INTRODUCTION
Malgré le nombre des travaux publiés sur la bronchopneumonie, il est incontestable qu'actuellement encore les histologistes et les bactériologistes sont loin de s'entendre aussi bien sur le processus histologique de ses lésions que sur la nature de leurs agents pathogènes.
Les anatomistes qui, dans la première moitié de ce siècle, firent l'étude macroscopique des lésions de la broncho-pneumonie, les différencièrent bien de celles de la pneumonie franche. Ils montrèrent bien que ce qui caractérisait la broncho-pneumonie était le début constant de ses lésions par la bronchite capillaire, et qu'à cette bronchite initiale, primordiale, appartenait le rôle prépondérant dans la répartition topographique des lésions du parenchyme pulmonaire. Enfin, ils reconnurent que si quelques-unes de ces dernières étaient bien de nature inflammatoire et dues à l'extension de la bronchite à l'alvéole, d'autres devaient être considérées comme des lésions purement mécaniques, déterminées par la simple oblitération des conduits bronchiques, par les produits d'exsudation provenant des parties enflammées.
Tel était l'état de la question lorsqu'on aborda l'étude histologique de la broncho-pneumonie, et il faut bien reconnaître que l'intervention du microscope, loin de l'élucider, ne fit au début que l'obscurcir davantage.
Les uns, préoccupés par les seules lésions du parenchyme pulmonaire, les comparèrent à celles de la pneumonie franche, les en rapprochèrent et finirent par identifier
complètement la pneumonie lobulaire à la pneumonie franche.
Les autres, au contraire, accentuèrent les différences qui les séparaient Tune de l'autre : ils attachèrent si peu d'importance aux lésions du parenchyme qu'ils n'y virent que le résultat de l'extension de la bronchite et de la péri-bronchite, encore quelques auteurs avaient-ils restreint l'importance de ces lésions du parenchyme au point de les mettre presque toutes sur le compte de l'obstruction bronchique, et d'en faire de simples lésions mécaniques, secondaires, accessoires.
Les anatomistes étaient donc loin de* s'entendre sur le processus histologique de la broncho-pneumonie, lorsque les premières recherches bactériologiques vinrent jeter encore plus de confusion et d'obscurité dans la question.
Chacun croyant trouver dans les broncho-pneumonies secondaires l'agent pathogène de la maladie initiale, étudia séparément les cas de broncho-pneumonie secondaires soit à la rougeole, soit à la diphthérie ou à d'autres affections encore. On en arriva à assigner à chaque cas, suivant son origine clinique, des caractères anatomiques capables de le distinguer des autres et un agent pathogène spécial qui, dans l'esprit des auteurs, ne devait être autre que celui de la maladie initiale.
On voit sans peine quelle confusion devait jeter cette multiplication des formes cliniques, anatomiques et bactériennes dans la description de la pneumonie lobulaire.
Mais ce travail de dissociation devait, contrairement à l'intention des auteurs, aboutir à l'unification du processus histologique et des causes de la broncho-pneumonie.
On ne tarda pas à s'apercevoir, en effet, que dans tous les cas de broncho-pneumonie primitive ou secondaire, quelle que
soit l'affection qui l'avait précédée, les microbes étaient toujours les mêmes, et les lésions ne se distinguaient entre elles que par des variations d'intensité d'un processus inflammatoire toujours essentiellement identique.
A l'époque où nous entreprenons ce travail, on admet donc que la broncho-pneumonie peut être primitive ou secondaire, et que dans ce dernier cas elle ne survient dans le cours ou à la suite de certaines maladies infectieuses qu'à titre de complication, d'infection secondaire, puisque, dans tous les cas, elle est' due à un nombre restreint de microbes : Pneumocoque lancéolé, streptocoque pyogène, et Pneumobacille de Friedlsender, capables de déterminer indifféremment ses lésions.
L'opinion la plus généralement admise à l'heure actuelle, attribue donc aux mêmes agents pathogènes les processus pneumoniques aigus, lobaires ou lobulaires.
Et pourtant, on a déjà, dans ces derniers temps, tenté d'unifier les causes de la pneumonie franche, puisque les travaux les plus récents n'admettent plus que le pneumocoque lancéolé comme cause unique de ses lésions.
L'étude anatomique et bactériologique d'un certain nombre de broncho-pneumonies nous a conduit à penser que l'on pouvait, comme pour la pneumonie franche, attribuer à la broncho-pneumonie une cause unique, invariable.
Nous nous proposons donc, dans ce travail, de montrer que les différences incontestables qui existent entre la pneumonie lobaire et la pneumonie lobulaire, surtout au point de vue de la progression et de la répartition topographique des lésions inflammatoires, correspondent à des différences dans la nature de leurs agents pathogènes.
Nous opposons la pneumonie lobulaire à la pneumonie
lohaire, la première due à l'action du Streptocoque, la seconde h celle du Pneumocoque, et nous montrons que si, dans certains cas, la première peut être attribuée à l'action du pneumocoque, il s'agit constamment dans ces cas d'une forme anatomique spéciale de la broncho-pneumonie, la forme pseudo-lobaire qui, tant au point de vue de la répartition de ses lésions qu'à celui de son origine bactérienne, doit être rapprochée de la pneumonie franche, et considérée comme une forme de cette dernière spéciale à l'enfant.