; l'Enfant est représenté un peu grand. Il est assis et posé parallèlement à l'axe du corps maternel. Ce sont donc, avant tout, des statues frontales. Cette image est conforme au type dit des Majestés et le caractère essentiel de Marie est d’être Mère.

VÊTEMENTS. — Les vêtements figurés sur l’œuvre même sont, pour les plus anciennes statues, l'habillement romain d’ailleurs unanimement reconnu (117); parfois, tardivement, le costume suit la mode en cours (118), mais, à notre connaissance, ïl n'existe pas, en sculpture du moins, de Vierges dont le voile et la robe soient frangés d’or suivant la coutume orientale, sauf peut-être dans la statue de Notre-Dame des Pignans,

(117) L. Bréhier, Revue des Deux Mondes, 15 août 1912, page 893. (x18) Vierge du Musée de Cluny, dite la Vierge Noire.

prove ant . ces pélerinages. Cependant hr ose d’une mode importée d'Espagne, tardivement, qui semblerait vérifiée par les ornements des vieux tissus, ne semble pas pouvoir être soutenue à cause des anciens cartulaires faisant mention de cette

sainte garde-robe (120). Il faut donc conjecturer que robes et voiles furent offerts pour servir de parures aux images dans certaines cérémonies alors que la sculpture, elle-même, avait été exécutée pour être vue sans voiles.

MATIÈRE. — Généralement la statue est en bois, d'essence souvent vulgaire, parfois aussi en cèdre ou en ébène. Il existe plusieurs œuvres de pierres et de marbre mais le bronze ou le métal ne sont. utilisés que très rarement.

TAILLE. — La taille de l œuvre est généralement exiguë sans doute pour rendre les images aisément transportables, peut-être aussi pour faciliter leur pose sur les portes ou sur les maisons (Toulouse, Notre-Dame du Palais, Orléans). En tout cas, leur petitesse indique le caractère portatif.

PEINTURES. — L'œuvre peinte est rare en France (sauf si les tableaux représentent d’autres Vierges Noires) et, dans notre

nomenclature, nous avons été amené à indiquer des peintures

figurant Notre-Dame de Lorette, Notre-Dame d’Einsiedeln ou

(119) Hamon, Culte de la Vierge, VII, page 375 et Rohault de Fleury, Sainte Vierge, page 229.

(120) L. Bréhier, Etudes archéologiques, 1910, page 35 (cartulaire de Notre-Dame de Clermont-Ferrand) « Majestatem Sancte Marie una vestita ». A. Chassaing, Le livre de Podio ou Chronique d’Etienne de Médicis, I, pages 117 et 121 (mention de manteaux de soie).

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Notre-Dame de Rocamadour). Ces œuvres sont relativement tardives alors que les portraits peints sont fréquents en Italie, en Russie, en Grèce et dans tout l'Orient. Les Vierges Noires peintes sont dites : portraits de la Vierge par saint Luc, elles diffèrent essentiellement des Vierges sculptées en ce qu’elles sont arrêtées à mi-Corps.

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