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12 novembre, matin. — Le sang s’écoule toujours par la plaie ; il est mélangé de sanie, d’odeur nauséabonde. La respiration est moins gênée qu'hier. Le pouls est toujours plein à 115. Pas de selles. Urines normales,
un peu de toux, accompagnée d’expectoration muqueuse.
3 heures. — Même état du pouls et de la respiration ; le malade a dormi deux heures tranquille; une selle dans la matinée; le potage a
été parfaitement toléré.
13 novembre, matin. — Mauvaise nuit. Ecoulement continuel, mais en petite quantité, de sang et de sanie. Il y a une diarrhée abondante; le malade fait sous lui imvolontairement, mais il en a conscience cependant. Ce matin, le pouls est à 110, un peu moins plein qu'hier; la respiration à 28 se fait sans trop d'efforts. On administre le sulfate de quinine comme
antiseptique et tonique.
3 heures. -- La diarrhée a cessé ; même état pour le reste. Quart à volonté ; eau-de-vie gommée ; looch digitalé aromatisé.
Sulfate de quinine, 0 gr. 30 centig. en 3 doses.
14 novembre, matin. — Un peu de sommeil dans la nuit. Encore une selle diarrhéique, a eu quelques tranchées, hier au soir; oppression considérable, respiration à 35°, pouls se maintient à 110. La partie latérale et inférieure du côté gauche du thorax présente une ecchymose assez large, irrégulière, due probablement à l’infiltration du liquide épanché; toux
fréquente qui provoque l'issue du sang et de la sanie à chaque effort.
3 heures. — La respiration est à 25"; elle se fait plus facilement ; même état du pouls ; la fétidité des matières qui s’écoulent par la plaie, a augmenté.
Quart à volonté ; eau de riz gommée ; looch diacodé ; sulfate de quinine, 0,30.
Pansement ad usum ; compresses chlorurées.
15 novembre, matin. — Même état, plus de diarrhée, la toux persiste.
3 heures. — Frissons, sensation générale de froid depuis une heure,
soif assez vive ; pouls 195.
Quart à volonté ; eau de riz ; sulfate de quinine, 0,30 ; looch diacodé.
16 novembre, matin. — Le malade se sent très faible. La respiration est à 38°. Pouls plein à 130. Il accuse des douleurs vagues dans la région hépatique ; urines et selles normales ; on introduit une sonde dans la plaie ; elle remonte jusqu’au dessus de la troisième côte et pénètre de 5 à 6 centimètres, dans la poitrine, d’où elle est repoussée par les battements du cœur. La toux continue, la diarrhée a reparu.
Quart à volonté ; quart de vin sucré ; eau de riz.
; .. | Poudre d’opium, 0,05 } ; Le Loch diacodé.. . Pour 2 pilules ; lui en donner 1. | — digitale, 0,20 |
3 heures. — Il y a eu dans la journée de fréquentes envies de vomir. Un liquide couleur lie de vin s'échappe à gros bouillons par la plaie quand elle n’est pas tamponnée et quand viennent les efforts de toux. Les battements du cœur sont tumultueux, la peau chaude, le pouls large à 195 P.
Il y a de l'anxiété, le malade appelle à chaque instant les personnes qui
l'entourent et semble craindre qu’on abandonne.
17 novembre, matin. — Nuit assez bonne. Il n’y a pas eu de selle diarrhéique, la toux a un peu cédé. Les inspirations sont plus larges, mais fréquentes ; le pouls se maintient à 135.
Réteaud appelle encore l'attention sur la région hépatique, où il ressent des douleurs, qui augmentent d'intensité depuis deux jours. Rien d’anor-
mal à la percussion, dans cette région.
3 heures. — Fréquentes envies de vomir, que font disparaître des fric-
tions huileuses laudanisées, camphrées, sur le creux épigastrique.
S heures, soir. — Le malade est pris de tremblement depuis deux ou
trois heures; pouls petit, filiforme, excessivement fréquent. Peau couverte
LG
d’une sueur froide et visqueuse. La respiration est sibilante ; les yeux fixes, il peut à peine parler. L’agonie commence, il meurt à onze heures
du soir.
EXTRAIT du registre officiel des autopsies de l'Hôpital maritime
de Rochefort-sur-mer.
(Autopsie faite dix-huit heures après la mort.)
Aspect extérieur. — Amaigrissement considérable. Teinte ictérique du visage, coloration livide de tout le côté gauche de la poitrine. — Stigmates de sangsues autour du mamelon. À 6 millimètres du bord sternal gauche, entre la 3 et 4 côte, une plaie transversale, de 2 centimètres d’étendue, à
bords nets et paraissant le résultat de l’action d’un instrument tranchant.
Cavité thoracique. — La paroi antérieure de la poitrine enlevée, on voit la plaie extérieure communiquer avec l’intérieur de la plèvre par une plaie interne offrant la même direction et la même étendue que l’externe, mais située plus haut, au-dessus de la 3° côte. — Cette inégalité de hauteur des deux plaies disparaît lorsque le bras est fortement élevé, position que devait présenter cet homme quand il a été frappé.
Dans l’angle interne de la plaie interne, la solution de continuité intéresse le paquet de vaisseaux mammaires qui se trouve, comme on sait, longer le bord extrême du sternum. — La veine satellite externe de l’artère mammaire, assez volumineuse en ce point voisin de son embouchure dans la sous-clavière, a été ouverte par l'instrument vulnérant et a été la source
des hémorrhagies qui ont eu lieu chez cet homme.
Notons que M. le docteur Phelippeaux nous à affirmé, à titre de témoin oculaire de l’autopsie, et bien que le texte officiel n’en fasse pas mention, que la veine était sectionnée dans une partie seulement de son calibre et non en totalité.
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Le côté de la poitrine correspondant à la blessure est rempli d’un liquide mélangé de pus et de sang. La plèvre est violemment enflammée.
Le côté droit est le siège d’une pleurésie qui ne paraît dater que de quelques jours, Le cœur et les gros vaisseaux sont intacts dans le médiastin. Le crâne n’a pas été ouvert. L'abdomen ne renferme que des organes
sains.
OBSERVATION Ilme (Personnelle).
Hospice Saint-Charles de RBochofort-sur-mer. — Service de M. Pavann»,
” chirurgien de 47° einsse do Ia Karine.
LARISSE (Louise), domestique, 28 ans.
26 décembre 1852. — Etat nerveux de la blessée ; hémorrhagie par une plaie de 3 centimètres de long sur 4 centimètre de large, située à droite, dans le deuxième espace intercostal, tout près du bord du sternum, et qui attire de suite l’attention,aumilieu d’autres, moins importantes, qui l’entourent.
Pouls petit à 120 P.; respiration haletante ; dypsnée violente ; matité dans la moitié inférieure de la poitrine du côté de la lésion ; égophonie. On tamponne la plaie avec une compresse de toile, que l’on bourre de charpie (pelote)., Journée mauvaise, respiration à 40 et 45 ; pouls petit ; dypsnée violente ; tendance aux syncopes ; sueurs froides.
La matité augmente considérablement et, au souvenir de la blessure de Réteaud, on pense de suite, vu le siége de la lésion et les symptômes d’une hémorrhagie interne, à une blessure des vaisseaux mammaires internes
Silence, glace à l’intérieur ; bouillon ; lait froid. — Le sang suinte des lèvres de la plaie, malgré le tampon. Du sang brun altéré coule en abon-
dance après l'extraction du tampon, que l’on réapplique.
LL ARREES
97 décembre. — Mauvaise nuit, mêmes symptômes de dyspnée; tendance toute particulière aux syncopes. La matité est absolue dans tout le côté droit. La respiration est à 45. Pouls à 120, petit, filiforme ; sueurs froides. On décide l’opération de l’'empyème, qui est pratiquée, après la visite du matin, par MM. Penard et Arlaud. Elle donne issue à près d’un litre de sang altéré, d’odeur fétide, couleur chocolat, mélangé à du pus et
de la sanie. La plaie est tamponnée de la même façon que celle de la face
antérieure.
98 décembre. — Mauvaise journée ; même état général. La respiration est redevenue ce qu’elle était avant l’opération. Le pouls a repris ses caractères. La matité, qui avait disparu après l’'empyème, a repris ses limites de la veille. L'état général s’aggrave de plus en plus. Le tampon ne ferme qu'incomplètement la plaie ; le sang coule en assez grande
abondance.
On se décide à pratiquer la ligature des vaisseaux mammaires internes.
29 décembre. — Cette opération est pratiquée, le 29 décembre, après la visite du matin, en présence de toute l’École, par MM. Penard et Arlaud.
On se propose de lier les vaisseaux en masse et l’on opère dans le premier espace intercostal, le long du bord supérieur de la deuxième côte et tout près du sternum. La plaie est réunie par une suture entortillée.
Mais voilà que, dans l’après-midi, l’état général s’aggrave encore. Le côté droit est de plus en plus mat. La respiration est à 45.50 ; pouls petit, filiforme, à 130 ; sensation de froid général. Bref, l’agonie commence, le soir, et se prolonge jusqu’au lendemain soir, à neuf heures, heure de la
mort.
EXTRAIT du registre des autopsies (1852).
LARISsE (Louise), domestique, 28 ans, morte le 30 décembre 1852 (registre de l'Etatcivil), des suites d’une plaie pénétrante de la poitrine faite, dans la nuit du 95 décembre 1852, par le sieur Zingler, soldat au 2% de marine.
(Autopsie pratiquée trente-six heures après la mort).
Habitus extérieur. — Taille moyenne, forte constitution, embonpoint notable ; aucune maladie cutanée, aucune trace d’affection vénérienne.
Une plaie transversale, de 3 centimètres de long sur À centimètre de large, siège au niveau du deuxième espace intercostal droit, tout près du sternum. Un stylet, introduit par cette ouverture, pénètre dans la poitrine, en suivant un trajet oblique de bas en haut, d'avant en arrière et de dehors en dedans.
Deux autres petites plaies, d’un 1/2 centimètre de largeur chacune, mais dépassant à peine l’épaisseur de la peau, situées un peu au-dessous de la première, l’une à 2 centimètres du sternum, l’autre à 6 centimètres du même os.
Une quatrième plaie, toute semblable aux deux précédentes, se voit derrière l'épaule gauche.
Une cinquième plaie, longue de 4 centimètres environ, est située au niveau du premier espace intercostal le long du bord supérieur de la seconde côte et réunie par une suture entortillée.
Une sixième plaie, longue de 4 centimètres également, ayant son siège dans le huitième espace intercostal droit au point de réunion des 3/5 antérieurs avec les 2/5 postérieurs des côtes correspondantes dont elle suit la direction et réunie par des bandelettes agglutinatives.
Les quatre premières plaies résultent des coups portés par l’assassin ; quant aux deux dernières, elles résultent de deux opérations pratiquées lune, dans le but de lier les vaisseaux mammaires internes, que l’on supposait, avec raison, avoir été atteints par l'instrument vulnérant, l’autre dans le but de donner issue au sang épanché dans la poitrine (empyème).
Au-dessus de la fourchette sternale, se voit aussi une cicatrice, longue