‹ Étude sur la blessure des vaisseaux mammaires internesChapitre 4 sur 22 · COMMÉMORATIFS · texte numérisé non relu

COMMÉMORATIFS

Le sieur Zingler, soldat au 2° de marine, alors en garnison à Rochelort-sur-mer (1852), courtisait la fille Larisse, Louise, domestique, chez un sieur Réteaud, charpentier aux Constructions navales, et en même temps propriétaire d’un petit débit situé dans la grand’rue du Faubourg (aujourd'hui rue Gambetta). Le 1° novembre 1852, Zingler se rend chez le sieur Réteaud, et dans une discussion qui survient entre la fille Larisse et lui, il lance à cette dernière un coup de couteau-poignard, qui l’atteint au niveau de la fourchette du sternum et lui fait une plaie superficielle sans gravité. Attiré par le bruit de la lutte, le sieur Réteaud intervient pour rétablir l’ordre et expulser Zingler. Celui-ci tourne alors sa fureur contre le nouvel arrivant, dans la poitrine duquel il plonge son couteau ; l’arme atteint la victime audessus du sein gauche et pénètre profondément; Réteaud s’affaisse; une hémorrhagie abondante se produit. M. le docteur Phelippeaux père, chirurgien de 1" classe de la Marine, demeurant à quelques pas, est immédiatement requis et s’efforce d'arrêter l’hémorrhagie, par un pansement compressif approprié ; l’état du blessé tendant à s’aggraver, M. le docteur Phelippeaux le dirige sur l'Hôpital maritime auquel il a droit, et où il entre, le 6 novembre 1852.

Zingler, arrêté aussitôt son crime, est immédiatement remis aux autorités militaires. Tombé malade en prison, il est dirigé sur l'Hôpital de la Marine, où on le renierme dans

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une salle disposée à cet effet, dite salle des Consignés. Dans la nuit du 24 décembre, Zingler trouve moyen de tromper la surveillance du factionnaire, s'échappe des Consignés, franchit la grille de l'Hôpital, malgré le poste et les sentinelles, et court, sur les onze heures du soir, dans la grand”rue du Faubourg, au Café de la Croix Blanche, où la fille Larisse venait d'entrer en service. On y fêtait gaiement le réveillon et l’on était en plein bal. Zingler se précipite au milieu des danseurs, et, courant sur la fille Larisse, la larde à coups du même couteau-poignard qu'il avait pu conserver. La blessée tombe aussitôt et est transportée d'urgence à l’Hospice Saint-Charles, dans le service de M. le docteur Penard, chirurgien de 1" elasse de la Marine.

EE à pas

OBSERVATION re (Personnelle).

Hôpitai maritime de RBochefort-sur-mer.— Salle 14,— Service de M. LAURENCIN, 47 chirurgion en chef de Ia Marine. (Novembre 1952).

RÉTEAUD (Jean-Baptiste), 26 ans, charpentier aux constructions navales, entré à l'hôpital, le 6 novembre.

Il a reçu, le 4er novembre, (il y a 6 jours) un coup de couteau poignard, porté de haut en bas et de gauche à droite, dans le quatrième espace intercostal, un peu en dedans et au-dessus du mamelon du sein gauche. Il a eu, au moment de la blessure,une hémorrhagie très abondante arrêtée par un tampon d’amadou maintenu par des bandelettes de diachylum et un bandage. Deux fois depuis, lPhémorrhagie a reparu pendant les efforts de vomissements.

On a, depuis le jour de la blessure, pratiqué deux saignées, fait deux applications de sangsues, donné des boissons émollientes froides et de Pergotine en potion.

Il n’y a jamais eu de crachement de sang.

Hôpital. — A son entrée, il y a une hémorrhagie peu abondante, mais continue, que l’on combat par des plumasseaux de charpie. Le malade est très oppressé, la respiration difficile, pouls petit, très fréquent, à 120 P, la face pâle, envies de vomir. On applique la botte de Junod et on donne de la glace à l’intérieur. Pas de selles depuis trois jours ; on donne un lavement purgatif.

Pas d'urine depuis quarante-huit heures ; le cathétérisme ne donne qu’une petite quantité de ce liquide.

Le murmure respiratoire ne s'entend pas à gauche. Il y a de la matité à la percussion dans la moitié inférieure et de l’égophonie à la surface

liquide. A droite, le murmure respiratoire a augmenté d'intensité.

7 novembre, matin. — Pendant la nuit dernière, suintement séro-san-

hr

guinolent continu. Depuis le matin, hémorrhagie qui nécessite le renouvellement du pansement. Le sang est rouge, mais non rutilant ; il coule en bavant, sans saccade. La nuit a été mauvaise, sans sommeil. Respiration toujours difficile. Pouls ut suprà (petit fréquent). A l’auscultation, on reconnait l'emphysème pulmonaire dans la moitié du poumon gauche et la matité dénote presque sûrement un épanchement très probablement

sanglant de la plèvre correspondante.

Visite du soir. — L’anxiété de Réteaud est extrême ; l’orthopnée est très marquée. La voussure du côté gauche du thorax augmente de plus en plus depuis ce matin. À chaque secousse de toux, du sang s'écoule par la plaie.

Bouillon froid, lait, glace, 1/2 quart de vin sucré.

8 novembre, matin. — La dyspnée est moindre depuis l’écoulement considérable de sang qui a eu lieu par la blessure, cette nuit; les pièces de pansement et les linges en sont imbibés. Un peu de sommeil ; à la visite, encore un peu d'écoulement par la plaie. Pouls à 120 P petit.

Respiration plus libre ; la plaie est réunie avec des épingles.

Visite du soir, 3 heures. — Selles et urines normales, même état de la

respiration, c’est-à-dire assez libre.

G heures. — Fièvre forte, pouls plein, chaleur générale, grande soif,

saignée de 250 grammes.

9 novembre, matin. — Réteaud a dormi, mais fort agité ; la dyspnée est plus forte. Pouls à 120 P. Ventre douloureux, les lèvres, les téguments semblent reprendre leur coloration ; à l’auscultation, on ne saisit plus

d'emphysème.

3 heures soir. — Orthopnée extrême. — La respiration s’embarrasse de plus en plus, 45 inspirations à la minute. Pouls à 130, filiforme. Pendant les inspirations, le liquide épanché dans le côté gauche soulève l’espace

intercostal situé au-dessus de la plaie. À lauscultation, on entend du

A Te

gargouillement, surtout pendant l'expiration (évidemment, l'air extérieur avait pénétré Hémo-pneumo-thorax).

Le cœur est refoulé à droite. Ses battements, explorés dans sa position normale, sont transmis par le flot du liquide. Sommeil léger, relativement tranquille ; léger écoulement de sang par la plaie, arrêté par de la charpie

râpée, mélangée à de l’alun en poudre. Pouls à 120, respiration à 35.

10 novembre. — Pouls assez plein à 110. Dyspnée moindre. Respiration à 35. Cependant Réteaud ne peut plus rester couché du tout dans son lit ; il faut l’asseoir (orthopnée) anxiété précordiale. Le bras droit porté sur sa tête, il sent et prétend que cette pose facilite la respiration. Pourtant, l’état général est plus grave, la face est amaigrie, terreuse, les lèvres pâles, décolorés; il se sent tomber en défaillance (l’ypothimies) et croit qu'il va tout à fait se trouver mal (syncope menaçante) ; on le ranime avec du vinaigre. Il a éprouvé un sentiment de froid général, qui a duré un quart d’heure ; soif vive ; langue sèche cependant ; selles et urines

normales.

11 novembre, matin. — Hier soir, une hémorrhagie, formée par du sang noir, a eu lieu par la plaie. On enlève les épingles et on tamponne la plaie avec de la charpie imbibée d’eau de Pagliari. Nuit bonne, sommeil assez tranquille ; mais, le matin, la respiration est devenue sibilante et difficile à 35.

Le pouls, pour la première fois, ‘présente une intermittence et une irrégularité des plus marquées. De très fréquent et de filiforme on le sent devenir tout à coup large, plein, pour reprendre bientôt et sa faiblesse et son irrégularité d’auparavant.

Les pièces de pansement et le liquide qui s’écoule de la plaie ont une

odeur fort désagréable, fétide.

3 heures du soir. — Deux légères hémorrhagies dans la journée ; le pouls plein, moins fréquent à 100 P ; un soulagement plus ou moins long suit chaque hémorrhagie, dit le malade (compression moindre du cœur).

Pas de selles depuis hier matin.

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